lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401665 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | TANDONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2024, M. F A, représenté par Me Julie Noël, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de déterminer la date de consolidation de son état de santé en lien avec son accident de service du 10 janvier 2017 et d'évaluer les préjudices qu'il subit, en lien direct avec cet accident de service. Il demande en outre que l'expert ait pour mission d'apporter au tribunal tous éléments de nature à statuer sur les responsabilités encourues et notamment quant au respect par la Communauté de communes de Lot-et-Tolzac des restrictions médicales émises par la médecine de prévention en date du 15 novembre 2016 et que les dépens soient réservés ;
Il soutient que :
- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle tend à la détermination de la date de consolidation de son état de santé et à l'évaluation de préjudices non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, la Communauté de communes Lot-et-Tolzac, représentée par Me François Tandonnet, déclare qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, sous les plus expresses réserves et en l'absence de toute reconnaissance de responsabilité.
La requête a été communiquée à la Caisse primaire d'assurance maladie de Bayonne qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. David Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de mesure d'expertise :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. En application de ces dispositions, il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.
3. Il résulte de l'instruction que M. F A est adjoint technique principal de deuxième classe au sein de la Communauté de communes de Lot-et-Tolzac depuis 2003, titularisé en 2004. Entre février 2014 et février 2016, M. A a été placé durant deux années en congé de maladie pour syndrome anxiodépressif réactionnel à ses conditions de travail. Puis, il a repris ses fonctions durant neuf mois à mi-temps thérapeutique. Il ainsi pu reprendre le travail à compter du mois de février 2016. Il a été victime d'un accident de service le 9 juin 2016 reconnu imputable au service par arrêté en date du 6 octobre 2016. A compter du mois de novembre 2016, M. A a repris le travail à temps plein avec des restrictions posées par le médecin de prévention notamment " pas de position penchée en avant ou en torsion du tronc prolongée ou répétée ". Le 10 janvier 2017, et alors qu'il débouchait les têtes de ponts avec une pelle à main et conduisait le camion pour évacuer la terre du curage, M. A a ressenti une douleur dans le bas du dos en raison des rotations de torse effectuées la journée entière. Cette douleur a entraîné un lumbago et une crise de sciatique, reconnus en accident de service selon arrêté en date du 31 janvier 2017. Par ordonnance de référé du 29 avril 2019, le juge des référés du tribunal de céans a désigné le docteur H C en qualité d'expert judiciaire. Le docteur C a considéré que l'accident de service du 10 janvier 2017 n'était pas consolidé et a estimé que " le quantum doloris ne sera pas inférieur à 4/7, le préjudice esthétique ne sera pas inférieur à 1,5/7 et le préjudice d'agrément sera évalué lors de l'expertise de consolidation. " Sur le fondement de ce rapport, M. A a adressé une réclamation indemnitaire préalable à son employeur, réceptionnée le 12 décembre 2019 et qui a donné lieu à une décision implicite de rejet en date du 12 février 2020. M. A a saisi le Tribunal de céans d'une requête indemnitaire dont il s'est désisté le 16 décembre 2020. M. A a été ensuite examiné par le docteur D en qualité de médecin agréé qui a conclu à la consolidation de l'état de santé de M. A en ce qui concerne l'accident de service du 10 janvier 2017. Mais la commission départementale de réforme a émis un avis défavorable à la consolidation de son état de santé le 18 février 2021 puis le 17 septembre 2021. Par avis du 21 septembre 2023, le Conseil médical statuant en formation plénière a considéré l'état de santé de M. A consolidé le 4 avril 2023 avec séquelles indemnisables et recommande la poursuite du temps partiel thérapeutique en respectant les préconisations de la médecine du travail. M. A a ainsi repris le travail le 1er février 2023 à temps partiel thérapeutique mais il a de nouveau été arrêté le 19 septembre 2023 en raison d'une pathologie orthopédique. Le 3 octobre 2023, le docteur B , médecin du travail, a déclaré que le poste de travail de M. A était définitivement incompatible avec son état de santé.
4. La mesure d'expertise sollicitée par M. A dans le cadre du présent référé tend à faire établir d'une part la date de consolidation de son état de santé en lien avec son accident de service du 10 janvier 2017, d'autre part à faire évaluer les préjudices qu'il subit, en lien direct avec cet accident de service et non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service. Le requérant, qui envisage d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis en raison de cet accident de service et de cette maladie, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.
5. Le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
6. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. A, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
O R D O N N E
Article 1er : Le docteur G E, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. F A ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de M. A et à son examen clinique ;
2°) de décrire l'état de santé actuel de M. A et notamment ses lésions, affections, séquelles physiques ou psychologiques dont il serait atteint ; décrire l'état de santé antérieur de M. A en ne retenant que les seuls antécédents pouvant avoir une incidence sur les séquelles en relation directe et certaine avec l'accident de service survenu le 10 janvier 2017 ;
3°) de dire si l'état de M. A est en lien direct avec l'accident reconnu imputable au service et a entraîné un ou des déficits fonctionnels temporaires résultant de troubles physiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
4°) d'indiquer si l'état de santé de M. A tel que résultant de l'accident de service du 10 janvier 2017 est consolidé et indiquer la date de consolidation ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressé est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible, en évaluer l'importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;
5°) d'indiquer précisément l'ensemble des séquelles physiques et psychologiques en relation directe et certaine avec l'accident de service du 10 janvier 2017, préciser dans le cas où l'état de santé de M. A serait consolidé, s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;
6°) de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec l'accident de service du 10 janvier 2017 en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec toute autre cause extérieure, notamment les antécédents médicaux de M. A ;
7°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes subis par M. A résultant de l'accident de service du 10 janvier 2017, tels que les préjudices patrimoniaux permanents comme la perte de gains professionnels futurs et l'incidence professionnelle mais aussi les préjudices extra-patrimoniaux permanents tels que les souffrances endurées, le préjudice d'agrément, préjudice psychologique, préjudice sexuel, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant pour chaque préjudice, la part imputable à l'accident de service, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;
8°) d'apporter au Tribunal tous éléments concernant le respect par la Communauté de communes de Lot-et-Tolzac des restrictions médicales émises par la médecine de prévention en date du 15 novembre 2016 ;
9°) d'une manière générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. A, la Communauté de communes de Lot-et-Tolzac et la Caisse primaire d'assurance maladie de Bayonne.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F A, à la Communauté de communes de Lot-et-Tolzac, à la Caisse primaire d'assurance maladie de Bayonne et au docteur G E, expert.
Fait à Bordeaux, le 21 octobre 2024.
Le juge des référés,
David Katz
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026