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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2304475

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2304475

mercredi 11 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2304475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROUGET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A... contestant le refus de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG) de lui attribuer le titre de reconnaissance de la Nation. Le tribunal a jugé que la directrice générale de l’ONACVG était compétente pour prendre cette décision et que le requérant ne remplissait pas la condition de service d’au moins quatre-vingt-dix jours en unité combattante, exigée par les articles L. 331-1 et D. 331-1 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre. La solution retenue est fondée sur le constat que M. A... ne justifiait d’aucun jour de présence en unité militaire pendant la guerre d’Algérie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 août 2023 et 28 août 2025, M. G... A..., représenté par Me Rouget, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 5 avril 2023 par laquelle la directrice générale de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG) a refusé de lui attribuer le titre de reconnaissance de la Nation ;

2°) d’enjoindre à l’ONACVG, dans un délai d’un mois à compter de la lecture du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui accorder le titre de reconnaissance de la Nation et à défaut de réexaminer sa situation

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1990.

Il soutient que :
- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 331-1 et D. 331-1 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre dès lors qu’il remplit les conditions pour recevoir un titre de reconnaissance de la Nation ; il a servi de juillet 1961 à mai 1962 et justifie avoir été blessé lors de son service, le motif de l’appartenance à une unité pendant quatre-vingt-dix jours, ne lui est donc pas déterminant pour lui accorder le titre ;
- elle méconnaît les dispositions des articles R. 311-9 et D. 331-4 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre dès lors qu’il remplit les conditions pour se voir délivrer la carte du combattant ;
- elle est entachée d’incompétence.


Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2025, l’Office national des combattants et des victimes de guerre conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que :

- la directrice se trouvait dans une situation de compétence liée pour prendre la décision ;

- il y a lieu de substituer aux motifs de la décision, celui tiré de ce que le requérant ne justifie d’aucun jour de présence en unité militaire pendant la guerre d’Algérie ;

- aucune des moyens invoqués par le requérant n’est fondé.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lahitte,
- les conclusions de M. Pinturault, rapporteur public,
- et les observations de Me Rouget, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :


1. M. E... A... a sollicité, le 21 février 2023, l’attribution du titre de reconnaissance de la Nation. Par décision du 5 avril 2023, dont il demande l’annulation, la directrice générale de l’ONACVG a rejeté sa demande.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


2. En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 612-8 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre : « Le directeur général de l'Office agit au nom de l'Etat, par délégation du ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre et du ministre chargé des rapatriés, dans les matières prévues par décret en Conseil d'Etat. ». Aux termes du 1° de l’article R. 612-11 du même code : « Le directeur général de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre reçoit délégation de pouvoir du ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre dans les matières suivantes : / 1° Les décisions relatives aux cartes et titres suivants et aux indemnités et pécules qui y sont rattachés : /a) Carte du combattant ; /b) Titre de reconnaissance de la Nation ; ». D’autre part, par un décret du 21 août 2019, Mme F... H... a été nommée directrice générale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre et aux termes d’un décret du 15 novembre 2023, il a été fin à ses fonctions à compter du 23 novembre 2023.


3. En l’espèce, Mme F... H..., directrice générale de l'Office national des combattants et des victimes de guerre, était compétente, en application des dispositions combinées citées au point 2, pour édicter la décision en litige en date du 5 avril 2023. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire ne peut qu’être écarté.



4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 331-1 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, dans sa version applicable au litige : « Les militaires des forces armées françaises et les personnes civiles qui ont participé aux conflits et opérations mentionnés au titre Ier du présent livre reçoivent un titre de reconnaissance de la Nation. / Les conditions d'attribution de ce titre de reconnaissance sont fixées par décret. ». Aux termes de l’article D. 331-1 de ce code, dans sa version applicable au litige: « Le titre de reconnaissance de la Nation est délivré par le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre, sur demande des intéressés, aux militaires des forces armées françaises et aux personnes civiles, ayant servi pendant au moins quatre-vingt-dix jours dans une formation ayant participé aux opérations et missions mentionnées aux articles R. 311-1 à R. 311-20 ou ayant séjourné en Indochine entre le 12 août 1954 et le 1er octobre 1957 ou en Algérie entre le 2 juillet 1962 et le 1er juillet 1964. ». Aux termes de l’article D. 331-2 du même code : « En ce qui concerne les membres des forces supplétives françaises, le titre de reconnaissance de la Nation est délivré aux personnes ayant servi dans une formation stationnée en Algérie, au Maroc ou en Tunisie pendant au moins quatre-vingt-dix jours et durant les périodes suivantes : / 1° Du 31 octobre 1954 au 2 juillet 1962 inclus pour les opérations d'Algérie ; (…) Les dispositions des alinéas précédents sont également applicables aux personnes civiles ayant pris part en Afrique du Nord aux mêmes opérations durant les mêmes périodes. Un arrêté fixe la liste des formations auxquelles les intéressés doivent avoir appartenu. ». Aux termes de l’article D. 331-3 du même code : « Le délai de quatre-vingt-dix jours n'est pas exigé des demandeurs évacués pour blessure reçue ou maladie contractée pendant les périodes au cours desquelles ils ont participé aux opérations ou missions mentionnées au présent chapitre. ». Et aux termes de l’article D.331-4 du même code : « La carte du combattant ouvre droit, sans autre condition, sur demande des intéressés, à la délivrance du titre de reconnaissance de la Nation. ».


5. Pour refuser de faire droit à la demande présentée par M. A... en vue d’obtenir le titre de reconnaissance de la Nation, la directrice générale s’est fondée sur les circonstances, d’une part, que l’intéressé ne justifie que d’un jour de présence pendant les périodes de guerre sur les territoires où se déroulaient des opérations et missions telles que définies par les textes en vigueur, sur les quatre-vingt-dix minimum exigés, d’autre part, qu’il ne justifie pas d’une blessure ou d’une maladie contractée pendant les opérations et missions et, enfin, qu’il ne justifie pas davantage de la possession de la carte du combattant.


6. D’une part, aux termes de l’article L. 311-1 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre : « Ont vocation à la qualité de combattant les militaires des armées françaises qui ont participé à la guerre 1939-1945, aux guerres d'Indochine et de Corée, à la guerre d'Algérie et aux combats en Tunisie et au Maroc, les membres des forces supplétives françaises, les personnes civiles qui, en vertu des décisions des autorités françaises, ont participé aux opérations au sein d'unités françaises, ainsi que les Français ayant pris une part effective aux combats aux côtés de l'armée républicaine espagnole durant la guerre civile. /La reconnaissance de la qualité de combattant dans les conditions prévues par le présent chapitre donne lieu à l'attribution de la carte du combattant ». Et aux termes de l’article R. 311-9 du même code : « I. – Sont considérés comme combattants les militaires des armées françaises, les personnes civiles qui, en vertu des décisions des autorités françaises, ont participé aux opérations au sein d'unités françaises et les membres des forces supplétives françaises mentionnés au II qui ont participé aux opérations effectuées en Afrique du Nord jusqu'au 2 juillet 1962 inclus : / (…) / 3° En Algérie, à compter du 31 octobre 1954. / II. – Sont considérées comme combattants au sens du I les personnes : (…) 4° Qui ont été évacuées pour blessure reçue ou maladie contractée en service, alors qu'elles appartenaient à une unité combattante ou à une formation assimilée sans condition de durée de séjour dans cette unité ou formation ; 5° Qui ont reçu une blessure de guerre, quelle que soit l'unité ou la formation à laquelle elles ont appartenu, sans condition de durée de séjour dans cette unité ou formation (…) ».


7. M. A... soutient qu’il remplit les conditions pour se voir délivrer la carte du combattant. Il ressort des attestations produites, notamment celles des 12 juillet 2012, 29 décembre 2018 et 21 juin 2011 que M. A..., alors âgé de 7 ans, a été blessé en octobre 1961 en raison d’une explosion résultant de la découverte d’une cache d’armes et a été transporté au dispensaire du 27ème BCA au sein duquel il a été soigné. Toutefois, et d’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A..., alors âgé de moins de 10 ans en 1961, puisse être regardé comme ayant la qualité de membre des forces supplétives françaises. Il ressort en effet des pièces du dossier, et notamment de l’attestation de l’ancien caïd du 4 novembre 1993, que M. A... n’était pas membre d’une harka. D’autre part, M. A... soutient avoir combattu en qualité de civil au sein du 27ème BCA et produits, à ce titre, diverses attestations. Toutefois, l’attestation du 5 octobre 1990 du colonel C... se borne à préciser que M. D... et M. B... se souviennent de M. A... et de son engagement. L’attestation de M. B... du 30 juin 2011 fait état de la participation de l’intéressé, avec d’autres enfants, au recueil de renseignements, notamment au sein des villages voisins et celle de M. D... du 11 mars 2013 se borne à indiquer, sans plus de précision, que M. A... a été « enrôlé pour la 3ème compagne du 27ème BCA », alors au demeurant qu’il n’était âgé que de 7 ans, et à renvoyer à l’attestation de M. C... précité. Dans ces conditions, la circonstance que M. A... ait pu participer avec d’autres enfants à la collecte de renseignements, ce qui est établie par les attestations, n’est pas, pour autant, de nature à permettre de considérer, en l’absence d’éléments probants en ce sens, qu’il a participé, en qualité de civil et en vertu d’une décision des autorités administratives, à des opérations au sein d’une unité française au sens des articles cités au point 6.


8. Par suite, dès lors que M. A... ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer la carte du combattant, il ne peut invoquer la méconnaissance des articles R. 311-9 et D. 331-4 du code précité et son moyen ne peut qu’être écarté.


9. D’autre part, eu égard à ce qui a été énoncé au point 7, M. A... ne peut être regardé comme ayant participé en qualité de civil à des opérations en Algérie ni davantage comme membre des forces supplétives françaises, au sens des articles L. 331-1 et D. 331-1 du code précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.


10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquences, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G... A... et à l’office national des combattants et des victimes de guerre.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,
M. Rousseau Cera, premier conseiller,
Mme Lahitte, première conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2026.


La rapporteure,

A. LAHITTE
La présidente,

C. CABANNE


La greffière,





M.A PRADAL

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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