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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2307015

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2307015

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2307015
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCOUSSY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme B D, représentée par Me Noël, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de déterminer l'ampleur du préjudice qu'elle a subi suite à l'accident de service dont elle a été victime le 23 octobre 2020 au centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Elle demande en outre que les dépens soient réservés.

Elle soutient que l'expertise sollicitée est utile car elle envisage d'exercer un recours indemnitaire contre son employeur pour obtenir réparation intégrale des préjudices qu'elle a subis en raison de cet accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, représenté par Me Coussy, déclare qu'il ne s'oppose pas au principe d'une expertise judiciaire, tout en émettant les plus expresses réserves et protestations d'usage sur son éventuelle responsabilité. Il demande en outre que les dépens soient réservés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. " ;

2. Mme B D, agent du Centre hospitalier universitaire de Bordeaux depuis l'année 2014, aux fonctions d'auxiliaire de puériculture au sein du service d'oncologie pédiatrique, a été victime le 23 octobre 2020 d'un accident de service reconnu imputable au service par décision en date du 15 février 2021 la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à compter du 26 octobre 2020, date de son premier arrêt de travail jusqu'au 9 février 2023. Mme B souffre d'une maladie anxiodépressive suite au harcèlement puis l'agression par une collègue de travail le 23 octobre 2020. Son congé pour invalidité temporaire imputable au service a été prolongé le 15 mars 2021 jusqu'à reprise effective ou cessation définitive des fonctions. Le docteur A, médecin agréé a émis le 4 avril 2022 un avis de possible reprise en temps partiel thérapeutique à 50% et a proposé une consolidation au 22 mars 2022 avec un taux d'incapacité permanente partiel de 25%. La requérante, qui envisage d'engager la responsabilité de son employeur aux fins d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'elle a subis en raison de son accident de service, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.

3. Le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

4. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme B, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1err de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur C est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B D ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de Mme B et à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé de Mme B avant le 23 octobre 2020, date à laquelle elle a été victime d'un accident de service, en précisant, le cas échéant les pathologies dont elle était atteinte ou les traitements dont elle faisait l'objet ;

3°) de décrire l'état de santé actuel de Mme B et notamment ses lésions, affections et troubles, en lien avec l'accident de service survenu le 23 octobre 2020 en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie antérieure dont elle serait atteinte ;

4°) d'indiquer à quelle date l'état de santé de Mme B peut être considéré comme consolidé et dans cette hypothèse, fixer le taux du déficit fonctionnel permanent ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressée est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; préciser si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent imputable au service est prévisible et en évaluer l'importance ;

5°) de dire si l'état de Mme B lié à l'accident de service survenu le 23 octobre 2020 a entraîné une incapacité totale ou partielle d'exercer son activité professionnelle et/ou un déficit fonctionnel temporaire partiel ou total résultant de troubles physiques, psychologiques, et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

6°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires et permanents subis par Mme B tels que les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, l'incidence professionnelle (), et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à l'accident de service, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;

7°) de déterminer si l'état de Mme B lui permet de reprendre son poste à temps plein ou si elle doit bénéficier d'un congé ou d'une reprise à mi-temps thérapeutique ; dire, le cas échéant, si l'état de Mme B, nécessite un poste aménagé et décrire ces aménagements ;

8°) d'une manière générale, donner au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par la requérante, de l'entier préjudice qu'elle subit.

9°) de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme B et le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, au centre hospitalier universitaire de Bordeaux et au docteur C, expert.

Fait à Bordeaux, le 16 avril 2024.

Le juge des référés,

David KATZ

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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