mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2304874 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 août 2023, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 29 juin 2023 par laquelle la commission de médiation de la Gironde, saisie au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a rejeté sa demande tendant à être désignée comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social.
Elle soutient que :
* elle remplit les conditions pour bénéficier d'un logement ; son expulsion a été prononcée le 24 janvier 2023 et elle a dû quitter les lieux afin d'éviter son expulsion par la force publique prévue à partir du 4 mai ; elle est depuis hébergée par des amis ;
* son installation actuelle à Pessac impacte son suivi médical ;
* elle perçoit l'allocation aux adultes handicapés à hauteur de 971 euros par mois, ce qui ne lui permet pas de se reloger dans le parc privé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une lettre du 26 septembre 2024, le tribunal a demandé au préfet de la Gironde la communication de la décision explicite du 29 juin 2023.
Un mémoire en production de pièces présenté par le préfet de la Gironde a été enregistré le 4 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a saisi, au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation de la Gironde d'une demande tendant à être désignée comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le 15 mars 2023. La commission lui a opposé un refus explicite, le 29 juin 2023. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () / II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. / () ".
3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () / - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement / () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".
4. Il résulte du II de l'article L. 441-2-3 et de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation que pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir d'exercer un entier contrôle sur l'appréciation portée par la commission de médiation quant à la bonne foi du demandeur. Ne peut être regardé comme de bonne foi, au sens de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui a délibérément créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire.
5. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêt du 9 janvier 2023, la cour d'appel de Bordeaux a prononcé la résiliation du bail aux torts de Mme B, l'a condamnée à quitter et libérer les lieux loués situés 41 rue du Petit Parc, résidence Godard à Bordeaux et a ordonné, en tant que de besoin, son expulsion avec si nécessaire le concours de la force publique. Si la requérante se trouve ainsi dans l'un des cas prévus à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, à savoir avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement, elle ne conteste pas avoir délibérément créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire, ainsi que l'a retenu la commission de médiation, dès lors que son expulsion a été motivée notamment par les violences physiques et verbales qu'elle a commises à l'encontre de son propriétaire compte tenu des troubles psychiatriques du comportement dont elle est atteinte, lesquels ont d'ailleurs justifié son hospitalisation d'office. Elle n'apporte enfin aucune précision quant aux conséquences de son expulsion sur son suivi médical. Ainsi, quand bien même elle était hébergée chez des tiers à la date de la décision attaquée et qu'elle perçoit l'allocation aux adultes handicapés, elle ne saurait être regardée comme étant de bonne foi, au sens des dispositions précitées du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Dans ces conditions, le refus qui lui a été opposé s'avère fondé au vu de l'examen global de sa situation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Gironde en date du 29 juin 2023.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026