jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2302953 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCM.ANTIGONE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, M. A C et Mme B D, représentés par la SELARL Uldrif Astié, avocat, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de leur indiquer un lieu d'hébergement stable de nature à les accueillir avec leur enfant et à leur garantir de manière effective des conditions matérielles décentes en termes de logement, habillement et nourriture et ce, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. A C et Mme B D soutiennent que :
- entrés en France le 18 avril 2019 avec leur enfant née le 10 mai 2015, atteinte d'une paralysie cérébrale, ils ont sollicité tous deux leur admission au séjour en tant qu'accompagnant de cette enfant malade qui nécessite des soins chroniques pour une durée indéterminée et bénéficie d'un protocole mis en place pour une période de dix ans ;
- leurs premières demandes de titre n'ayant pas abouti, ils ont formulé une nouvelle demande le 4 novembre 2021, sur laquelle l'autorité préfectorale est restée silencieuse, ne leur ayant même pas délivré de récépissé en violation de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- hébergés en centre d'accueil pour demandeurs d'asile jusqu'au 17 décembre 2021, puis logés temporairement, ils se retrouvent sans solution d'hébergement depuis le 1er juin 2023 ;
- en s'abstenant de leur délivrer un récépissé, l'autorité préfectorale porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur liberté d'aller et venir, outre leur droit à un hébergement ;
- la condition d'urgence est satisfaite eu égard à l'état de santé de leur enfant qui n'a aucune autonomie et à qui a été reconnu un taux d'incapacité entre 80 et 95 % ;
- leurs saisines du service de veille sociale sont restées vaines ;
- eu égard aux circonstance exceptionnelles dont ils peuvent se prévaloir, le défaut d'indication d'un lieu d'accueil révèle une carence des autorités de l'Etat qui porte une atteinte grave et manifeste aux obligations découlant du droit à l'hébergement d'urgence, garanti par les articles L. 345-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, du principe de respect de la dignité humaine, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 34 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1991 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Sur les conclusions aux fins d'injonction :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". L'article L. 522-3 dispose cependant que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Par ailleurs, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place sous l'autorité du préfet un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse. L'article L. 345-2-2 de ce code précise que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale doit pouvoir avoir accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Enfin, aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement () ".
3. En vertu de ces dernières dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence, qui est ainsi reconnu à toute personne sans abri se trouvant en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la ou des personnes intéressées.
4. Il résulte de l'instruction que M. A C et Mme B D, ressortissants géorgiens nés respectivement le 22 juin 1989 à Khashuri, en Géorgie, et le 20 février 1989 à Rustavi, en Géorgie, sont entrés en France irrégulièrement, le 18 avril 2019 selon leurs déclarations. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 janvier 2020, confirmées par décisions de la cour nationale du droit d'asile du 26 octobre 2020. Le 3 février 2020, M. C et Mme D ont sollicité leur admission au séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade, sur le fondement de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par deux arrêtés du 25 novembre 2020, la préfète de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les requêtes que M. C et Mme D ont formulé contre ces arrêtés ont été rejetées par jugement du 1er février 2021 n° 2005649-2005650 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux. Les appels qu'ils ont interjetés contre ce jugement ont été rejetés par arrêt du 6 décembre 2021 n° 21BX02908, 21BX02909 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. Si M. C et Mme D font valoir qu'ils ont déposé chacun une nouvelle demande de titre de séjour, toujours en qualité d'accompagnant d'enfant malade, le 4 novembre 2021, il ressort de l'avis du 9 juillet 2020 du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), saisi par la préfète de la Gironde pour l'instruction des précédentes demandes d'admission au séjour, que les soins nécessités par l'état de santé de leur fille sont disponibles dans leur pays d'origine. Il suit de là qu'en l'état, les intéressés, qui n'ont pas été admis à souscrire une demande de titre en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent se prévaloir d'aucun droit au séjour en France et la situation de détresse sociale qu'ils invoquent résulte de leur choix de se maintenir sur le territoire national, au demeurant au mépris des décisions juridictionnelles qui ont confirmé la légalité des obligations de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet. En outre, il résulte également de l'instruction que, malgré l'extension du nombre d'hébergements pérennes, portés dorénavant à 1 523, outre les 247 places en pension de familles, les 2 627 places en résidences sociales, les 574 places en intermédiation locative et les 990 places dites d'allocation logement temporaire, le dispositif de veille sociale est en situation de saturation. Dans ce contexte, et alors que les intéressés peuvent bénéficier de l'aide au retour prévue par les articles L. 711-2 et R. 711-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le défaut de réponse favorable à leur demande d'indication d'un lieu d'hébergement ne peut être regardé comme révélant une carence caractérisée des services de l'Etat dans l'accomplissement de leur mission, qui porterait une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il suit de là que leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :
5. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement " et aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte des points précédents que l'action de M. A C et Mme B D ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
6. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A C et Mme B D demandent le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A C et Mme B D, y compris leur demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et Mme B D, et à la SELARL Uldrif Astié.
Fait à Bordeaux, le 8 juin 2023.
Le juge des référés,
J-M. Bayle
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026