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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303053

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303053

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303053
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A contestant le refus de la commission de médiation de la Gironde de le reconnaître comme prioritaire pour un logement social d'urgence. Le juge a écarté le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission, faute de preuve, et a jugé que la commission n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en estimant le dossier incomplet. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires. La décision applique les articles L. 441-2-3 et R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2023, M. B A, représenté par Me Taormina, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 mars 2022 par laquelle la commission de médiation de la Gironde, saisie au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a rejeté sa demande tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social ;

2°) d'enjoindre à la commission de faire droit à sa demande ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Il soutient que :

* la requête est recevable ;

* la décision attaquée ne fait pas apparaître la composition de la commission de médiation, ni les conditions dans lesquelles ses membres ont été convoqués, alors qu'une composition irrégulière de la commission au regard de l'article R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation entache d'illégalité la décision ;

* la commission a commis une erreur d'appréciation en considérant le dossier comme étant incomplet ; la nature des pièces manquantes n'est pas précisée ; il a répondu à la demande de pièces complémentaires dans le délai prescrit ; sa carte "mobilité inclusion" mention "stationnement" et les ordonnances médicales produites permettaient de démontrer objectivement sa situation de handicap et la nécessité pour lui d'obtenir un logement en Gironde ; la nouvelle demande de pièces du 4 février 2022 révèle l'absence de prise en compte de ses premiers envois ;

* la commission a commis une erreur d'appréciation en ne faisant pas droit à sa demande ; il bénéficie d'un logement de transition à la suite de son départ de son précédent logement indécent ; son logement est inadapté à son handicap.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pau du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de l'action sociale et des familles ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

* le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Naud, magistrat désigné ;

* les observations de Me Taormina, pour M. A, qui persiste dans ses précédentes écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1967, a saisi, au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation de la Gironde d'une demande tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le 16 décembre 2021. La commission lui a opposé un refus, le 24 mars 2022. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () / II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / () Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. / () ".

3. En premier lieu, M. A soutient que la décision attaquée ne fait pas apparaître la composition de la commission de médiation, ni les conditions dans lesquelles ses membres ont été convoqués, alors que la composition irrégulière de la commission au regard de l'article R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation est susceptible d'entacher d'illégalité la décision. Toutefois, aucun texte ne prévoit l'obligation de faire état de la composition de la commission de médiation et des conditions de convocation de ses membres dans la décision statuant sur le droit au logement opposable. En toute hypothèse, il n'est pas démontré que la commission n'était pas régulièrement composée au vu des pièces produites en défense par le préfet de la Gironde. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. () Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. () Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 3 janvier 2022, le secrétariat de la commission de médiation a demandé à M. A de produire des pièces obligatoires manquantes dans sa demande initiale, à savoir un document justificatif de son handicap, un document montrant que son logement actuel est non décent et un justificatif de soins médicaux réguliers ne pouvant être suivis qu'en Gironde. Conformément à l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur doit en effet fournir toutes pièces justificatives de sa situation, ces pièces à fournir obligatoirement étant fixées par l'arrêté du 18 avril 2014 qui prévoit le modèle de formulaire "recours amiable devant la commission départementale de médiation en vue d'une offre de logement" sous le n° cerfa 15036 et sa notice d'information sous le n° cerfa 51754. Il est vrai que le requérant a répondu, par un courrier du 13 janvier 2022, dans le délai imparti, qu'il avait déjà produit sa carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées", ainsi que les pièces justifiant du caractère non décent de son précédent logement en Gironde, que son départ de ce logement avait été subi et qu'il cherchait une maison de type T4 dans le Médoc pour être proche de l'hôpital de Bordeaux en raison de son handicap. Mais, le 4 février 2022, le secrétariat de la commission de médiation l'a informé que les pièces réclamées restaient manquantes et que le délai d'instruction de sa demande reprenait. La décision de rejet attaquée a ainsi été prise, le 24 mars 2022, au motif que " l'absence de certaines pièces, indispensables à l'instruction du recours, demandées par courrier en date du 03/01/2022 et du 04/02/2022, ne permet pas à la commission de médiation de statuer sur la demande du requérant ". La nature des pièces en cause ne fait aucun doute, compte tenu de ce qui était précisé dans les courriers du 3 janvier et du 4 février 2022 auxquels il est fait référence. À supposer même qu'une carte de stationnement puisse suffire à justifier du handicap du requérant, il n'est pas sérieusement contesté, d'une part, que les justificatifs relatifs au caractère non décent de son logement concernaient non pas son logement actuel dans les Landes mais son précédent logement en Gironde et, d'autre part, que les justificatifs de soins en Gironde ne suffisaient pas à établir qu'ils ne pouvaient pas être poursuivis dans les Landes. La commission de médiation n'était ainsi pas en mesure d'apprécier, avec les seuls éléments dont elle disposait, les mérites de la demande de M. A, présentée au motif qu'il est une personne handicapée et que son logement est non décent. Dès lors, le moyen tiré de ce que la commission de médiation aurait commis une erreur d'appréciation en estimant le dossier incomplet doit être écarté.

6. En dernier lieu, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

7. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () / - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

8. Tout d'abord, quand bien même M. A a déménagé dans les Landes en raison du caractère non décent de son précédent logement en Gironde et que, selon les termes de la requête, " ce relogement qui devait être transitoire et temporaire est finalement devenu durable ", il ne saurait être regardé comme étant hébergé dans un "logement de transition" au sens des dispositions précitées de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, dès lors que cette notion recouvre notamment les logements des parcs privés et publics loués à certains organismes (associations déclarées et centres communaux d'action sociale) afin d'être sous-loués à titre temporaire à des personnes en difficulté, en application des articles L. 353-20 et L. 442-8-1 du même code.

9. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté sa demande auprès de la commission de médiation de la Gironde au motif qu'il est une personne handicapée et que son logement est non décent, ces deux conditions étant cumulatives. Toutefois, le requérant disposait alors d'un logement social à Sore, dans le département des Landes. Il ne pouvait ainsi plus se prévaloir du caractère non décent de son précédent logement situé à Bordeaux, quand bien même il avait décidé de le quitter en 2020 en raison de la " présence importante d'humidité et de moisissures sur les murs en façade / absence d'évacuation de l'air vicié dans la salle de bains et la cuisine / présence d'une fissure sur la cloison entre la salle de bains et la chambre " comme constaté dans le rapport de visite du 10 septembre 2020, sans d'ailleurs apporter la preuve que la dégradation de son logement aurait eu un impact grave sur son état de santé ou celui de son épouse et de ses enfants imposant leur déménagement. Ensuite, il n'est pas démontré, ni même allégué que son nouveau logement à Sore ne serait pas décent, ou encore qu'il serait suroccupé.

10. Enfin, il n'est pas établi que ce nouveau logement ne serait pas adapté à son handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles, du seul fait, d'une part, que ses enfants subiraient des contraintes en raison de l'éloignement de leurs établissements scolaires dans le département des Landes compte tenu de la durée des trajets en cars de ramassage scolaire et, d'autre part, que lui-même ferait l'objet d'un suivi médical en Gironde alors qu'il n'est pas avéré qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier d'une prise en charge médicale similaire dans les Landes. Dans ces conditions, la commission de médiation n'a pas commis d'erreur d'appréciation en ne faisant pas droit à sa demande au vu de l'examen global de sa situation, contrairement à ce que soutient le requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Gironde en date du 24 mars 2022.

12. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant étant rejetées, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

P. GAULON

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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