vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303070 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, et deux mémoires, enregistrés le 17 octobre 2023 et le 23 septembre 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 30 mars 2023 par laquelle la commission de médiation de la Gironde, saisie au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a rejeté sa demande tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social.
Il soutient que :
* il remplit les conditions pour bénéficier d'un logement, dès lors que le montant de son loyer est de 880 euros, ce qui met son foyer en difficulté, et qu'il n'a eu aucune proposition depuis 2014 ;
* il est reconnu comme étant en invalidité permanente ;
* ses ressources ne lui permettent pas d'assumer un loyer dans le parc privé ;
* son logement n'est pas adapté à son handicap, au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ;
* la bourse de ses enfants ne doit pas être assimilée à un salaire ;
* il est en instance de divorce.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'action sociale et des familles ;
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a saisi, au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation de la Gironde d'une demande tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le 23 décembre 2022. La commission lui a opposé un refus, le 30 mars 2023. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () / II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / () Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. / () ".
3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / () / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".
4. Il résulte du II de l'article L. 441-2-3 et de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur. Ainsi, la situation de handicap invoquée par un demandeur est de nature à justifier le caractère prioritaire et urgent de sa demande, non seulement, en application de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, si son logement est manifestement suroccupé ou ne présente pas le caractère d'un logement décent, mais aussi, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du même code, s'il n'a reçu aucune proposition de logement dans le délai fixé en application de son article L. 441-1-4, et que cette situation de handicap rend son logement inadapté à ses besoins.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté sa demande auprès de la commission de médiation au motif qu'il est dans l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, qui est de trois ans en Gironde. Il s'avère en effet que la date de dépôt initial de sa demande de logement social remonte au 28 novembre 2014, soit plus de huit ans à la date de la décision attaquée.
6. Cependant, M. B dispose déjà d'un logement, situé à Libourne. Il n'est pas manifestement suroccupé, sa surface habitable étant de 111 m2 tandis que le foyer du requérant était composé, à la date de la décision attaquée, de lui-même, né en 1958, de son épouse, née en 1966, et de leurs quatre enfants, nés en 1999, 2001, 2003 et 2008. M. B justifie d'un loyer de 880 euros aux mois d'avril, mai et octobre 2023, soit postérieurement à la date de la décision attaquée ; le préfet produit une quittance de loyer de 850 euros aux mois de septembre, octobre et novembre 2022. Si le requérant soutient que ce loyer serait trop cher au regard de ses capacités financières, il doit être tenu compte de l'allocation personnelle de logement de 425 euros par mois qui lui a été versée notamment en novembre 2022. Ses autres ressources étaient constituées de sa pension de retraite de 657,72 euros en octobre 2022, ainsi que du revenu de solidarité active à hauteur de 560,56 euros par mois, des allocations familiales à hauteur de 139,83 euros en octobre 2022 et de 209,75 euros en novembre 2022. Il y a lieu aussi d'ajouter les bourses d'études de ses enfants, soit 5 136 euros pour l'année universitaire 2022/2023 pour chacun de ses trois enfants nés en 1999, 2001 et 2003, ce qui représente 1 284 euros par mois, dès lors que les enfants sont domiciliés chez leurs parents. À cet égard, il convient de relever que l'arrêté ministériel du 22 décembre 2020 fixe la " liste des pièces justificatives pour l'enregistrement et l'instruction de la demande de logement locatif social " et prévoit que " III. Pièces complémentaires que le service instructeur peut demander / () / Montant des ressources mensuelles : / Tout document justificatif des revenus perçus pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement : / () / - étudiant boursier : avis d'attribution de bourse / () ".
7. Par ailleurs, le requérant soutient que son logement ne serait pas adapté à son handicap, au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles. Il justifie certes qu'une pension d'invalidité de deuxième catégorie lui avait été allouée en 2006. Mais il n'apporte aucune autre précision sur son handicap et sa seule allégation relative au fait qu'il doit " monter chaque fois un étage " ne suffit pas pour considérer que son logement actuel serait inadapté à ses besoins.
8. Dans ces conditions, le refus qui a été opposé à M. B s'avère fondé au vu de l'examen global de sa situation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Gironde en date du 30 mars 2023.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
P. GAULON
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026