Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403558
jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juin 2024, M. B G, représenté par Me Trébesses, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " saisonnier " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour avec droit au travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la durée de sa présence en France au sens des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être calculée à compter du 15 mars 2023 date de la délivrance effective de la carte de séjour jusqu'à sa date d'expiration soit le15 mars 2024 ; dès lors, il n'est resté en France que 36 jours puisqu'il a quitté le territoire le 21 avril 2023 ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il s'est retrouvé confronté à la lenteur de l'administration à lui délivrer le titre sollicité ce qui l'a contraint à travailler en attendant qu'elle prenne sa décision.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juillet 2024.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B G, né le 1er janvier 1992 à Sfafaa (Maroc), de nationalité marocaine, est entré régulièrement en France le 12 septembre 2022 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " saisonnier " et a obtenu le 16 février 2023 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " saisonnier ". Le 8 mars 2024 il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision en date du 21 mai 2024, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. G demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Madame E D, adjointe à la cheffe du bureau du séjour qui, par un arrêté du 29 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État n° 33-2024-080, mis en ligne sur le site Internet des services de l'État en Gironde, a reçu du préfet de la Gironde délégation pour signer, comme le précise l'article trois de cet arrêté, " en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F A, cheffe du bureau du séjour, toutes décisions () pris[es] en application des livres II, IV, VI et VIII (parties législative et réglementaire) du CESEDA ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée du 21 mai 2024 mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent en droit ainsi que les considérations de fait, détaillées et circonstanciées à l'aune de la situation personnelle du requérant, qui ont présidé à son édiction. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne résulte ni des pièces du dossier ni de la motivation de la décision en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " qui autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an.
6. Aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire () ".
7. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce M. G soutient, la durée de six mois prévue par L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a commencé à courir dès le 12 septembre 2022, date à laquelle il bénéficiait du droit au séjour assorti du droit d'exercer son emploi saisonnier, comme l'a décidé à bon droit le préfet et non à l'issue de la fabrication du titre de séjour. Par suite le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
8. Ensuite, il ressort de la lecture de la décision attaquée que pour refuser à M. G le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", le préfet de la Gironde a retenu que l'intéressé n'avait pas respecté la durée maximale annuelle de six mois de séjour en France autorisée par ce titre, méconnaissant ainsi son engagement de maintenir sa résidence hors de France. Il ressort en effet des éléments produits par le requérant lui-même qu'il a exercé sans discontinuer une activité professionnelle en France du 15 septembre 2022 au 19 mars 2023 et qu'il a quitté la France le 21 avril 2023. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde a pu, à bon droit, considérer que le requérant n'avait pas respecté les conditions exigées pour la délivrance de la carte dont il était titulaire. Ce seul motif suffisait à fonder le refus de renouvellement de cette carte en application de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi relative à l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 où siégeaient :
-M. Ferrari, président,
-Mme Wohlschlegel et Mme C, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
K. C
Le président,
D. Ferrari
Le greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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