mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402654 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | JU-1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 mars et 25 novembre 2024, ce dernier non communiqué, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un titre français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa demande.
M. B soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen modifié ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cornevaux ;
-et les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a sollicité, le 26 septembre 2022, l'échange de son permis de conduire algérien, délivré le 17 juillet 2022 (obtenu par examen le 10 septembre 2017), contre un titre français. Par une décision du 26 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande. M. B demande l'annulation de cette décision
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée, pour le préfet de la Loire-Atlantique, par Mme C E, directrice du centre d'expertise et de ressources titres échange de permis de conduire étrangers de la préfecture de la Loire-Atlantique, qui disposait, à cet effet, d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 10 janvier 2024 régulièrement publié le 11 janvier 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture et dont la portée est suffisamment précise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision du 26 janvier 2024 précise qu'elle est édictée sur le fondement de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'arrêté du 12 janvier 2012. Par ailleurs, elle indique les éléments propres à la situation du requérant, et notamment la date de sa demande d'échange, les caractéristiques de son permis de conduire et que malgré deux demandes de régularisation datées du 25 novembre 2022 et du 20 mars 2023, l'incomplétude du dossier entrainait le rejet de sa demande. Ainsi la décision en litige, qui ne présente pas un caractère stéréotypé, est suffisamment motivée. De même, il résulte de ses motifs que le préfet s'est livré à une appréciation de la situation personnelle du requérant. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté susvisé du 12 janvier 2012 : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : () / II. - En outre, son titulaire doit : / A. ' Avoir acquis sa résidence normale en France. "
6. Il ressort des termes même de la décision attaquée que, pour refuser d'échanger le permis de conduire algérien de M. B, le préfet de Loire-Atlantique a considéré qu'il n'avait pas fourni un dossier complet, malgré plusieurs demandes de pièces complémentaires, notamment en ce qui concerne le justificatif de la date d'installation en France. Si le requérant fournit un décret de naturalisation pour attester de sa résidence permanente en France, cette pièce n'est toutefois pas de nature à justifier la date de son installation sur le territoire national. Dès lors, en considérant que dossier de M. B n'était pas complet, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route ni commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite ces moyens doivent être écartés.
7. En quatrième et dernier lieu, si, pour demander l'annulation des décisions en litige, le requérant soutient qu'il a besoin d'un permis de conduire français dans le cadre de sa vie professionnelle, cet élément est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
Le président du tribunal,
G. CORNEVAUX La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2402654
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