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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2305842

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2305842

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2305842
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 octobre et le 22 décembre 2023, M. C E, représenté par Me Julie Noël, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de déterminer la date de consolidation de son état de santé en lien avec ses accidents de service du 25 septembre 2017, du 3 février 2020 et du 27 août 2022 dont il a été victime sur le site de la déchèterie d'Arcachon de la communauté d'agglomération Bassin d'Arcachon Sud-Pôle Atlantique (COBAS) et d'évaluer les préjudices qu'il subit, en lien direct avec ces accidents de service. Il demande en outre au juge des référés de mettre à la charge de la COBAS la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et que les dépens soient réservés ;

M. E soutient que :

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle tend à la détermination de la date de consolidation de son état de santé et à l'évaluation de préjudices non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service ;

- le médecin expert qui sera désigné par le Juge des référés dans cette espèce se prononcera sur le déficit fonctionnel permanent de M. E, sur la base du barème de droit commun, et non sur la base du barème des pensions civiles et militaires de retraite, comme cela a été fixé par le médecin agréé désigné par la COBAS, afin que son taux de déficit fonctionnel permanent puisse être établi et chiffré de manière juste et objective.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, la communauté d'agglomération Bassin d'Arcachon Sud-Pôle Atlantique (COBAS), représentée par Me Marjorie Abbal, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire demande au juge des référés de réduire le champ de l'expertise sollicitée à l'examen d'un déficit fonctionnel temporaire et permanent du deuxième et troisième accident de service et en tout état de cause de mettre à la charge de M. E la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-M. E ne se prévaut d'aucun préjudice en lien avec ces accidents.

- L'entorse et la contusion résultant de l'accident de service du 25 septembre 2017 n'ont causé aucun préjudice à l'agent.

-s'agissant de l'accident du 3 février 2020, le requérant n'a pas contesté le taux d'IPP ni la date de consolidation.

-s'agissant de l'accident du 27 août 2022, il a entrainé un choc à sa main gauche, donnant lieu à des soins jusqu'au 30 janvier 2023, sans que cela n'entraîne un arrêt de travail.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision du 16 février 2024, par laquelle le président du tribunal a désigné M. David Katz, vice-président, en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative, magistrat chargé du suivi des expertises.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mesure d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. En application de ces dispositions, il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Il résulte de l'instruction que M. C E, agent de la COBAS depuis le 6 août 2006, au grade d'agent de maîtrise et aux fonctions de chauffeur, a été victime d'un accident de service le 25 septembre 2017. Cet accident de service a été reconnu imputable au service par arrêté du 27 septembre 2017. Le 3 février 2020, il a été victime d'un nouvel accident de service sur le site de la déchèterie d'Arcachon avant d'effectuer un transport. En montant dans le camion qu'il devait conduire, il a glissé et a chuté sur l'épaule gauche. Cet accident a été reconnu imputable au service par la COBAS. M. E a été opéré le 20 mars 2020 pour une rupture de la coiffe des rotateurs. Un arthroscanner de l'épaule gauche du 6 mai 2020 a fait apparaitre une lésion transfixiante complète du tendon supra-épineux. La COBAS a désigné le docteur A en qualité de médecin agréé aux fins de déterminer la date de consolidation et le taux d'IPP au titre de l'accident de service du 3 février 2020. La date de consolidation a été fixée au 31 mars 2023 et le taux d'IPP à 6% pour la limitation douloureuse des mouvements de l'épaule gauche. Le 15 mai 2023, M. E a déclaré accepter sans réserve ce taux d'incapacité permanente partielle. Le 27 août 2022, le requérant a été victime d'un troisième accident de service, reconnu imputable au service par arrêté du 23 janvier 2023. L'expertise réalisée le 27 juin 2023 par le docteur A, médecin agréé, a conclu à la consolidation à cette même date de l'accident du 27 août 2022 avec séquelle douloureuse mais sans IPP.

4. La mesure d'expertise sollicitée par M. E dans le cadre du présent référé tend à faire établir d'une part la date de consolidation de son état de santé en lien avec ses accidents de service du 25 septembre 2017, du 3 février 2020 et du 27 août 2022, d'autre part à faire évaluer les préjudices qu'il subit, en lien direct avec ces accidents de service et non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service. Le requérant, qui envisage d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis en raison de cet accident de service et de cette maladie, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.

5. Le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

6. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. E, hormis la fixation de l'IPP de l'accident de service du 3 février 2020 qui a été acceptée par le requérant, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les frais de l'instance :

7. En l'absence de partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. E et par la COBAS sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur D B, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C E ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de M. E et à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé actuel de M. E et notamment ses lésions, affections, séquelles physiques ou psychologiques dont il serait atteint ; décrire l'état de santé antérieur de M. E en ne retenant que les seuls antécédents pouvant avoir une incidence sur les séquelles en relation directe et certaine avec les accidents de service du 25 septembre 2017, du 3 février 2020 et du 27 août 2022 ;

3°) de dire si l'état de M. E est en lien direct avec les accidents reconnus imputable au service et a entraîné un ou des déficits fonctionnels temporaires résultant de troubles physiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

4°) d'indiquer si l'état de santé de M. E est consolidé pour les accidents de service du 25 septembre 2017 et du 27 août 2022 et indiquer la date de consolidation ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressé est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible, en évaluer l'importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

5°) d'indiquer précisément l'ensemble des séquelles physiques et psychologiques en relation directe et certaine avec les accidents de service du 25 septembre 2017 et du 27 août 2022 reconnus imputable au service, préciser dans le cas où l'état de santé de M. E serait consolidé, s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

6°) de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec les accidents de service du 25 septembre 2017 et du 27 août 2022 en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec toute autre cause extérieure, notamment les antécédents médicaux de M. E ;

7°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes subis par M. E résultant des trois accidents de service du 25 septembre 2017, du 3 février 2020 et du 27 août 2022, tels que les préjudices patrimoniaux permanents comme la perte de gains professionnels futurs et l'incidence professionnelle mais aussi les préjudices extra-patrimoniaux permanents tels que les souffrances endurées, le préjudice d'agrément, préjudice psychologique, préjudice sexuel, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant pour chaque préjudice, la part imputable aux accidents de service, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;

8°) d'une manière générale, de donner au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par le requérant, de l'entier préjudice qu'il subit.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. E et la COBAS.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E, à la COBAS et au docteur D B, expert.

Fait à Bordeaux, le 16 avril 2024.

Le juge des référés,

David Katz

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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