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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306513

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306513

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306513
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme C..., professeure des écoles contractuelle, qui contestait le non-renouvellement de son contrat par la DASEN de la Gironde. La requérante invoquait une discrimination liée à son état de grossesse et une méconnaissance de l’intérêt du service. Le tribunal a jugé que le non-renouvellement était justifié par un motif d’intérêt du service, le poste ayant été pourvu par un fonctionnaire, et que la requérante ne pouvait se prévaloir de l’existence d’autres postes vacants sur lesquels elle n’avait pas postulé. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 311-1 et L. 333-2 du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, Mme A... C... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 23 juin 2023 par laquelle la directrice académique des services de l’éducation nationale (DASEN) a refusé de renouveler son contrat de travail à durée déterminée ;

2°) d’enjoindre à cette autorité de la réaffecter sur cet emploi rétroactivement au 1er septembre 2023, en contrat à durée indéterminée et de lui verser les rémunérations auxquelles elle avait droit depuis cette date ;

3°) de condamner l’État à lui verser la somme de 5 250 euros en réparation du préjudice résultant de la discrimination à l’embauche dont elle a été victime.

Elle soutient que :
- la décision attaquée ne se fonde ni sur son comportement ni sur un motif tiré de l’intérêt du service, en méconnaissance de la circulaire n° 207-038 ;
- elle est discriminatoire, au regard de son état de grossesse, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 131-1 du code général de la fonction publique et de l’article 1-5 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2025, le recteur de l’académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- les conclusions à fin d’annulation sont irrecevables, dès lors que tardives ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, à défaut de liaison du contentieux ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Josserand,
- et les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

Mme A... C... était professeure des écoles sous contrat, au cours de l’année scolaire 2021-2022 au sein du collège Henri de Navarre à Coutras, puis, au cours de l’année scolaire 2022-2023 au sein de l’école élémentaire André Godin à Guîtres. Par un courrier du 23 juin 2023, la directrice académique de l’éducation nationale (DASEN) a décidé de ne pas renouveler son contrat de travail à son échéance le 31 août 2023. Le recours gracieux qu’elle a présenté le 18 octobre 2023 à l’encontre de cette décision a été rejeté implicitement. Le 11 juillet 2024, elle a, à nouveau mais en vain, sollicité le retrait de cette décision et le versement d’une somme de 5 250 euros en réparation du préjudice résultant de la discrimination à l’embauche dont elle aurait été victime. Par la présente requête, Mme C... demande l’annulation la décision du 23 juin 2023 et la condamnation de l’État à lui verser la somme de 5 250 euros en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d’un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l’administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l’intérêt du service. Un tel motif s’apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l’agent. Il est toujours loisible à l’administration, pour des motifs tirés de l’intérêt du service ou pris en considération de la personne, de ne pas renouveler le contrat d’un agent public recruté pour une durée déterminée. Il appartient à l’autorité administrative, lorsque l’agent soutient que la décision de renouvellement n’a pas été prise dans l’intérêt du service, d’indiquer, s’ils ne figurent pas dans la décision, les motifs pour lesquels il a été décidé de ne pas renouveler le contrat. À défaut de fournir ces motifs, la décision de non renouvellement doit alors être regardée comme ne reposant pas sur des motifs tirés de l’intérêt du service.

En premier lieu, aux termes de l’article L. 311-1 du code général de la fonction publique : « Sauf dérogation prévue par le présent livre, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent code, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ». Aux termes de l’article L. 333-2 du même code : « Par dérogation à la règle énoncée à l'article L. 311-1, des agents contractuels de l'État peuvent être également recrutés dans les cas suivants : (…) 2° Lorsque la nature des fonctions ou les besoins des services le justifient, notamment : (…) b) Lorsque l'autorité de recrutement n'est pas en mesure de pourvoir l'emploi par un fonctionnaire de l'Etat présentant l'expertise ou l'expérience professionnelle adaptée aux missions à accomplir à l'issue du délai prévu par la procédure mentionnée à l'article L. 311-2 ».

Il ressort des pièces du dossier, notamment de l’arrêté du 12 juin 2023 de la directrice des services départementaux de l’éducation nationale que le poste précédemment occupé par la requérante a été pourvu par un fonctionnaire. Dès lors que le contrat par lequel la requérante a été recrutée, pour faire face à une vacance d’emploi qui ne pouvait être immédiatement pourvu, portait spécifiquement sur l’exercice de fonctions d’enseignement devant des élèves à l’école élémentaire André Godin de Guîtres, elle ne peut pas utilement se prévaloir de ce que des postes identiques au sien étaient ouverts dans l’académie pour la rentrée scolaire 2023, sur lesquels elle n’a, au demeurant, pas postulé. Par suite, Mme C... n’est pas fondée à soutenir que la décision en litige ne serait pas justifiée par un motif relatif à l’organisation du service.

En second lieu, aux termes de l’article L. 131-1 du code général de la fonction publique : « Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7 ».

S’il appartient au requérant qui s’estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d’établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d’instruction utile.

Mme C... n’apporte aucun élément permettant de faire présumer que la mesure qu’elle attaque procéderait, comme elle l’allègue, d’une pratique discriminatoire en raison de son état de grossesse alors qu’il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la décision de ne pas renouveler son contrat a été motivée par le recrutement d’un fonctionnaire sur le poste qu’elle occupait.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de Mme C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et au recteur de l’académie de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,
Mme Champenois, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.


Le rapporteur,





L. JOSSERANDLe président,





M. BOURGEOIS

La greffière,





M. B...


La République mande et ordonne au ministre en charge de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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