jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302344 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET SELURL CHIFFERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 4 mai et le 17 juillet 2023, M. E F, représenté par Me Thomas de Lataillade, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de déterminer si des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commises par le centre hospitalier d'Arcachon lors de sa naissance le 21 juillet 1995 et de l'hospitalisation qui a suivi et de fournir toute précision de nature à permettre au tribunal de former son appréciation sur la date de consolidation et les préjudices subis. Il demande en outre que l'expertise soit rendue commune à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente Maritime, que l'expert puisse s'adjoindre tout spécialiste de son choix et qu'il rédige un pré-rapport.
Le requérant soutient que l'expertise sollicitée est utile car elle est susceptible de donner lieu à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative.
Par un mémoire enregistré le 5 mai 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente Maritime, indique au tribunal qu'elle ne s'oppose pas à la désignation d'un expert sollicitée par M. F et que ce dernier a été pris en charge au titre du risque maladie. Elle demande en outre que ses droits soient réservés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, le centre hospitalier d'Arcachon, représenté par Me Amélie Chiffert, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'état de santé de M. F est consolidé depuis 2008 et que la prescription de son action est acquise depuis 2018.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la prescription opposée par le centre hospitalier d'Arcachon :
1. Le point de départ de la date de consolidation d'un dommage corporel est le moment où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent et qu'il est possible d'apprécier un certain degré d'incapacité permanente partielle réalisant un préjudice définitif.
2. Il est en l'espèce constant que la prescription décennale prévue à l'article L. 1142-28 du code de la santé publique est applicable à la situation de M. F. Si le centre hospitalier d'Arcachon soutient que le dommage de M. F est consolidé depuis 2008, cette affirmation est sérieusement contredite par le docteur B H, expert judiciaire, qui considère à l'inverse dans un rapport daté du 23 juin 2023 versé au dossier que, compte tenu de l'amélioration progressive au cours des ans, la consolidation ne pouvait pas être posée avant l'âge de 18 ans. Dès lors, en l'état du dossier soumis au juge des référés, il n'y a pas lieu de considérer que l'action de M. F était prescrite à la date de la requête, le 4 mai 2023. Il s'ensuit que les conclusions du centre hospitalier d'Arcachon relatives à la prescription décennale ne peuvent être accueillies.
Sur la mesure d'expertise sollicitée :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
4. M. E F a présenté à sa naissance le 21 juillet 1995 au Centre hospitalier d'Arcachon une paralysie du plexus brachial droit et une fracture de l'humérus gauche, suite à une complication obstétricale, à savoir une dystocie des épaules. Le 27 juillet 1995, il a subi une intervention chirurgicale aux fins d'alignement de la fracture de l'humérus gauche et de mise en place d'une immobilisation en jersey type Dujarrier. M. F a été suivi sur le plan neurologique, par électromyogrammes et potentiels évoqués moteurs et somesthésiques et a suivi des séances de kinésithérapie jusqu'à l'âge de 19 ans. Le 13 avril 2018, M. F s'est vu attribuer la qualité de travailleur handicapé. Le 14 novembre 2022, M. F a consulté le docteur D A qui mentionne qu'il souffre de douleurs à type de décharges électriques proximales dans la région trapézienne droite irradiant jusque dans le pouce droit. Le requérant, qui estime que les séquelles qu'il a subies résultent d'une prise en charge défaillante par le centre hospitalier d'Arcachon lors de sa naissance demande l'organisation d'une expertise aux fins de déterminer les conditions de sa prise en charge et d'évaluer les préjudices qu'il a subis. La mesure d'expertise ainsi demandée, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur l'établissement d'un pré-rapport :
5. S'agissant de l'exercice par l'expert de la mission qui lui est assignée par la présente ordonnance, aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne lui font obligation d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de M. F tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties afin qu'elles puissent y répondre sous forme de dires ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E
Article 1er : Le docteur G C est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
1°) de convoquer l'ensemble des parties ;
2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'ils estimeront utiles au bon accomplissement de leur mission et d'entendre tout sachant ;
3°) de décrire la prise en charge de la naissance de M. E F par le centre hospitalier d'Arcachon et de dire si les soins qui lui ont été prodigués ont été consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la science médicale ;
4°) de dire si des manquements ont été commis lors de la prise en charge de M. F au cours de sa naissance ;
5°) de dire si la prise en charge de M. F, à sa naissance, a été conforme aux règles de l'art médical ;
6°) de procéder à l'examen médical de M. F et de décrire son état de santé ;
7°) de dire si les séquelles présentées par M. F sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic, de soins ou si elles procèdent d'une autre cause ;
8°) de déterminer l'existence d'une perte de chance pour M. F d'avoir échappé aux dommages et, dans l'affirmative, d'en chiffrer le taux ;
9°) de fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;
10°) de fixer, le cas échéant, la date de consolidation de l'état de santé de M. F et, à défaut, de donner son avis sur la date prévisible de consolidation ;
11°) de donner son avis sur les préjudices découlant de façon directe et certaine des soins prodigués, en faisant la part des conséquences normalement prévisible de la pathologie initiale, d'éventuelles pathologies intercurrentes ou de toute autre cause ;
12°) d'évaluer les préjudices suivants subis par M. F ;
a) Préjudices patrimoniaux temporaires : Dépenses de santé actuelles et frais divers ;
b) Préjudices patrimoniaux permanents :
- Dépenses de santé futures ;
- Frais de logement adapté ;
- Frais de véhicule adapté ;
- Assistance par tierce personne ;
- Pertes de gains professionnels futurs ;
- Incidence professionnelle ;
- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation ;
c) Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
- Déficit fonctionnel temporaire ;
- Souffrances endurées ;
- Préjudice esthétique temporaire ;
d) Préjudices extrapatrimoniaux permanents :
- Déficit fonctionnel permanent ;
- Préjudice d'agrément ;
- Préjudice esthétique permanent ;
- Préjudice sexuel ;
- Préjudice d'établissement ;
- Préjudices permanents exceptionnels.
13°) d'une manière générale, donner au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par le requérant, de l'entier préjudice qu'il subit.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. E F, le centre hospitalier d'Arcachon et la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente Maritime.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de leur rapport par les parties.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E F au centre hospitalier d'Arcachon, à la Caisse primaire d'assurance maladie de la Charente Maritime et au docteur G C, expert.
Fait à Bordeaux, le 23 novembre 2023.
La présidente du tribunal,
Juge des référés,
Cécile Mariller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026