Site expérimental.Les contenus sont rédigés avec l'aide d'une intelligence artificielle, qui peut se tromper. Si vous voyez une information fausse, merci de nous prévenir à contact@meilleuravocats.fr : nous corrigeons rapidement. Notre objectif est d'aider les avocats et les professionnels, jamais de leur nuire.

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2302460

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2302460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné les requêtes de M. A, ressortissant guinéen, contestant le classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour "travailleur temporaire" et le rejet implicite de sa demande de changement de statut "vie privée et familiale". Le tribunal a jugé que la décision de classement sans suite du 27 janvier 2023 ne faisait pas grief et était donc irrecevable. Sur le fond, le tribunal a rejeté les conclusions dirigées contre le refus implicite de changement de statut, estimant que la décision ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni les articles L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Les demandes d'injonction et les frais de justice ont été rejetés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête n° 2302460 et des pièces complémentaires, enregistrées le 10 mai 2023 et le 15 avril 2024, M. C A, représenté par Me Reix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a " classé sans suite " sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet d'examiner sa demande de titre de séjour en lui adressant une convocation dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes, soit 1 800 euros TTC, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; - il n'a pas été invité à compléter son dossier préalablement au classement sans suite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2023.

Par un courrier du 23 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 janvier 2023, comme étant dirigées contre une décision ne faisant pas grief.

Une réponse au moyen d'ordre public, présentée par M. A, a été enregistrée le 25 septembre 2024.

II- Par une requête n° 2400549 et des pièces complémentaires, enregistrées les 19 janvier et 15 avril 2024, M. C A, représenté par Me Reix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de recours gracieux et sa demande de changement de statut " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet d'examiner sa demande de titre de séjour en lui adressant une convocation dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes, soit 1 800 euros TTC, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fernandez a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 15 janvier 2003, est entré en France le 6 décembre 2018. Le 13 mars 2021, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423- 22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais n'a obtenu qu'un titre de séjour " travailleur temporaire ", prévu à l'article L. 435-3 du même code. Le 5 novembre 2022, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Cependant, la préfecture estimant que sa demande était incomplète l'a, pour ce motif, " classé sans suite " le 27 janvier 2023, en précisant les documents qui étaient manquants. M. A demande dans la requête n° 2302460, l'annulation de la décision rejetant sa demande de titre en raison de son caractère incomplet. Par la suite, le requérant a formé un recours gracieux contre cette même décision et a sollicité le changement de statut de sa demande en " vie privée et familiale ", le 22 mars 2023. Par la requête n° 2400549, il demande l'annulation de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2302460 et 2400549 présentées par M. A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n° 2302460 :

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Selon l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. En outre, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

5. L'acte litigieux du 27 janvier 2023, estimant que la demande de titre de séjour de M. A devait être " classée sans suite ", a été pris au motif que cette demande était incomplète, en précisant les documents manquants. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour, déposée le 5 novembre 2022 par M. A n'était effectivement pas complète, faute pour ce dernier d'avoir produit des documents justifiant sa situation professionnelle. A cet égard, il est constant que le requérant n'a pas produit de contrat de travail mais seulement des bulletins de paie dont le dernier était en date de juillet 2022. Dans ces conditions, la décision du 27 janvier 2023 de " classement sans suite " de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A doit être regardée comme un refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour en raison de son caractère incomplet, lequel refus ne fait pas grief et n'est donc pas susceptible d'être déféré au juge de l'excès de pouvoir.

Sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n° 2400549 :

6. D'une part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment en France, qu'il est célibataire et n'a pas d'enfant. Par ailleurs, s'il se prévaut d'une insertion en France par son travail il s'agissait seulement d'un contrat d'apprentissage dans le cadre de sa formation en CAP qui s'est terminée le 31 août 2022, le requérant n'ayant pas depuis travaillé de nouveau. De plus, il ne fait état d'aucune relation affective ou familiale en France alors même qu'il n'est pas privé de toute attache en Guinée, pays dont il a vécu la majeure partie de sa vie, et dans lequel réside toujours sa mère. Par suite, le préfet de la Gironde n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées dans les deux requêtes visées ci-dessus doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes n° 2302460 et 2400549 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Reix et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

D. Fernandez

Le président,

D. Katz La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2400549