mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304210 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SELURL CHIFFERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Cesso, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, avant dire-droit, une expertise médicale en vue d'évaluer ses préjudices résultant de l'infection ayant suivi l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 26 décembre 2014 au sein du centre hospitalier universitaire de Bordeaux ;
2°) subsidiairement, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et le centre hospitalier universitaire de Bordeaux à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge du défendeur une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'infection ayant suivi l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 26 décembre 2014 au sein du centre hospitalier universitaire de Bordeaux est une infection nosocomiale ;
- cette infection engage la responsabilité sans faute du centre hospitalier universitaire de Bordeaux au titre de l'alinéa 2 du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- il subit un préjudice grave en raison des troubles et gènes constatés au cours du suivi post-opératoire, des opérations de lavage, de l'évolution défavorable de l'infection nécessitant une prise en charge sur le long court, et du risque de réveil de l'infection conduisant à l'impossibilité d'une nouvelle intervention chirurgicale, pourtant nécessaire ;
- la mesure d'expertise apparait nécessaire pour l'évaluation des préjudices subis ;
- à titre subsidiaire, les préjudices qu'il subit doivent être indemnisés à hauteur de 20 000 euros.
Par deux courriers enregistrés le 6 septembre 2023 et le 22 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde informe le tribunal qu'elle n'entend pas intervenir à ce stade de la procédure dans l'instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et à titre subsidiaire à sa mise hors de cause.
Il fait valoir que :
- les éléments rapportés à ce stade de la procédure, notamment l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation, ne permettent pas de justifier de la réalité d'une infection nosocomiale et encore moins d'un déficit fonctionnel permanent d'au moins 25% ;
- il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, représenté par Me Chiffert, conclut au rejet des conclusions indemnitaires de la requête et ne s'oppose pas à la réalisation d'une expertise.
Il soutient que :
- sa responsabilité n'est ni établie ni démontrée en l'état des pièces du dossier ;
- il s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant de l'expertise sollicitée, qui doit être conduite par un collège d'experts composé d'un chirurgien orthopédiste et d'un médecin spécialisé en infectiologie ;
- le quantum de l'indemnisation sollicitée n'est pas justifiée, le requérant ne présentant aucun préjudice en lien avec l'infection alléguée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Gélas,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Barreau, représentant le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 1er février 1948, a subi le 26 décembre 2014 une arthrodèse L4-L5 au sein du centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Les suites opératoires ont été marquées par une infection du matériel d'ostéosynthèse ayant nécessité deux interventions de lavage de la zone opératoire, réalisées le 11 janvier 2015 et le 1er février 2015, et la mise en place d'une antibiothérapie jusqu'à fin mars 2015. L'évolution a été, par la suite, favorable. Le 29 mars 2021, M. A a adressé une demande d'indemnisation à la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Aquitaine, mettant en cause le centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Le 11 juin 2021, la commission a rendu une décision d'incompétence au regard des critères de gravité du dommage. Le 9 mars 2022, M. A a présenté à la commission de conciliation et d'indemnisation une demande de conciliation avec le centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Par courrier du 30 août 2022, la commission a informé le requérant du silence gardé par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, valant refus de concilier. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au tribunal, à titre principal, d'ordonner la désignation d'un expert afin qu'il soit statué sur les préjudices qu'il estime subir du fait de l'infection qu'il a présentée au décours de l'intervention chirurgicale du 26 décembre 2014.
2. D'une part, l'article R. 621-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. () ". La prescription d'une mesure d'expertise est subordonnée au caractère utile de cette mesure.
3. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Selon l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ".
4. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens de ces dispositions du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
5. Il résulte de l'instruction que M. A a subi une intervention chirurgicale consistant en une arthrodèse L4-L5 pour un canal lombaire étroit le 26 décembre 2014 au sein du centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Dès le 11 janvier suivant, puis le 1er février, il a été pris en charge au sein de ce même établissement pour un sepsis avec point d'appel rachidien traité par lavages et antibiothérapie. En l'état de l'instruction, le tribunal ne dispose pas d'éléments suffisants pour déterminer la nature de l'infection soignée à compter du 11 janvier 2015, ni l'étendue des préjudices et séquelles en résultant pour le requérant. Dès lors, il y a lieu, avant dire droit, d'ordonner une expertise médicale aux fins précisées ci-après.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. A, procédé à une expertise médicale.
Article 2 : Un collège d'experts sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : Le collège d'experts aura pour mission :
1°) de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. A, en particulier son dossier détenu par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux ainsi que les autres éléments de son dossier médical, à produire par le requérant, et ceux que pourront produire l'ensemble des parties, et de procéder à son examen clinique de manière contradictoire ;
2°) d'examiner M. A et de décrire son état actuel ;
3°) de décrire l'état de M. A avant l'intervention du 26 décembre 2014, les conditions dans lesquelles il a été hospitalisé et soigné au centre hospitalier universitaire de Bordeaux, le cas échéant les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont il a fait l'objet dans d'autres établissements ; il précisera les traitements entrepris et les soins reçus par le patient ;
4°) de rechercher si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait ou si, au contraire, des erreurs, fautes, maladresses ou négligences ont été commises par les services du centre hospitalier universitaire de Bordeaux ; d'indiquer, le cas échéant, si les fautes éventuellement constatées ont fait perdre à M. A une chance sérieuse de guérison de la pathologie dont il était atteint lors de son admission à l'hôpital ou de se soustraire aux complications survenues ; dans l'affirmative, de déterminer l'ampleur de la chance perdue ;
5°) de préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes de l'infection, la date d'établissement du diagnostic, la mise en œuvre de la thérapeutique ; quels sont les germes identifiés ; quel acte médical ou paramédical est à l'origine de l'infection, les causes possibles de l'infection ; de préciser si la conduite diagnostique et thérapeutique a été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale ; de distinguer ce qui est la conséquence directe de l'infection et ce qui procède de l'état pathologique ou d'un état antérieur ;
6°) préciser si l'infection que M. A a présentée était d'origine nosocomiale ;
7°) dans le cas où les séquelles auraient plusieurs causes, d'indiquer la part imputable à chacune d'elles et, notamment, aux actes accomplis par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, à l'exclusion des séquelles le cas échéant imputables à l'état initial de M. A, à son évolution prévisible, à des soins administrés par tout autre établissement ou praticien, à d'autres pathologies ou à toute cause étrangère ;
8°) de dire si l'on est en présence de conséquences anormales, au regard de l'état de santé de la personne, de l'évolution prévisible de cet état ;
9°) de décrire la nature et l'étendue des séquelles, d'évaluer la durée du déficit fonctionnel temporaire total, la durée du déficit fonctionnel temporaire partiel et le taux et les perspectives d'évolution du déficit fonctionnel permanent ; de fixer la date de consolidation ; de fournir tous les éléments propres à permettre au Tribunal saisi au fond de chiffrer le préjudice subi par M. A et de préciser notamment les éléments de nature à justifier une indemnisation au titre de la douleur morale et physique, du préjudice fonctionnel et d'agrément, du préjudice esthétique et des troubles de toute nature dans les conditions d'existence ;
10°) d'apporter tous éléments nécessaires à la solution du litige ;
11°) concilier les parties.
Article 4 : Les experts prêteront serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. Ils déposeront leur rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifieront copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts pourront établir un pré-rapport s'ils l'estiment indispensable à une meilleure connaissance du dossier.
Article 5 : Pour l'accomplissement de sa mission, l'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission, et éclairer le tribunal administratif. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 6 : L'expertise aura lieu en présence de M. A et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde, d'une part, du centre hospitalier universitaire de Bordeaux et de son assureur et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, d'autre part.
Article 7 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative.
Article 8 : Les conclusions et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affection iatrogènes et des infections nosocomiales et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme de Gélas, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
C. DE GÉLASLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026