mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302299 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DEBELLE-CHASTAING |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 mai 2023, le 10 juillet et le 27 août 2024, le dernier n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Debelle-Chastaing, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 17 104 euros en réparation des préjudices financiers qu'il a subis, augmentés des intérêts moratoires à compter du 7 décembre 2020 ;
2°) de condamner l'État à lui verser une somme de 60 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, augmentés des intérêts moratoires à compter du 7 décembre 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions du ministre de la transition écologique des 27 décembre 2018 et 22 janvier 2020 ayant prononcé son déplacement d'office ont été jugées illégales et sont par suite fautives ;
- il a subi un préjudice financier constitué de la perte de la nouvelle bonification indiciaire (à hauteur de 4 639,14 euros), de l'indemnité de sujétions horaires (à hauteur de 5 100 euros) et de son régime indemnitaire (7 365 euros) pour un montant de 16 175 euros ;
- il a subi un préjudice moral et un trouble dans ses conditions d'existence, à raison d'une part du retentissement de ces décisions sur son avancement professionnel et sa santé, et d'autre part de l'atteinte à sa dignité et sa réputation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 14 juin 2024 et le 13 août 2024, le ministre de la transition écologique et des territoires conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'administration n'a commis aucune faute ;
- en tout état de cause il n'y a pas de lien de causalité entre une éventuelle faute et les préjudices invoqués ;
- les préjudices invoqués ne sont certains ni dans leur existence ni dans leur montant.
Par une ordonnance du 23 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°2002-532 du 16 avril 2002 relatif à l'attribution d'une indemnité de sujétions horaires à certains personnels du ministère de l'équipement, des transports et du logement
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Josserand,
- les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique,
- et les observations de Me Debelle-Chastaing, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est contrôleur en chef des affaires maritimes et occupait le poste de chef du pôle des cultures marine et environnement au service maritime littoral d'Arcachon. En novembre 2017, l'inspection de santé et sécurité au travail a remis un rapport concluant à l'existence de dysfonctionnements à l'origine de souffrances au travail dans ce service. Consécutivement à la remise de ce rapport, il a été suspendu de ses fonctions du 19 septembre 2018 au 18 janvier 2019. Par un arrêté du 27 décembre 2018, confirmé par un arrêté du 22 janvier 2020, le ministre de la transition écologique et solidaire a prononcé son déplacement d'office. Ces décisions ont été annulées par des jugements du tribunal administratif de Bordeaux confirmés par un arrêt n° 21BX00472-21BX00473 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 25 octobre 2022. Le 29 décembre 2022, M. A a sollicité du ministre de la transition écologique la réparation du préjudice financier qu'il a subi a raison de cette sanction ainsi que de son préjudice moral. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 17 104 euros en réparation de son préjudice financier et une somme de 60 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la responsabilité de l'État :
2. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de procédure, de la décision lui infligeant une sanction, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise, s'agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum, dans le cadre d'une procédure régulière.
3. Le tribunal a annulé la sanction de déplacement d'office de M. A au motif que ce dernier n'a pas reçu communication des procès-verbaux des témoignages des personnes entendues sur son comportement dans le cadre de l'inspection susmentionnée.
4. L'administration soutient que la même décision aurait pu être prise dans le cadre d'une procédure régulière et se prévaut, à cet égard du rapport d'inspection susmentionné ainsi que d'un avis de la commission de recours du conseil supérieur de la fonction publique de l'État, qui relève que M. A a créé un climat de travail pesant pour l'ensemble du service et qu'il a manqué à diverses reprises aux règles relatives à l'organisation du travail dans le service et à ses devoirs d'obéissance hiérarchique et d'exemplarité. Toutefois, alors que la commission de recours a recommandé au ministre de l'intérieur de substituer à la sanction de déplacement d'office prononcée à l'encontre de l'intéressé une sanction d'exclusion temporaire de fonction d'une durée de 15 jours, et en dépit de l'annulation de cette sanction par le tribunal administratif pour le motif indiqué au point 3, l'administration, qui a renoncé à prononcer une autre sanction à son égard, ne produit, dans la présente instance, ni les témoignages qui attesteraient de la réalité de certains des faits reprochés à M. A, ni aucun autre élément de nature établir la réalité des fautes qui lui sont reprochées. Dans ces conditions, l'administration n'établit pas qu'elle aurait pu prendre la même décision à l'issue d'une procédure régulière ni, par voie de conséquence, que l'illégalité de cette sanction présenterait un lien de causalité direct avec les préjudices subis par l'intéressé.
Sur les préjudices :
5. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser les frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions
En ce qui concerne la perte de revenus :
6. En premier lieu, aux termes du I de l'article 27 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ".
7. Il résulte de l'instruction que M. A a perçu le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire jusqu'au 19 janvier 2019. En outre, il résulte de l'arrêté de la préfète de la Gironde du 23 avril 2019 que le poste de chef du pôle des cultures marine et environnement, qu'occupait M. A avant son déplacement d'office n'était pas au nombre des emplois ouvrant le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire au titre de l'année 2019. Enfin, le requérant n'établit ni même ne soutient que ce poste ouvrait droit au bénéfice de cette bonification au titre des années suivantes. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la sanction dont il a illégalement fait l'objet l'aurait privé d'une chance sérieuse de continuer à percevoir le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 16 avril 2002 précité : " Une indemnité de sujétions horaires peut être versée aux fonctionnaires () lorsque l'organisation du travail implique au moins l'une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : () - un horaire de travail lié aux heures des marées ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le montant des attributions individuelles au titre de la première part de l'indemnité de sujétions horaires est constitué du nombre des vacations ordinaires d'une durée au moins égale à 6 heures effectuées programmées dans l'horaire de travail de l'agent ainsi que du nombre de vacations de nuit, le samedi, le dimanche ou un jour férié d'une durée au moins égale à 6 heures ".
9. L'indemnité de sujétions horaires, dont l'attribution est conditionnée à ce que le bénéficiaire travaille durant une période de plus de six heures d'affilées compte-tenu des horaires de marée, est seulement destinée à compenser les contraintes horaires liées à l'exercice effectif de fonctions. Elle doit par suite être exclue du calcul de la rémunération mensuelle de référence qu'un agent public irrégulièrement évincé de son poste aurait dû percevoir.
10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le poste de chargé de mission " eau, nature et territoires " sur lequel a été placé M. A à compter du 19 janvier 2019 a été classé dans le groupe de fonction n° 1 de l'IFSE à compter du 19 janvier 2019, de sorte qu'il ne justifie pas d'une perte de revenu à ce titre par rapport à son ancien poste, classé également dans le groupe de fonction n° 1.
Il résulte de ce qui précède que M. A ne justifie pas de l'existence d'un préjudice financier.
En ce qui concerne le préjudice moral et le trouble dans les conditions d'existence :
11. Eu égard à la nature de la sanction prononcée à l'encontre de M. A, à ses répercussions sur son état de santé, sa situation et sa réputation professionnelle, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral et de ses troubles dans ses conditions d'existence en lui allouant la somme de 1 000 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. A une somme globale à 1 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable notifiée le 29 décembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance exposés par M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 1 000 euros à M. A en réparation de ses préjudices.
Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et solidaire. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde (direction départementale des territoires et de la mer).
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Jaouen, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
L. JOSSERANDLe président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et solidaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026