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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403099

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403099

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403099
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2024, le préfet de la Gironde demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de Mme A C du logement qu'elle occupe avec sa fille, mineure, de manière irrégulière ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux passé un délai de huit jours ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au centre d'accueil, d'information et d'orientation aux fins de vider les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des actuels occupants, à défaut pour ces derniers de les avoir emportés.

Il soutient que :

- de nationalité russe, Mme C a été accueillie dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile le temps de l'instruction de sa demande d'asile ; alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, elle se maintient avec sa fille irrégulièrement dans les lieux depuis le 13 février 2024 ; elle a été mise en demeure de quitter les lieux, en vain ;

- le juge administratif est compétent, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour connaître de la demande d'injonction d'expulsion des lieux irrégulièrement occupés ;

- la requête est recevable, en vertu de l'article L. 552-15 du même code, dès lors qu'il appartient à l'autorité préfectorale de prendre les mesures nécessaires pour faire libérer sous la contrainte les lieux d'accueil pour demandeurs d'asile quand ils sont occupés sans titre ;

- la libération des lieux par Mme C répond à une urgence dès lors qu'elle s'est maintenue dans les lieux sans droit ni titre au-delà de la durée d'instruction de sa demande d'asile et que cela compromet le fonctionnement normal du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile ; les pouvoirs publics disposent, dans le département de la Gironde, de 1 151 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) et de 781 places d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), alors qu'au 1er mars 2024, 3996 demandeurs d'asile sont recensés comme non hébergés dans ces dispositifs, dont 21 familles avec enfants mineurs, 5 couples sans enfants et 33 personnes isolées considérées comme vulnérables ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le 30 mai 2024 à 14h00, en présence de Mme Gioffré, greffière :

- le rapport de M. Katz, juge des référés ;

- les observations de Mme B, représentant le préfet de la Gironde ;

Mme C était présente à l'audience, mais était dans l'incapacité de s'exprimer en français et n'avait demandé l'assistance d'aucun conseil ni d'aucun interprète.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. Mme C, ressortissante russe, a été admise avec sa fille mineure au sein d'un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile. Par une décision du 10 janvier 2024, la cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté la demande d'asile de Mme C. En dépit du rejet de sa demande d'asile, l'intéressée a continué d'occuper l'hébergement qui avait été mis à sa disposition pour le temps de l'instruction de sa demande. Par courrier du 7 mars 2024 notifié le 20 mars 2024, le préfet de la Gironde l'a mise en demeure de quitter les lieux. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet de la Gironde demande au juge des référés d'ordonner l'expulsion de Mme C et de sa fille, au besoin avec le concours de la force publique.

4. D'une part, dès lors que la demande d'asile de Mme C a été définitivement rejetée, la mesure d'expulsion d'un hébergement sollicitée par le préfet ne se heurte, à l'égard du droit d'asile, à aucune contestation sérieuse.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que, dans le département de la Gironde, les pouvoirs publics disposent de 1 151 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile et de 781 places d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, alors qu'au 1er mars 2024, 3996 demandeurs d'asile sont recensés comme non hébergés dans ces dispositifs, dont 21 familles avec enfants mineurs, 5 couples sans enfants et 33 personnes isolées considérées comme vulnérables. Compte tenu des besoins d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Gironde, de la situation de tension que connaît ce dispositif et de la nécessité de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile, il existe une urgence et une utilité attachées à la nécessité de libérer l'hébergement pour demandeurs d'asile que Mme C occupe avec sa fille.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Gironde est fondé à demander à ce que le juge des référés ordonne l'expulsion de Mme C et de sa fille de l'hébergement qu'elles occupent et ce, avec le concours de la force publique si les lieux ne sont toujours pas libérés dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, avec autorisation pour le préfet de faire évacuer les biens meubles se trouvant éventuellement dans le logement aux frais et risques de l'intéressée.

O R D O N N E :

Article 1err : Il est enjoint à Mme C de quitter l'hébergement d'urgence qu'elle occupe avec sa fille. A défaut d'exécution de cette injonction dans le délai de huit jours, le préfet de la Gironde pourra recourir à la force publique pour y faire procéder et faire vider les lieux de tous biens meubles aux frais et risques de Mme C.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Gironde et à Mme A C.

Fait à Bordeaux, le 31 mai 2024.

Le juge des référés,

D. Katz

La greffière,

C. Gioffré La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière, 3

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