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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400281

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, saisi d’un recours pour excès de pouvoir par M. A, ressortissant malien, a annulé la décision du 6 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Dordogne lui avait refusé la délivrance d’une carte de résident de dix ans. Le tribunal a jugé que le préfet avait méconnu les stipulations de l’article 11 de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994, combinées à l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en estimant à tort que les ressources de M. A n’étaient pas suffisantes. Il a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l’intéressé dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, M. C A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de réexaminer sa situation en vue de l'obtention d'un titre de séjour.

Il soutient que la décision litigieuse a méconnu l'article 11 de la convention franco-malienne sur la circulation et le séjour des personnes dès lors qu'il réside en France depuis novembre 2016 de manière régulière et qu'il dispose de ressources stables, régulières et suffisantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Des pièces produites par M. A ont été enregistrées le 25 septembre 2024 mais n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 26 septembre 1994 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 18 juillet 1999, s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " régulièrement renouvelée depuis le 18 juillet 2018. Il a sollicité le 19 septembre 2023 la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par une décision du 6 décembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Dordogne a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 11 de la convention franco-malienne susvisée : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les nationaux de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie, peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans, dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil () ". Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'annexe 10 du même code : " () CR portant la mention " résident de longue durée-UE " () : -justificatifs de ressources : justificatifs de vos ressources ou de celles de votre couple si vous êtes mariés (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) () ".

3. Il résulte de la combinaison des stipulations de l'article 11 de la convention franco-malienne susvisée et des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un ressortissant malien peut prétendre à la délivrance d'une carte de résident à raison d'une résidence régulière et non interrompue en France de plus de trois années dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 426-17 à condition, notamment, de justifier de ressources stables, régulières et suffisantes, appréciées sur la période des trois années précédant sa demande, au moins égales au salaire minimum de croissance.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A, dont il n'est pas contesté qu'il a exercé une activité salariée de façon ininterrompue depuis septembre 2018, a déclaré, dans son avis d'imposition sur les revenus de l'année 2021, un revenu fiscal de référence de 16 437 euros, ce qui correspond à un revenu net imposable de 17 904 euros avant abattement de 10 % et, dans son avis d'imposition sur les revenus de l'année 2022, avoir perçu 16 276 euros de salaires. Contrairement à ce que soutient le préfet, ces montants constituent le revenu net imposable et non le revenu brut de l'intéressé. Ainsi, M. A établit avoir perçu sur les années 2021 et 2022 des revenus, exprimés en salaire net, supérieurs au montant du salaire minimum de croissance net, fixé pour l'année 2021 à 14 841,36 euros et pour l'année 2022 à 15 486,96 euros. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a conclu le 7 novembre 2022 un contrat à durée déterminée, transformé, par avenant du 29 décembre 2022, en contrat à durée indéterminée, aux termes duquel il devait percevoir, à compter du 25 décembre 2022, une rémunération mensuelle brute de 1 910,51 euros, supérieure au salaire minimum de croissance mensuel brut fixé à 1 709,28 euros du 1er janvier au 30 avril 2023 et à 1 747,20 euros du 1er mai au 31 décembre 2023. Le préfet ne conteste pas qu'il a effectivement perçu cette rémunération tout au long de l'année, ce qui est corroboré par la production par M. A de ses bulletins de salaire de septembre à décembre 2023. Dans ces circonstances, en estimant que le requérant ne justifiait pas de ressources stables, régulières et suffisantes, le préfet de la Dordogne a commis une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision litigieuse du 6 décembre 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Dordogne de réexaminer sa demande de délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en tenant compte du motif d'annulation mentionné au point 4.

D E C I D E:

Article 1er : La décision du 6 décembre 2023, par laquelle le préfet de la Dordogne a refusé de délivrer à M. A une carte de résident est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Dordogne de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN

Le président,

M. BOURGEOIS La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,