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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401982

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401982

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401982
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 et 29 mars 2024, Mme D A épouse B, représentée par Me Edberg, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, faute pour le préfet de la Gironde de justifier d'une délégation de signature ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation, le préfet de la Gironde s'étant cru en situation de compétence liée en lui refusant le titre de séjour sollicité au motif que sa demande relèverait de la catégorie du regroupement familial prévue par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle a été privée de son droit à être entendue en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'elle n'a pas été informée de ce qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, ni mise à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a écarté à tort la possibilité de la régulariser sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que son mari et sa fille résident régulièrement sur le territoire français et qu'elle poursuit son doctorat en France ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa durée de présence en France, la poursuite de ses études, son mariage avec un compatriote en situation régulière et la présence de sa fille née en France n'ont pas été pris en compte par le préfet de la Gironde ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 4 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A épouse B, ressortissante algérienne née le 15 juin 1992, est entrée régulièrement en France le 3 juillet 2019 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa D " scientifique chercheur " valable du 25 juin au 23 septembre 2019 pour une durée de séjour autorisée en France de 90 jours dans le cadre d'une convention d'accueil avec l'université de Bordeaux et de la poursuite de sa thèse co-dirigée avec l'université Chadli Benjedid-El Tarf. Le 22 octobre 2019, elle a obtenu un premier titre de séjour " scientifique-chercheur " valable du 22 octobre 2019 au 21 octobre 2020, dont elle a sollicité le renouvellement le 9 octobre 2020. Le 25 août 2021, Mme A épouse B a donné naissance à une fille à Bordeaux. Le 17 novembre 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations des articles 4 et 6.5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par courrier du 22 juin 2023, Mme A épouse B a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde pendant quatre mois. Par un arrêté du 20 février 2024, dont Mme A demande l'annulation dans la présente instance, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°33-2023-164, donné délégation à Mme E C, cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué daté du 20 février 2024 doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme A épouse B, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne de manière précise et circonstanciée les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante, ainsi que les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande de titre de séjour sur le fondement des articles 4 et 6-5 de l'accord franco-algérien et au regard des principaux éléments objectifs et concrets de sa situation personnelle et familiale. Enfin, après avoir relevé que la situation de l'intéressée ne répondait pas à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels et qu'elle n'entrait dans cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit, il précise que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

5. En l'espèce, Mme A épouse B, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a nécessairement été conduite à préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle demandait que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Elle a ainsi été mise à même de faire valoir tous les éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des mesures contestées. Le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendue doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et de la motivation de la décision attaquée, décrite au point 3, que le préfet de la Gironde a pris notamment en compte l'entrée régulière en France de Mme A épouse B, son mariage avec un compatriote le 10 août 2017 en Algérie, la situation régulière de ce dernier et la résidence de sa fille, née à Bordeaux le 25 août 2021. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation et entaché sa décision d'une erreur de fait manque en fait et doit dès lors être écarté.

7. En cinquième lieu, contrairement à ce qu'allègue la requérante, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Gironde se serait cru en situation de compétence liée pour lui refuser un titre de séjour, la circonstance que la demande de Mme A épouse B relèverait de la catégorie du regroupement familial prévu par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'étant qu'un élément d'appréciation de sa décision. Ainsi, et en considération des motifs énoncés ci-dessus, le moyen tiré de l'incompétence négative doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

9. Si Mme A épouse B se prévaut d'une présence habituelle en France de plus de trois ans à la date de la décision attaquée, il n'est pas contesté qu'à l'issue de la validité de son titre de séjour " scientifique-chercheur " le 21 octobre 2020, l'intéressée, qui n'avait pas vocation à rester, s'est maintenue sur le territoire français alors que la convention d'accueil signée avec l'Université de Bordeaux en date du 28 mai 2019 prévoyait une durée de séjour en France du 1er mai 2019 au 31 décembre 2020. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a commencé une thèse en Algérie, y a épousé le 10 aout 2017 un compatriote qu'elle a rejoint en juillet 2019 sur le territoire français sous couvert d'un visa " scientifique-chercheur " et que le couple a eu une fille née sur le territoire français le 25 aout 2021. Si elle se prévaut de la situation régulière de son époux, il ressort des pièces du dossier que ce dernier a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence " commerçant " qui a expiré le 25 septembre 2023 et n'est muni, à la date de la décision attaquée, que d'un récépissé de demande de carte de séjour. Elle ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie avec leur fille née le 25 août 2021 à Bordeaux. Enfin, elle ne justifie d'aucun autre lien privé et familial sur le territoire français, ni d'aucune ressources. Ainsi, alors qu'elle ne justifie pas être isolée dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, l'arrêté attaqué ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si Mme A épouse B soutient que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

12. En huitième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France à titre exceptionnel soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

13. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le préfet de la Gironde ne pouvait se fonder sur la circonstance que Mme A épouse B, de nationalité algérienne, ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la requérante ne peut utilement invoquer. En tout état de cause, le préfet aurait pris la même décision dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation dès lors qu'en l'espèce, Mme A épouse B ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen ne pourra qu'être écarté.

14. En neuvième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

15. Ainsi qu'il a été dit précédemment, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de la requérante se reconstitue en Algérie où sa fille pourra débuter sa scolarité. L'arrêté attaqué n'ayant pas pour objet ni pour effet de la séparer de son enfant, Mme A épouse B n'est pas fondée à soutenir qu'il méconnait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 février 2024 du préfet de la Gironde. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction, d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La première assesseure,

C. DE GÉLAS La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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