vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401000 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2024, M. A B, représenté par Me Bouyer, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le maire d'Arcachon a interdit un rassemblement intitulé " Pour le cessez-le feu immédiat à Gaza ! ", " Pour la paix en Palestine " devant se tenir sur la voie publique à Arcachon le 10 février 2024 à 10h30 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Arcachon de mettre en œuvre toutes diligences de sa compétence de nature à permettre la tenue de la manifestation projetée le 10 février 2024 dans des conditions respectueuses de l'ordre public ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Arcachon la somme de 3 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la manifestation est prévue le 10 février 2024 à 10h30 et que l'arrêté litigieux du 2 février 2024 a été notifié le 7 février suivant ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifestation ; il n'est pas justifié par le maire d'Arcachon de l'impossibilité alléguée d'organiser la sécurité des usagers de la route le jour de la manifestation projetée, d'autant que la commune d'Arcachon dispose de 20 agents de police municipale et qu'elle peut faire appel aux agents de la police nationale ; l'obligation d'assurer l'ordre public repose sur l'administration et non sur les organisateurs du rassemblement projeté ; alors que la déclaration préalable du rassemblement projeté a été faite le 24 janvier 2024, le maire d'Arcachon a édicté une interdiction le 2 février suivant sans chercher des mesures moins restrictives de liberté ; l'arrêté litigieux ne peut légalement se justifier au regard du seul fait que le rassemblement projeté concerne les évènements au Moyen-Orient, dès lors que cet arrêté ne fait en outre état d'aucun élément précis avérant des répercussions locales relatifs à ces évènements.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2024, la commune d'Arcachon, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- l'interdiction critiquée est justifiée par la circonstance que la déclaration de la manifestation projetée a été déclarée plus de quinze jours avant la date prévue de l'évènement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité intérieure
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 février 2024 à 11h00, en présence de Mme Gioffré, greffière :
- le rapport de M. Katz, juge des référés ;
- les observations de Me Bouyer, pour M. B, qui confirme ses écritures ;
- les observations de Me Monfort pour la commune d'Arcachon, qui confirme ses écritures et sollicite explicitement une substitution de motif pour justifier la légalité de l'acte litigieux, tenant à ce que la déclaration préalable du rassemblement projeté a été présentée à la mairie le 24 janvier 2024, soit plus de quinze jours avant le 10 février 2024, date prévue de ce rassemblement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, membre du groupe d'action de La France Insoumise (LFI) du bassin d'Arcachon, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 février 2024, par lequel le maire de la commune d'Arcachon a interdit un rassemblement " pour le cessez-le feu immédiat à Gaza ! " et " pour la paix en Palestine " devant se tenir sur la voie publique à Arcachon le 10 février 2024 à 10h30.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge de référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment :/ () / 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics ; ". Aux termes de l'article L. 2215-1 du même code : " La police municipale est assurée par le maire (), toutefois : / 1° Le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, pour toutes les communes du département ou plusieurs d'entre elles, et dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité publiques. / Ce droit ne peut être exercé par le représentant de l'Etat dans le département à l'égard d'une seule commune qu'après une mise en demeure au maire restée sans résultat ; ".
4. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique. / Toutefois, sont dispensées de cette déclaration les sorties sur la voie publique conformes aux usages locaux. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " La déclaration est faite à la mairie de la commune ou aux mairies des différentes communes sur le territoire desquelles la manifestation doit avoir lieu, trois jours francs au moins et quinze jours francs au plus avant la date de la manifestation. A Paris, la déclaration est faite à la préfecture de police. Elle est faite au représentant de l'Etat dans le département en ce qui concerne les communes où est instituée la police d'Etat. / La déclaration fait connaître les noms, prénoms et domiciles des organisateurs et est signée par au moins l'un d'entre eux ; elle indique le but de la manifestation, le lieu, la date et l'heure du rassemblement des groupements invités à y prendre part et, s'il y a lieu, l'itinéraire projeté. ". Aux termes de l'article L. 211-4 du même code : " Si l'autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l'ordre public, elle l'interdit par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu. / Le maire transmet, dans les vingt-quatre heures, la déclaration au représentant de l'État dans le département. Il y joint, le cas échéant, une copie de son arrêté d'interdiction. / Si le maire, compétent pour prendre un arrêté d'interdiction, s'est abstenu de le faire, le représentant de l'État dans le département peut y pourvoir dans les conditions prévues à l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales. "
5. Le respect de la liberté de manifestation et de la liberté d'expression, qui ont le caractère de libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être concilié avec l'exigence constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public. Il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police, lorsqu'elle est saisie de la déclaration préalable prévue à l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure ou en présence d'informations relatives à un ou des appels à manifester, d'apprécier le risque de troubles à l'ordre public et, sous le contrôle du juge administratif, de prendre les mesures de nature à prévenir de tels troubles, au nombre desquelles figure, le cas échéant, l'interdiction de la manifestation, si une telle mesure présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné aux circonstances, en tenant compte des moyens humains, matériels et juridiques dont elle dispose. Une mesure d'interdiction, qui ne peut être prise qu'en dernier recours, peut être motivée par le risque de troubles matériels à l'ordre public, en particulier de violences contre les personnes et de dégradations des biens, et par la nécessité de prévenir la commission suffisamment certaine et imminente d'infractions pénales susceptibles de mettre en cause la sauvegarde de l'ordre public même en l'absence de troubles matériels.
6. En premier lieu, la mesure d'interdiction litigieuse se fonde sur la circonstance que les services de la police municipale seront entièrement occupés le 10 février 2024 de 9h30 à 13 heures pour assurer la sécurité des personnes lors du déroulement de la " fête du mimosa " devant avoir lieu dans le quartier de l'Aiguillon à Arcachon. La commune d'Arcachon précise qu'elle est en mesure de mobiliser ce jour-là sept agents de police seulement et que ceux-ci devront tous être affectés à la sécurité de la " fête du mimosa ". Toutefois, il résulte de l'instruction que ce dernier événement n'a fait l'objet d'aucune mesure particulière prise par la commune en matière de mobilisation des agents de police municipale. A cet égard, l'arrêté d'autorisation d'occupation du domaine public délivré par le maire d'Arcachon pour permettre la réalisation de cet évènement prévoit seulement, en son article 1er, que les services de la police municipale devront " contrôler " la mise en place, par les organisateurs de la manifestation, de barrières de protection sur la voie publique et l'article 5 du même arrêté ajoute expressément que : " la sécurité de la manifestation, pour ce qui concerne le service d'ordre et la signalisation, devra être entièrement mise en œuvre par les organisateurs, qui devront également assurer la sécurité des participants et du public, dans le cadre du plan Vigipirate. Les organisateurs sont tenus de respecter leurs obligations en matière de sécurité et d'accessibilité des personnes à mobilité réduite ". Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la commune d'Arcachon dispose habituellement de vingt agents de police municipale. Or, elle n'établit pas ne pas pouvoir mobiliser plus de sept de ses agents lors de la journée du samedi 10 février 2024, pas plus qu'elle n'établit avoir vainement sollicité les forces de l'ordre relevant des autorités de l'Etat pour assurer la sécurité du rassemblement déclaré par le requérant.
7. En deuxième lieu, la mesure d'interdiction repose également sur la circonstance que le rassemblement projeté par M. B a vocation à occuper la voie publique et que le dispositif de service d'ordre, comportant quatre personnes, prévu pour assurer la sécurité de ce rassemblement est insuffisant. Toutefois, il revient au maire, autorité publique en charge de la police de la circulation, d'apporter les éléments de nature à justifier son impossibilité à organiser la sécurité des piétons et la circulation des véhicules au moment de la manifestation. En outre, le maire d'Arcachon n'établit pas avoir recherché, éventuellement avec les organisateurs du rassemblement projeté, des mesures propres à assurer la sécurité des usagers de la voie publique qui soient moins restrictives de liberté qu'une interdiction totale de manifester.
8. En troisième lieu, l'arrêté litigieux repose sur l'existence de consignes préfectorales relatives à l'adaptation de la posture VIGIPIRATE et sur la circonstance que l'objet-même du rassemblement projeté concerne le conflit au Moyen-Orient. Toutefois, en l'absence de tout élément relatif à des circonstances locales quant à l'impact de ce conflit, l'interdiction de toute manifestation en lien direct avec celui-ci ne se trouve pas légalement justifiée.
9. Enfin, la circonstance que M. B a déclaré le rassemblement projeté seize jours francs avant la date prévue de ce rassemblement, soit dans un délai excédant d'un jour le délai de quinze jours francs fixé par l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure, n'est pas de nature à justifier une interdiction pure et simple de ce rassemblement.
10. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté litigieux porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester.
11. Compte tenu, d'une part, de l'imminence du rassemblement, prévu le samedi 10 février 2024 à 10h30 et, d'autre part, de l'atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester portée par l'arrêté litigieux, la condition d'urgence particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est remplie.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du maire d'Arcachon du 2 février 2024.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Arcachon la somme de 2 000 euros sur le fondement du même article.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire d'Arcachon du 2 février 2024 interdisant le rassemblement devant se tenir sur la voie publique à Arcachon le 10 février 2024 à 10h30 est suspendue.
Article 2 : La commune d'Arcachon versera la somme de 2 000 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune d'Arcachon tendant au bénéfice d'une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au maire de la commune d'Arcachon.
Copie en sera communiquée au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 9 février 2024.
Le juge des référés,
D. Katz
La greffière,
C. Gioffré
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026