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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301745

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301745

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301745
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantHAAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, Mme E B et M. A B, représentés par Me Haas, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de leur indiquer un lieu d'hébergement stable de nature à les accueillir avec leurs enfants, et ce, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. et Mme B soutiennent que :

- de nationalité albanaise, ils sont entrés en France en septembre 2021 avec leurs trois enfants et ont déposé une demande d'asile qui leur a permis, à la suite de leur prise en charge par la fondation Cos à partir du 24 septembre 2021, de bénéficier d'un logement autonome ;

- parallèlement, ils ont formulé, le 6 décembre 2021, une demande de titre de séjour temporaire en tant qu'accompagnant d'enfant malade, sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à raison de la pathologie dont souffre leur fils D, précisée dans le certificat médical établi le 5 avril 2022 pour l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- à la suite de l'avis favorable du collège des médecins de l'OFII, ils se sont vu délivrer des autorisations provisoires de séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant malade, valables du 9 novembre 2022 au 8 mai 2023 ;

- leurs demandes d'asile ayant été définitivement rejetées le 1er février 2023, le centre d'accueil pour demandeurs d'asile a mis fin à leur logement le 31 mars 2023 ;

- ayant, soit eux-mêmes, soit par l'intermédiaire d'associations, sollicité le service de veille sociale à plusieurs reprises vainement, ils ont dû se réfugier dans un parc ;

- eu égard à leur situation de détresse sociale, et alors qu'ils ont la charge d'un enfant malade et d'un enfant en bas âge, la condition d'urgence est satisfaite ;

- dans ces circonstances, qui présentent un caractère exceptionnel, le défaut d'indication d'un lieu d'accueil révèle une carence des autorités de l'Etat qui porte une atteinte grave et manifeste aux obligations découlant du droit à l'hébergement d'urgence, garanti par les articles L. 345-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, au principe de respect de la dignité humaine, à l'article 34 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa demande d'injonction sous astreinte est fondée, pour assurer l'efficacité de la mesure qui sera prescrite par le juge des référés.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le dispositif d'hébergement d'urgence étant totalement saturé et alors qu'il n'est pas établi que les intéressés ne bénéficieraient pas d'une solution d'accueil, étant inconnus du SAMU social, les conclusions aux fins d'injonction ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 avril 2023 à 14h30, ont été entendus :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;

- les observations de Me Haas, représentant M. et Mme B, qui a développé les moyens invoqués ;

- les observations de M. C, représentant le préfet de la Gironde, qui a confirmé les moyens opposés en défense par cette autorité.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Par ailleurs, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place sous l'autorité du préfet un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse. L'article L. 345-2-2 de ce code précise que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale doit pouvoir avoir accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Enfin, aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement () ".

3. En vertu de ces dernières dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence, qui est ainsi reconnu à toute personne sans abri se trouvant en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la ou des personnes intéressées.

4. Selon leurs déclarations, Mme E F épouse B, née le 29 mai 1991 à Shqitas, en Albanie, et M. A B, né le 16 mars 1986 à Podgorie, en Albanie, seraient entrés en France avec leurs trois enfants en septembre 2021. Leurs demandes d'asile ayant été rejetées, il a été mis fin à leur hébergement en centre d'accueil des demandeurs d'asile le 31 mars 2023. Il résulte de l'instruction que les intéressés se sont vu toutefois délivrer chacun une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade, valable jusqu'au 8 mai 2023, en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard d'un certificat médical délivré le 20 mars 2023, leur fils D a présenté un craniopharyngiome ayant nécessité une intervention chirurgicale et présente des déficits hormonaux pouvant conduire à des situations d'insuffisance surrénalienne, rendant indispensable un traitement urgent. Par ailleurs, s'il est établi que les intéressés ne sont pas connus du SAMU social, alors qu'ils prétendent pour les besoins de la cause s'être réfugiés dans un parc, et en admettant qu'ils aient pu en réalité bénéficier de solution temporaire, il n'est pas sérieusement contesté qu'ils sont dorénavant sans solution de logement pérenne, alors qu'ils ont la charge d'un enfant malade ayant justifié la délivrance des autorisations provisoires de séjour précitées. Dans les conditions particulières susexposées, le défaut d'indication d'un lieu d'hébergement de nature à accueillir M. et Mme B constitue, alors même que le service de veille sociale connaît une situation de saturation malgré les efforts de l'autorité administrative pour augmenter le nombre de lieux d'accueil, une carence caractérisée des services de l'Etat, qui porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde d'indiquer à M. et Mme B un lieu d'hébergement d'urgence, et ce, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. et Mme B à l'aide juridictionnelle.

6. Les requérants étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire par la présente ordonnance, leur conseil, Me Haas, peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 600 euros à Me Haas au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Haas à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

ORDONNE :

Article 1er : M. et Mme B sont admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde d'indiquer à Mme E F épouse B et M. A B un lieu d'hébergement de nature à les accueillir, et ce, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Haas, conseil de M. et Mme B, la somme de 600 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E F épouse B et M. A B, au préfet de la Gironde et Me Haas.

Fait à Bordeaux, le 7 avril 2023.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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