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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306200

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de méconnaissance du droit d'être entendu, estimant que la signataire disposait d'une délégation régulière et que le requérant avait pu présenter ses observations lors de sa demande de titre. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A, confirmant ainsi la légalité de l'arrêté préfectoral. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (article 41), et la convention européenne des droits de l'homme (article 8).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, M. B F A, représenté par Me Thiam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'arrêté litigieux lui a été notifié le 16 octobre 2023 et qu'il a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 25 octobre 2023. ;

- la compétence de la signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'arrêté litigieux a méconnu les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier en ce qui concerne sa communauté de vie avec son épouse et les démarches qu'il entreprend pour s'insérer professionnellement ;

- l'arrêté contesté a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.

Par ordonnance du 10 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 41 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F A, ressortissant sénégalais né le 2 avril 1990, a déposé le 3 juillet 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 octobre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-164 du même jour, donné délégation à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer " toutes décisions () prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de ces stipulations que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.

4. L'arrêté litigieux ayant été pris à la suite d'une demande de titre de séjour formée par M. A, ce dernier a nécessairement été mis en mesure de présenter toute observation utile sur sa situation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne saurait être accueilli.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant et sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour prendre la décision en litige, en particulier en ce qui concerne la durée de la communauté de vie du requérant avec son épouse, sa situation professionnelle et sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de la Gironde a examiné de manière suffisamment approfondie la situation de l'intéressé, en particulier en ce qui concerne la durée de la communauté de vie du requérant avec son épouse, sa situation professionnelle et sa vie privée et familiale.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Enfin, il résulte des dispositions des articles L. 412-2 et L. 412-3 du même code que la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-1 de ce code n'est pas au nombre des exceptions à l'obligation de produire un visa de long séjour.

8. D'une part, M. A n'a pas produit, dans le cadre de sa demande de titre de séjour ou dans la présente instance, le visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du même code. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a méconnu les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. D'autre part, si M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire espagnol le 19 septembre 2021 en possession d'un visa de court séjour valable du 3 au 28 septembre 2021, il ne produit en revanche aucun élément de nature à justifier de la date et des conditions de son entrée en France, de sorte qu'il ne peut être regardé comme étant entré sur le territoire français de manière régulière. En outre, en se bornant à se prévaloir de son mariage le 1er juillet 2023 à Bordeaux et à produire une facture et un courrier d'EDF datés du 21 septembre 2023, adressés à lui-même et son épouse, de nationalité française, il n'établit pas que la vie commune avec cette dernière aurait débuté plus de six mois avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 9, M. A ne produit aucun élément de nature à justifier de la date de son entrée en France. S'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante française le 1er juillet 2023 à Bordeaux, cette union est récente et le requérant ne produit à l'instance aucun élément de nature à établir l'ancienneté de la communauté de vie avec son épouse. En outre, il ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à son retour dans son pays d'origine pour y solliciter la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de Français. Enfin, le requérant, qui se borne à produire un courrier de Pôle emploi du 18 octobre 2023, postérieur à l'arrêté attaqué, faisant état de ses démarches en vue de démarrer un projet personnalisé d'accès à l'emploi, ne justifie d'aucune insertion professionnelle sur le territoire français. Il n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 31 ans et où réside sa fratrie. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par ces mesures et, ainsi, méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En septième et dernier lieu, eu égard aux éléments mentionnés au point précédent, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,