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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306257

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306257

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306257
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPRAXIOME BORDEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Sébastien Bach, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de démontrer que sa pathologie anxiodépressive est liée au service et d'évaluer les éventuels préjudices qu'elle subit, en lien direct avec cette maladie.

Mme Labeille soutient que la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle a pour objectif de lui permettre de faire valoir ses droits.

Par un mémoire, enregistré le 9 janvier 2024, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mesure d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. En application de ces dispositions, il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Mme Labeille, secrétaire administrative de classe normale affectée à la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS) de la Gironde et reconnue travailleur handicapé à 80% depuis 2001, a développé un syndrome anxio-dépressif et a été placée en congé longue durée. Le 6 avril 2023, le conseil médical du département de la Gironde a émis un avis défavorable à sa réintégration à la suite de ce congé longue durée. Par un arrêté du 17 avril 2023, Mme Labeille a été placée en disponibilité d'office à compter du 6 avril 2023 pour une durée de 6 mois (pièce adverse n°1) et non en congé pour invalidité temporaire imputable au service (Citis). Par un courrier du 15 juin 2023, Mme Labeille a formé un recours gracieux contre cette décision. En l'absence de réponse, la demande de Mme Labeille a été implicitement rejetée impliquant le rejet de sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle. La requérante, qui souhaite que sa pathologie anxiodépressive soit reconnue imputable au service et qui envisage d'engager la responsabilité de son employeur aux fins d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'elle a subis en raison de ses conditions de travail, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.

4. D'une part, la mesure d'instruction demandée par Mme Labeille, visant à demander l'avis d'un expert médical sur l'imputabilité au service de la pathologie anxiodépressive dont elle est atteinte est, en l'état du dossier soumis au juge des référés, utile dès lors que la présente procédure suspend les voies et délais de recours à l'encontre de la décision implicite de rejet du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, née le 19 août 2023 et refusant de reconnaître l'imputabilité au service de cette pathologie.

5. D'autre part, le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

6. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme Labeille, en tant qu'elle concerne l'imputabilité au service de sa pathologie anxiodépressive, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1err de la présente ordonnance.

En ce qui concerne l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité :

7. Mme Labeille sollicite du juge des référés que la mission de l'expert prévoit d'indiquer si elle peut prétendre au bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité. Si le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité constitue une question relevant de la qualification juridique des faits sur laquelle l'expert ne peut se prononcer, il lui appartiendra cependant de donner son avis sur l'incapacité permanente partielle de Mme Labeille dans les conditions définies à l'article 1er de l'ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur B, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de Mme Labeille et à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé de Mme Labeille avant le 6 avril 2023, date de son placement en disponibilité d'office pour raison de santé, en précisant, le cas échéant les pathologies dont elle était atteinte ou les traitements dont elle faisait l'objet ; dire plus précisément si elle était déjà atteinte, avant le 6 avril 2023, de troubles physiques ou psychologiques sans lien avec ses conditions de travail ;

3°) de décrire l'état de santé actuel de Mme Labeille et notamment ses lésions, affections et troubles, ainsi que les traitements qui y sont associés ; dire si cet état s'est aggravé depuis le 6 avril 2023 ; déterminer dans quelle mesure les troubles actuels dont souffre Mme Labeille sont imputables à ses conditions de travail en excluant la part d'une pathologie antérieure dont elle serait atteinte, son évolution ou toute autre cause extérieure ; dire si ces pathologies présentent un caractère invalidant et de gravité confirmée et nécessite un traitement et des soins prolongés ;

4°) d'indiquer si l'état de santé de Mme Labeille est consolidé et indiquer la date de consolidation ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressée est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible, en évaluer l'importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

5°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires et permanents subis par Mme Labeille tels que les souffrances endurées, le préjudice sexuel, le préjudice d'agrément, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à la pathologie issue des conditions de travail dont elle a été victime, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;

6°) de dire si l'état de santé de Mme Labeille lié à sa pathologie anxiodépressive et à l'inadéquation de son poste et de ses conditions de travail subséquentes a entraîné une incapacité totale ou partielle d'exercer son activité professionnelle et/ou un déficit fonctionnel temporaire partiel ou total résultant de troubles physiques, psychologiques, et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

7°) de déterminer si l'état de santé de Mme Labeille est adapté à un poste à temps plein ou si elle doit bénéficier d'un congé ou d'un mi-temps thérapeutique ; de dire, le cas échéant, si l'état de Mme Labeille nécessite un poste aménagé et le cas échéant de décrire lesdits aménagements ;

8°) de préciser, en cas d'incapacité permanente, les séquelles sur la vie professionnelle de Mme Labeille notamment si une incidence professionnelle existe ; de déterminer l'aptitude ou l'inaptitude de Mme Labeille, au plan médical, à reprendre le service,

9°) d'une manière générale, donner au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par la requérante, de l'entier préjudice qu'elle subit.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme Labeille et le ministère du travail, de la santé et des solidarités.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme Labeille, au ministère du travail, de la santé et des solidarités et au docteur B, expert.

Fait à Bordeaux, le 14 mars 2024.

Le juge des référés,

David KATZ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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