jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2303178 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2023, et trois mémoires en production de pièces, enregistrés le 25 juin, le 5 juillet et le 20 septembre 2023, M. C A demande au tribunal d'annuler la décision implicite née le 24 janvier 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Gironde a refusé de lui délivrer une carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées".
Il soutient qu'il éprouve des difficultés importantes pour se déplacer.
Par un mémoire en production de pièces, enregistré le 28 juin 2023, et un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, la maison départementale des personnes handicapées de la Gironde, représentée par sa directrice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 2 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible d'enjoindre d'office la délivrance à M. A de la carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées" avec une durée de validité de trois ans.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'action sociale et des familles ;
* l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 mai 2022, M. A a sollicité une carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées". Par une décision du 8 novembre 2022, le président du conseil départemental de la Gironde lui a opposé un refus. Le 24 novembre 2022, l'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire, qui a été implicitement rejeté par le président du conseil départemental le 24 janvier 2023. M. A demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. La carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. () / 3° La mention "stationnement pour personnes handicapées" est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () ".
3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () / IV. Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. / () ".
4. Aux termes de l'annexe relative aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement de l'arrêté interministériel du 3 janvier 2017 : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : / La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou / - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / - une aide humaine ; / - une prothèse de membre inférieur ; / - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; / - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou / - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / () ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande de carte de stationnement pour personnes handicapées ou de carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées", c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.
6. M. A, né en 1963, soutient qu'il éprouve des difficultés importantes pour se déplacer. À l'appui de sa requête, il produit le certificat médical du docteur B du 6 juin 2023, dont il ressort qu'il a une prothèse totale de genou droit depuis le 31 mars 2023, qu'il souffre de douleurs chroniques à ce genou et qu'il garde un handicap à la marche, avec un périmètre de marche inférieur à 200 mètres. Il produit aussi un précédent certificat médical du même docteur du 21 novembre 2022 qui faisait état de " difficultés à se déplacer, à marcher même en terrain plat et à maintenir la position debout prolongée en raison de son état de santé ", à savoir notamment " une atteinte des 2 genoux, opérés plusieurs fois à droite comme à gauche devant une chondrocalcinose avancée, une arthrose, une atteinte méniscale " et une arthroscopie à droite compliquée d'algodystrophie. Il justifie aussi d'une pension d'invalidité de catégorie 2 à compter du 1er septembre 2021, ainsi que de précédentes décisions d'accord pour la carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées" du 4 décembre 2019 au 31 décembre 2022.
7. La maison départementale des personnes handicapées de la Gironde fait valoir en défense que son équipe pluridisciplinaire a réévalué la situation du requérant le 5 septembre 2023 et a émis un nouvel avis défavorable. Il est constaté l'absence de production d'un compte-rendu d'hospitalisation de rééducation alors que la rééducation a débuté au mois de mai 2022. Il est relevé " des lombalgies chroniques sur une discopathie lombaire dans un contexte d'obésité sévère () douleurs () liées à la surcharge articulaire et à l'inflammation des articulations sur calcifications, sans notion de déficit sensitivo-moteur des membres inférieurs ".
8. Il résulte de l'instruction que le requérant souffre de douleurs persistantes au genou droit après la pose d'une prothèse le 31 mars 2023. Il est vrai que le certificat médical du docteur B du 9 mai 2022 faisait seulement état d'un périmètre de marche inférieur à 500 mètres. Toutefois, le certificat précité du 6 juin 2023 mentionne une aggravation de l'état de santé depuis lors avec l'installation de la prothèse au genou droit et fait état d'un périmètre de marche limité et inférieur au seuil réglementaire fixé à 200 mètres. La situation du requérant ne s'est ainsi pas améliorée, alors qu'il a bénéficié d'une carte de stationnement jusqu'au 31 décembre 2022. Il est donc établi une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied, au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, M. A remplit les conditions pour l'attribution d'une carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées".
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental de la Gironde née le 24 janvier 2023.
10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. A de la carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées" avec une durée de validité de trois ans. Il y a lieu pour le tribunal d'ordonner cette mesure dans un délai d'un mois.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision implicite du président du conseil départemental de la Gironde née le 24 janvier 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Gironde de délivrer à M. A une carte "mobilité inclusion" mention "stationnement pour personnes handicapées" avec une durée de validité de trois ans dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au département de la Gironde. Copie en sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026