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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301767

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301767

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301767
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL BIROT - RAVAUT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 17 mai 2023, M. B A, représenté par Me Jean-Christophe Coubris, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale au contradictoire de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) afin qu'il se prononce sur l'existence d'un lien de causalité entre ses vaccinations contre le virus du Covid-19 et l'occlusion de la branche veineuse rétinienne qui a affecté son œil gauche et qu'il évalue ses préjudices ;

2°) de désigner un ophtalmologue qui pourra s'adjoindre les services d'un sapiteur spécialisé en angiologie ;

3°) d'impartir à l'expert de déposer un pré-rapport ;

4°) de mettre à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mesure d'expertise présente un caractère utile dès lors que les troubles affectant son œil gauche ont débuté peu de temps après la seconde injection qu'il a reçue ;

- il était soumis à l'obligation vaccinale en raison de l'exercice de son activité professionnelle et l'ONIAM aurait ne pouvait refuser d'organiser une expertise ;

- les autres causes de cet accident ont été écartées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Jane Birot conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit pris acte de ses protestations et réserves d'usages ;

3°) à ce que la mission de l'expert soit compléter selon ses dires ;

4°) au rejet des prétentions du requérant présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la mesure d'expertise ne présente de caractère utile dès lors que le lien de causalité entre la vaccination et l'accident oculaire dont a souffert le requérant n'est pas établi au regard des éléments du dossier et des connaissances scientifiques ;

- M. A n'était pas soumis à une vaccination obligatoire.

Par un mémoire enregistré le 29 mai 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde informe le juge des référés que M. A a été pris en charge au titre du risque maladie et que le montant provisoire de ses débours s'élève à la somme de 1 577,55 euros.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur le bien-fondé de la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu administrer une première dose de vaccin contre le virus du Covid-19 le 9 août 2021, puis une seconde dose le 31 août suivant. Il indique avoir dans les jours suivant la seconde injection ressenti une gêne au niveau de son œil gauche se traduisant par une rougeur, un larmoiement et une vision de plus en plus trouble. Devant l'absence de rémission des symptômes et leur aggravation, il a consulté un ophtalmologiste qui a diagnostiqué le 10 mars 2022 une occlusion de la branche veineuse rétinienne. Toutes les autres causes possibles de cet accident ayant été selon lui écartées, M. A soutient que l'accident a été causé par la vaccination obligatoire à laquelle il était astreint en raison de son activité professionnelle. En défense, l'ONIAM soutient que M. A n'établit pas, en l'état des connaissances scientifiques, de lien de causalité entre la vaccination et son affection qui est survenue sept mois après la deuxième injection et qu'il n'était pas astreint à une vaccination obligatoire dans le cadre de l'exercice de sa profession. En l'état du dossier soumis au juge des référés, il ne peut être totalement exclu que le trouble oculaire dont souffre M. A soit possiblement liée à la vaccination et le litige relatif au caractère obligatoire de la vaccination dans un cadre professionnel est sans incidence sur l'utilité de l'expertise demandée au juge des référés.

4. Il résulte de ce qui précède que la demande d'expertise présentée par M. A, relative à la recherche du lien de causalité entre les injections du vaccin contre le Covid-19 réalisées au mois d'août 2021 et les troubles oculaires dont il a souffert ainsi qu'à l'évaluation de ses préjudices, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la désignation d'un sapiteur :

5. M. A demande que la mission de l'expert soit complétée par la possibilité de s'adjoindre le concours d'un sapiteur angiologue. Il résulte cependant des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative que la désignation d'un sapiteur est subordonnée à l'autorisation préalable du président du tribunal administratif et cette décision est insusceptible de recours. Il suit de là que ces conclusions ne peuvent être accueillies.

Sur l'établissement d'un pré-rapport :

6. S'agissant de l'exercice par l'expert de la mission qui lui est assignée par la présente ordonnance, aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne lui font obligation d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de M. A tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties afin qu'elles puissent y répondre sous forme de dires ne peuvent être accueillies.

Sur les frais irrépétibles :

7. En l'absence de partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur D C est désigné comme expert avec pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et, notamment, tous documents relatifs à son suivi médical et à ses vaccinations contre le Covid-19 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. A, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé de M. A et les soins et prescriptions antérieurs à ses vaccinations ;

3°) de décrire les conditions dans lesquelles ont été réalisé ses injections de vaccin en août 2021 et préciser notamment le produit injecté et le numéro du lot au moment de la vaccination ;

4°) de préciser l'état actuel de M. A et se prononcer sur l'origine de cet état et notamment si l'accident oculair a pu être provoqué par les injections de vaccin ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

5°) de donner son avis sur le point de savoir si les préjudices constatés ont un rapport avec l'état initial de M. A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec les injections de vaccin, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

6°) de déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. A, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; dire si l'état de M. A est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

7°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. A devra être réexaminé en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

8°) de préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de M. A, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

9°) de préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage ; et dire notamment s'il est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

10°) d'évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité avec la vaccination ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable à la vaccination de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

11°) de distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de M. A ou à toute autre cause, de ceux imputables aux injections de vaccin pratiquées en avril et juin 2021 ;

12°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. A, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de sept mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde et au docteur D C, expert.

Fait à Bordeaux, le 4 octobre 2023.

La présidente,

Cécile MARILLER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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