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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303687

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303687

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303687
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné la contestation de M. B relative à un indu de prime d'activité de 7 334,73 euros pour la période de septembre 2019 à août 2021. L'indu était fondé sur l'absence de déclaration de ses revenus de micro-bénéfice agricole. Le tribunal a constaté que M. B avait bien transmis ses déclarations d'impôt à la mutualité sociale agricole, ce qui a été confirmé par les pièces produites. En conséquence, la décision de la commission de recours amiable rejetant son recours a été annulée. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 842-3, L. 842-4, R. 844-1 et R. 845-1 du code de la sécurité sociale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision de la commission de recours amiable de la mutualité sociale agricole de la Gironde en date du 15 novembre 2022, notifiée par lettre du 9 mai 2023, portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire par lequel il a contesté le bien-fondé de l'indu de prime d'activité d'un montant de 7 334,73 euros qui lui a été réclamé pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2021.

Il soutient que :

* s'il lui est reproché de ne pas avoir déclaré ses revenus au titre du micro-bénéfice agricole, il a toujours été honnête dans ses déclarations et il a toujours fourni sa déclaration d'impôts chaque année pour le calcul des prestations de la famille ;

* il est de bonne foi ;

* sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2023, la mutualité sociale agricole de la Gironde, représentée par la " responsable de service ", conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 19 septembre 2024, le tribunal a demandé aux parties la communication de pièces justificatives concernant la transmission par M. B à la mutualité sociale agricole de ses déclarations d'impôts concernant la période en litige.

Un mémoire en production de pièces présenté par la mutualité sociale agricole de la Gironde a été enregistré le 20 septembre 2024.

Par un mémoire, enregistré le 27 septembre 2024, M. B conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code général des impôts ;

* le code de la sécurité sociale ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est bénéficiaire de la prime d'activité. Le 30 septembre 2021, un indu d'un montant de 7 334,73 euros lui a été réclamé pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2021. Il a formé un recours administratif préalable obligatoire, qui a été rejeté le 15 novembre 2022 par la commission de recours amiable de la mutualité sociale agricole de la Gironde. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision qui lui a été notifiée par lettre du 9 mai 2023.

2. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". Aux termes de l'article R. 844-1 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée / () ". Aux termes de l'article R. 845-1 du même code : " Les revenus professionnels soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles s'entendent des bénéfices de l'avant-dernière année précédant celle au cours de laquelle le droit à l'allocation est examiné ou révisé, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. / Les revenus professionnels pris en compte pour le calcul de la prime d'activité sont égaux au douzième des revenus annuels fixés en application de l'alinéa précédent. / Lorsque les bénéfices n'ont pas été imposés, ou ne correspondent pas à une année complète d'activité, les revenus professionnels sont calculés par l'organisme chargé du service de la prime d'activité en appliquant au tiers du total des recettes du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit, un abattement dont le taux correspond à celui qui est mentionné au deuxième alinéa de l'article 64 bis du code général des impôts. / () ".

3. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige a été réclamé à M. B, exploitant agricole, au motif de déclarations de ressources omettant de mentionner son micro-bénéfice agricole, c'est-à-dire ses bénéfices agricoles relevant du régime des micro-exploitations prévu à l'article 64 bis du code général des impôts. Le requérant soutient qu'il a transmis à la mutualité sociale agricole ses déclarations d'impôt sur le revenu, ce qui est corroboré par la transmission desdites déclarations par la mutualité sociale agricole en réponse à la demande de pièces adressée par le tribunal ainsi que par les justificatifs produits par le requérant. Ces déclarations sur les revenus de 2017 à 2021 font effectivement état des bénéfices agricoles relevant du régime des micro-exploitations de M. B, lequel doit ainsi être regardé comme en ayant informé la mutualité sociale agricole quand bien même ses déclarations trimestrielles de ressources n'en faisaient pas état. Pour autant, il n'est pas sérieusement contesté que les droits à la prime d'activité du requérant ont été initialement calculés par la mutualité sociale agricole sans prendre en compte ces bénéfices, alors qu'ils devaient l'être conformément aux dispositions précitées des articles R. 844-1 et R. 845-1 du code de la sécurité sociale. Le nouveau calcul de ses droits, une fois les bénéfices agricoles ajoutés aux autres ressources de son foyer, a alors révélé qu'il avait trop perçu. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'indu en litige d'un montant de 7 334,73 euros lui a été réclamé pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2021.

4. Par ailleurs, les autres moyens soulevés par M. B tirés de ce qu'il est de bonne foi et que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette, sont inopérants pour contester le bien-fondé de l'indu.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de recours amiable de la mutualité sociale agricole de la Gironde en date du 15 novembre 2022.

6. Si toutefois le requérant parvient à établir qu'il ne s'est pas livré à une manœuvre frauduleuse ou à de fausses déclarations, qu'il est de bonne foi et qu'il est dans une situation de précarité, il a toujours la possibilité de solliciter auprès de l'administration une remise gracieuse de sa dette sur le fondement de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Copie en sera adressée à la mutualité sociale agricole de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

P. GAULON

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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