lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302751 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP HARFANG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 26 mai et le 19 juin 2023, Mme A D, représentée par Me Jean-Eric Callon, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de déterminer la cause des inondations qui affectent son immeuble sis 5 impasse des Lilas sur la commune de Martillac (33650) et de chiffrer l'ensemble des préjudices qu'elle a subis. Elle demande en outre que les dépens soient réservés.
Elle soutient que depuis la création d'un pont enjambant un cours d'eau, et l'urbanisation intensive de la zone, sa parcelle est inondée à chaque épisode de forte pluie.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 et 20 juin 2023, la communauté de communes de Montesquieu conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire demande sa mise hors de cause, et que soit mise à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle demande enfin que M. B F ne soit pas désigné comme expert.
Elle soutient que :
-la requérante ne peut être jugée recevable à agir, en tout état de cause, que sur la parcelle cadastrée, en 2012, B 1636, sur laquelle elle bénéficie de l'usufruit.
- La parcelle litigieuse est située dans le lit majeur du Breyra et, à ce titre, exposée depuis toujours aux crues de ce cours d'eau.
- La Communauté de Communes n'est pas compétente pour octroyer les autorisations d'urbanisme. Elle ne joue par conséquent aucun rôle dans l'urbanisation. S'agissant du pont incriminé elle n'avait même pas d'avis à formuler dans le cadre de la procédure suivie en l'espèce, à savoir une simple déclaration à l'initiative du lotisseur.
Par un mémoire, enregistré le 5 juillet 2023, la société des Aunes, représentée par Me Guillaume Achou-Lepage, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à sa mise hors de cause. Elle demande en outre qu'il soit mis à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-le rapport d'expertise amiable du 7 mars 2022 conclut que le lien de causalité entre le pont aménagé par la société des Aunes ne peut nullement être démontré.
-les travaux de lotissement réalisés par la société des Aunes, en ce compris le pont litigieux, ont été achevés le 25 mai 2016 comme en atteste la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux.
- Madame D n'apporte aucun élément permettant d'établir que l'auteur de l'expertise amiable ne présentait pas les garanties suffisantes d'objectivité et d'impartialité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, la commune de Martillac, représentée par Me Xavier Boissy, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire demande que l'expertise judiciaire ne porte que sur la parcelle cadastrée, en 2012, B 1636, à titre infiniment subsidiaire déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise et émet toutes protestations et réserves d'usage quant à la responsabilité qui lui est imputée. Elle demande enfin que les dépens soient réservés.
Elle soutient que :
-Mme D ne démontre nullement l'existence d'un réel préjudice. Elle ne démontre pas l'existence de traces d'humidité sur l'ensemble de la bâtisse mais seulement dans le sous-sol de l'habitation. De plus comme le montre le rapport d'expertise amiable du 7 mars 2022, des épisodes d'inondation ont eu lieu avant le début de la création du pont et du lotissement.
-la requérante ne peut être jugée recevable à agir, en tout état de cause, que sur la parcelle cadastrée, en 2012, B 1636, sur laquelle elle bénéficie de l'usufruit.
L'Etat (DDTM) auquel la requête a été transmise n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la mesure d'expertise sollicitée :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. Mme D, usufruitière d'un immeuble sis 5 impasse des Lilas sur la commune de Martillac (33650) cadastré B 1636, soutient subir d'importantes inondations à chaque épisode de forte pluie. Elle allègue, sur la base d'un rapport d'expertise amiable réalisée le 7 mars 2022 à l'initiative de son assureur, que la cause de ces désordres provient de la création d'un pont enjambant un cours d'eau et de l'urbanisation intensive de la zone qui aurait modifié l'écoulement naturel des eaux. Même si elle ne détaille pas les préjudices matériels qu'elle a subis, elle établit par la production d'un constat d'huissier du 13 juillet 2021 l'inondation du sous-sol de sa maison générateur de préjudices. Dans le but d'engager la responsabilité de la commune de Martillac, de l'Etat (direction départementale des territoires et de la mer), de la communauté de communes de Montesquieu et de la société des Aunes, Mme D demande la nomination d'un expert pour établir judiciairement l'origine des inondations et fixer ses préjudices. La mesure d'expertise ainsi sollicitée, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui ne portera que sur la parcelle B 1636 à l'exclusion de la parcelle B 1638 propriété du fils de la requérante, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de mise hors de cause de la communauté de communes de Montesquieu :
3. La communauté de communes de Montesquieu demande sa mise hors de cause en soutenant qu'elle est étrangère au litige. Il résulte de l'instruction que la communauté de communes défenderesse n'a aucune compétence en matière d'urbanisme et n'est intervenue à aucun titre dans la construction du pont incriminé. En l'état du dossier soumis au juge des référés, il y a lieu de faire droit à sa demande de mise hors de cause.
Sur la demande de mise hors de cause de la société des Aunes :
4. La société des Aunes, ayant réalisé le pont et le lotissement de 34 lots situés à proximité de la maison de Mme D, elle ne peut en l'état de l'instruction être regardée comme étant manifestement étrangère au litige. De plus l'expertise sollicitée est une simple mesure d'instruction qui a notamment pour objet de déterminer la réalité, la nature, les causes et l'étendue des désordres affectant l'immeuble de Mme D, sans préjuger de leur imputabilité ou des responsabilités pouvant être encourues par les parties défenderesses. Ainsi, la présence aux opérations d'expertise de la société des Aunes apparaissant utile, il y a lieu de rejeter la mise hors de cause.
Sur les frais de l'instance :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la communauté de communes de Montesquieu et par la société des Aunes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : M. C E, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
1°) de convoquer les parties ; se rendre 5 impasse des Lilas sur la commune de Martillac (33650) sur la parcelle cadastrée, en 2012, B 1636, dont Mme D est usufruitière ; entendre tout sachant et se faire communiquer tous les documents qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;
2°) de rechercher les causes et origines des désordres causés par les inondations survenues notamment en 2021 ; examiner l'importance des crues du Breyra parmi les causes des inondations de la parcelle B 1636 ; en cas de pluralité de causes, déterminer la part imputable à chacune d'entre elles ;
3°) au cas où l'immeuble de Mme D nécessiterait des mesures de sauvegarde ou des travaux particuliers de nature à les soustraire à un risque d'inondation, en indiquer la consistance, le coût et la durée probable de réalisation ;
4°) d'indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier aux inondations et en chiffrer le coût ;
5°) d'évaluer l'ensemble des préjudices subis par Mme D sur la parcelle B 1636 du fait des inondations en précisant ceux ayant éventuellement fait l'objet d'une indemnisation par son assureur ;
6°) d'une manière générale, fournir au tribunal tous les éléments utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme D, la commune de Martillac, l'Etat (Direction départementale des territoires et de la mer) et la société des Aunes.
Article 5 : La communauté de commune de Montesquieu est mise hors de cause.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à la commune de Martillac, à l'Etat (Direction départementale des territoires et de la mer), à la société des Aunes, à la communauté de communes de Montesquieu et à M. C E, expert.
Fait à Bordeaux, le 4 décembre 2023.
La présidente,
Cécile MARILLER
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026