Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 août 2023, 27 mai 2024 et 12 juin 2025, M. D... A..., représenté par Me Vieira, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 23 juin 2023 par laquelle la proviseure du lycée polyvalent Montesquieu de Bordeaux a refusé de renouveler son contrat d’assistant d’éducation, ensemble la décision du 5 juillet 2023 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l’État et du lycée polyvalent Montesquieu, chacun, la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’administration n’a pas réalisé d’entretien individuel avant une durée de quatre ans, en méconnaissance de l’article 1 quater du décret n° 2022-1140 du 9 août 2022 ;
- la décision est entachée d’un vice de procédure, dès lors qu’il n’a pas été invité à prendre connaissance de son dossier, le non-renouvellement de son contrat présentant le caractère d’une sanction disciplinaire ;
- les motifs fondant la décision sont tous entachés d’inexactitude ;
- le témoignage de M. C... doit être écarté ; la décision est entachée d’un détournement de pouvoir ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation quant à ses qualités professionnelles.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2025, la rectrice de l’académie de Bordeaux conclut à sa mise hors de cause au profit de la proviseure de l’établissement.
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2025, le proviseur du lycée polyvalent Montesquieu conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens qu’elle contient n’est fondé.
Par un courrier du 3 septembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d’office l’irrecevabilité des moyens tirés des vices de procédure (défaut de communication du dossier et défaut de réalisation d'un entretien individuel), qui relèvent d’une cause juridique distincte de celle des moyens invoqués dans le délai de recours (CE, Section, 20 février 1953, Société Intercopie, n° 9772).
Une réponse à ce moyen d’ordre public, produite pour M. A..., a été enregistrée le 11 septembre 2025
Par une ordonnance du 21 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 15 décembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Josserand,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,
- et les observations de Me Viera, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
M. D... A... a été recruté en contrat à durée déterminée du 1er septembre 2019 au 31 août 2023 en qualité d’assistant d’éducation (AED) au sein du lycée Montesquieu à Bordeaux. Par une décision du 23 juin 2023, la proviseure du lycée a décidé de ne pas renouveler son contrat à la rentrée 2023. Le recours gracieux qu’il a présenté le 28 juin 2023 a été rejeté par une décision de la proviseure du 5 juillet 2023. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler les décisions du 23 juin et du 5 juillet 2023.
En ce qui concerne la légalité externe :
Après l’expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s’ils sont d’ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d’une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l’expiration de ce délai. Ce délai de recours commence, en principe, à courir à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l’acte attaqué. Toutefois, à défaut, il court, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un demandeur donné, de l’introduction de son recours contentieux contre cet acte.
Dans sa requête introductive d’instance, M. A... n’a soulevé que des moyens de légalité interne à l’appui de ses conclusions à fin d’annulation de la décision attaquée. Dès lors, le moyen de légalité externe, tiré du défaut de communication préalable de son dossier administratif, ainsi que le moyen tiré du défaut de réalisation de tout entretien individuel durant la durée du contrat, à le supposer soulevé, qui se rattachent à une cause juridique distincte de celle dont relèvent les moyens de légalité interne invoqués dans la requête introductive d’instance, ne sont pas d’ordre public et n’ont été invoqués que dans des mémoires enregistrés postérieurement à l‘expiration du délai de recours, doivent être écartés comme irrecevables.
En ce qui concerne la légalité interne :
Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige est fondée sur des « manquements professionnels (…) constatés dans la manière de servir » de M. A.... Il lui est, en particulier, reproché de ne pas rendre compte à ses supérieurs hiérarchiques de son suivi des élèves, d’avoir organisé une intervention en classe devant des élèves sans en informer sa hiérarchie, de quitter, sans motif et sans prévenir, le poste sur lequel il est affecté, de se présenter dans l’enceinte du lycée en-dehors de son temps de travail et d’avoir joué de la musique avec une élève au sein du lycée alors que celui-ci était fermé. Tout d’abord, il ressort des pièces du dossier, en particulier des témoignages du proviseur adjoint (M. G... F...) et du conseiller principal d'éducation (M. C...), que, contrairement à ce que soutient M. A..., celui-ci ne les a pas informés de ses interventions durant les cours d’enseignement moral et civique (EMC) ni n’a renseigné cette information sur le logiciel Pronote. Ensuite, il ressort du témoignage de la remplaçante de M. C..., Mme H... B..., que M. A... a été aperçu dans l’établissement scolaire le 5 mai 2023, en dehors de ses heures de travail, et qu’il a lui-même reconnu dans ses écritures « venir, de temps à autre, au lycée les jours où je ne travaillais pas ». Le requérant reconnaît également avoir échangé de poste avec un collègue sans en informer sa hiérarchie. Par ailleurs, il est constant qu’il a, le 13 juin 2023, été aperçu en train de jouer de la musique avec une élève dans l’enceinte du lycée qui était fermé et il ressort des pièces du dossier, notamment du témoignage de Mme B..., qu’il n’a pas informé l’établissement de leur présence dans l’établissement. Enfin, le requérant n’apporte pas d’élément circonstancié de nature à établir qu’il aurait diligemment rendu compte à sa hiérarchie des entretiens menés le matin avec des élèves, reconnaissant au contraire quelques « oublis ». Compte-tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l’erreur de fait doit être écarté.
En deuxième lieu, si les faits mentionnés au point précédents ne sont pas tous fautifs, ils révèlent cependant de la part de M. A... une méconnaissance des règles de fonctionnement du lycée et un défaut de communication de sa part avec ses supérieurs hiérarchiques. Ainsi, et quand bien même le requérant fait valoir sa grande motivation et apparaît fortement investi dans ses missions et apprécié des élèves, la proviseure du lycée n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu’au regard de ces difficultés professionnelles, la signature d’un nouveau contrat de travail avec M. A... n’était pas dans l’intérêt du service.
En troisième lieu, dès lors notamment que les écritures de la proviseure et les témoignages du proviseur-adjoint et de la CPE qui a remplacé M. C..., sont concordants et nuancés quant à la situation professionnelle de M. A..., celui-ci n’est pas fondé à soutenir que la décision en litige se fonderait sur la seule appréciation de M. C... à son égard ou que le non-renouvellement de son contrat aurait pour objet de couvrir les agissements fautifs qu’il allègue à l’encontre de ce même M. C.... Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d’annulation, de même, par conséquent, que ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... et au lycée polyvalent Montesquieu de Bordeaux.
Copie en sera adressée au recteur de l’académie de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Champenois, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.
Le rapporteur,
L. JOSSERANDLe président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
M. E...
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,