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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2303800

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2303800

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2303800
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en plein contentieux, annule la décision du 29 juin 2023 par laquelle la commission de médiation de la Gironde a refusé de reconnaître M. B comme prioritaire pour l'attribution d'un logement social d'urgence. Le juge estime que M. B, reconnu handicapé psychique, justifie d'un hébergement en structure d'accueil depuis plus de six mois, ce qui correspond aux critères de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. En conséquence, le tribunal enjoint à la commission de médiation de faire droit à la demande de M. B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, et trois mémoires, enregistrés le 13 et le 19 juillet et le 11 septembre 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 29 juin 2023 par laquelle la commission de médiation de la Gironde, saisie au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a rejeté sa demande tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social.

Il soutient que :

* il est actuellement hébergé par l'association départementale de la Croix Marine d'Anjou depuis le mois de juillet 2021 en appartement de coordination thérapeutique avec trois autres personnes ;

* il a orienté sa demande en Gironde car il est seul sur Angers alors que sa sœur vit à Saint-Jean-d'Illac ;

* il est atteint d'un handicap psychique reconnu par la maison départementale des personnes handicapées ; son état est stabilisé ; il peut vivre seul avec l'aide sa sœur ;

* si sa demande a été rejetée au motif qu'il est logé dans une structure à vocation sociale, cet hébergement n'est ni pérenne, ni définitif ; le maintien dans le logement est sous condition de soins ;

* il vit dans un logement de transition depuis plus de 18 mois avec obligation de soins ;

* il souhaite avoir un logement individuel en appartement ou maison dans le cadre du droit au logement opposable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 23 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible d'enjoindre d'office à la commission de médiation de la Gironde de faire droit à la demande de M. B tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de l'action sociale et des familles ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi, au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation de la Gironde d'une demande tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le 12 avril 2023. La commission lui a opposé un refus, le 29 juin 2023. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () / II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / () Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. / () ".

3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () / - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 / () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

4. Tout d'abord, il n'est pas contesté que M. B, né en 1984, présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles. Il pouvait donc saisir la commission de médiation sans condition de délai.

5. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté sa demande auprès de la commission de médiation au motif qu'il est hébergé dans un appartement de coordination thérapeutique géré par l'association départementale Croix Marine d'Anjou, compte tenu de son handicap psychique. La commission de médiation ne pouvait pas, sans commettre d'erreur de droit, lui opposer un refus au motif qu'il " est déjà logé dans une structure d'hébergement à vocation sociale sur Angers ", alors qu'il s'agit de l'un des critères prévus par les dispositions précitées de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Le requérant produit, à cet égard, une attestation de l'association précitée en date du 20 avril 2023 faisant état d'une résidence en colocation depuis le 19 juillet 2021, soit près de deux ans à la date de la décision attaquée. Il produit aussi un certificat médical du 23 février 2023 dont il ressort qu'il " présente un état de santé stable ". Si ce certificat est sommaire, il est éclairé par l'attestation médicale du 26 juillet 2023, postérieure à la décision attaquée mais révélant une situation antérieure, qui indique que son état de santé " est stabilisé et qu'il peut vivre seul dans un logement social () aidé par sa sœur ". Celle-ci réside en effet à Saint-Jean-d'Illac, ce qui justifie la demande du requérant auprès de la commission de médiation de la Gironde, quand bien même il réside en Maine-et-Loire. Dans ces conditions et au vu de l'examen global de sa situation, M. B, dont la bonne foi n'est pas contestée, remplit les conditions pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, ainsi qu'il le soutient.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Gironde en date du 29 juin 2023.

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la commission de médiation de la Gironde fasse droit à la demande de M. B tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social. Il y a lieu pour le tribunal d'ordonner cette mesure, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, dans un délai d'un mois.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 29 juin 2023 par laquelle la commission de médiation de la Gironde a rejeté la demande de M. B tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Gironde de faire droit, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, à la demande de M. B tendant à être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

C. AHIN

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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