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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304412

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304412

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304412
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMEILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2023, M. A D, représenté par Me Sébastien Bach, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de démontrer que sa pathologie anxiodépressive est liée au service et d'évaluer les éventuels préjudices qu'il subit, en lien direct avec cette maladie.

M. A soutient que la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle a pour objectif de lui permettre de faire valoir ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, la commune de Saint Antoine sur l'Isle, représentée par Me Dimitri Meillon, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucune circonstance particulière ne confère à la mesure d'expertise sollicitée un caractère d'utilité différent de celui de la mesure que le juge du fond saisi par l'intéressée, peut ordonner, en cas de doute où s'il s'estime insuffisamment informé, dans l'exercice de ses pouvoirs de direction de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mesure d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. En application de ces dispositions, il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. M. A, adjoint technique principal employé par la commune de Saint Antoine sur l'Isle, soutient qu'il est victime depuis de nombreuses années d'un harcèlement moral de la part de la maire de la commune. M. A ayant soutenu une collègue accusée d'une fausse déclaration de service visant à établir un accident de service et alors que le conseil de discipline a estimé que les faits reprochés n'étaient pas établis la maire de la commune a prononcé une sanction d'exclusion temporaire de six mois à son encontre notifiée le 10 mai 2022. M. A a alors décompensé. Le 1er juin 2023 cette décision a été annulée par le tribunal administratif de céans pour vice de forme. La commune de Saint Antoine sur l'Isle a interjeté appel de ce jugement. Par décision du 22 juillet 2023 la maire de la commune de Saint Antoine sur l'Isle l'a placé en position de disponibilité d'office et valant implicitement rejet de sa demande de reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie. Le requérant, qui souhaite que sa pathologie anxiodépressive soit reconnue imputable au service et qui envisage d'engager la responsabilité de son employeur aux fins d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis en raison de ses conditions de travail, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.

4. D'une part, la mesure d'instruction demandée par M. A, visant à demander l'avis d'un expert médical sur l'imputabilité au service de la pathologie anxiodépressive dont il est atteint est, en l'état du dossier soumis au juge des référés, utile dès lors que la présente procédure suspend les voies et délais de recours à l'encontre de la décision du 22 juillet 2023 de la maire de la commune de Saint Antoine sur l'Isle le plaçant en position de disponibilité d'office et valant implicitement rejet de sa demande de reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie.

5. D'autre part, le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

6. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. A, en tant qu'elle concerne l'imputabilité au service de sa pathologie anxiodépressive, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1err de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur B C, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de M. A et à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé de M. A avant le 10 mai 2022, date de la décompensation de M. A, en précisant, le cas échéant les pathologies dont il était atteint ou les traitements dont il faisait l'objet ; dire plus précisément s'il était déjà atteint, avant le 10 mai 2022, de troubles physiques ou psychologiques sans lien avec ses conditions de travail ;

3°) de décrire l'état de santé actuel de M. A et notamment ses lésions, affections et troubles, ainsi que les traitements qui y sont associés ; dire si cet état s'est aggravé depuis le 10 mai 2022 ; déterminer dans quelle mesure les troubles actuels dont souffre M. A sont imputables à ses conditions de travail en excluant la part d'une pathologie antérieure dont il serait atteint, son évolution ou toute autre cause extérieure ; dire si ces pathologies présentent un caractère invalidant et de gravité confirmée et nécessite un traitement et des soins prolongés ;

4°) de dire si la pathologie de M. A justifie l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service ; de dire si les arrêts de travail du 29 octobre 2022, suivant sa décompensation du 10 mai 2022, jusqu'à la reprise de M. A sont imputables au service et, en tout état de cause, dire si M. A Monsieur était éligible à un congé longue maladie ou à un congé longue durée sur cette même période ;

5°) d'indiquer si l'état de santé de M. A est consolidé et indiquer la date de consolidation ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressé est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible, en évaluer l'importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

6°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires et permanents subis par M. A tels que les souffrances endurées, le préjudice d'agrément, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à la pathologie issue des conditions de travail dont il a été victime, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;

7°) de préciser les séquelles sur la vie professionnelle de M. A notamment si une incidence professionnelle existe ; de dire si l'état de santé de M. A lié à sa pathologie anxiodépressive déclarée le 10 mai 2022 a entraîné une incapacité totale ou partielle d'exercer son activité professionnelle et/ou un déficit fonctionnel temporaire partiel ou total résultant de troubles physiques, psychologiques, et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

8°) de déterminer si l'état de santé de M. A est adapté à un poste à temps plein ou s'il doit bénéficier d'un congé ou d'un mi-temps thérapeutique ; de dire, le cas échéant, si l'état de M. A, nécessite un poste aménagé et le cas échéant de décrire lesdits aménagements ;

9°) d'une manière générale, donner au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par le requérant, de l'entier préjudice qu'il subit.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. A et la commune de Saint Antoine sur l'Isle.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, à la commune de Saint Antoine sur l'Isle et au docteur B C, expert.

Fait à Bordeaux, le 24 janvier 2024.

Le président,

Gil CORNEVAUX

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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