mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403954 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL BERNADOU AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2024 et le 26 septembre 2024, Mme B D, représentée par Me Radé, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de dire si sa pathologie anxiodépressive est imputable au service et d'évaluer les éventuels préjudices qu'elle subit.
Elle soutient que l'expertise sollicitée est utile aux fins de reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé, car elle envisage d'exercer un recours indemnitaire contre son employeur pour obtenir réparation intégrale des préjudices qu'elle a subis en raison de ses conditions de travail et à une carence de son employeur à la protéger.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 juillet et le 15 novembre 2024, l'Université Bordeaux Montaigne, représentée par Me Bernadou, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête pour absence d'utilité de la mesure ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que la mission de l'expert soit modifiée à fin de dire si les lésions, séquelles et autres préjudices développés par la requérante présentent un lien direct et certain avec ses conditions de travail, de dire si les arrêts de travail de l'intéressée sont en lien avec ses conditions de travail et de compléter la mission d'expertise afin de déterminer la date d'apparition de l'état anxiodépressif de la requérante et décrire les facteurs déclenchants et aggravants de cet état de santé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. David Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est enseignante à l'Université Bordeaux Montaigne depuis 2006 et exerce son activité au sein du département de philosophie de l'UFR humanités. Elle soutient avoir été victime d'un viol qui se serait déroulé le 22 mai 2020 à son domicile et a désigné, comme auteur de ce viol, un de ses collègues enseignant dans la même discipline que la sienne et dans le même laboratoire. Mme D soutient, en outre, avoir subi des pressions de la part de la directrice de son laboratoire, laquelle l'accuserait notamment de manipuler une doctorante. Mme D estime que, pour des raisons tenant à ses conditions de travail et à une carence de son employeur à la protéger, elle a développé une maladie anxio-dépressive. Elle a sollicité, le 22 décembre 2023, la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses troubles, en vain. La requérante, qui souhaite que sa pathologie soit reconnue comme imputable au service et qui envisage d'engager la responsabilité de l'Université Bordeaux Montaigne aux fins d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'elle impute à une action ou à une inaction de son employeur, demande au juge des référés de prescrire, à cette fin, une expertise.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ".
3. D'une part, alors même que les conséquences dommageables d'un accident sont susceptibles d'ouvrir droit à une pension forfaitaire d'invalidité, tout fonctionnaire conserve le droit de réclamer à son employeur public, dans les conditions du droit commun, une indemnisation complémentaire destinée à lui procurer la réparation intégrale du préjudice corporel subi, dès lors que ce dernier serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration. Par suite, la mesure d'expertise sollicitée par Mme D, qui soutient envisager d'exercer un recours indemnitaire contre l'Université Bordeaux Montaigne pour obtenir réparation intégrale des préjudices qu'elle aurait subis à raison de ses conditions de travail et d'une carence de son employeur à la protéger, présente un caractère d'utilité.
4. D'autre part, l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée ne saurait être déniée au motif que l'intéressée a également saisi le juge administratif d'une requête tendant à l'annulation d'une décision refusant de la faire bénéficier des dispositions relatives à la reconnaissance d'une maladie professionnelle, dès lors que ces dispositions ont pour seul objet de mettre à la charge de l'administration, lorsqu'un fonctionnaire est victime d'un accident de service ou d'une maladie imputable au service, le versement de l'intégralité du traitement de l'intéressée ainsi que le coût des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, l'action indemnitaire envisagée par la requérante concernant des préjudices distincts.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la mesure d'expertise médicale demandée par Mme D, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
O R D O N N E
Article 1er : Le docteur A C, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme D B ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de Mme D et à son examen clinique ;
2°) de décrire l'état de santé de Mme D avant le 22 mai 2020, date à laquelle Mme D soutient avoir subi à son domicile un viol par un collègue, puis avant le mois de février 2022, date à laquelle elle soutient avoir subi un harcèlement moral de la part de la directrice de son laboratoire ; dire plus précisément si elle était déjà atteinte, avant le mois de février 2022, de troubles physiques ou psychologiques, notamment liés à des troubles lors du premier confinement de 2020, au suicide de son père en 2020 ou à tout autre évènement ;
3°) de dire si ces lésions, séquelles et autres préjudices développés présentent un lien direct et certain avec les conditions de travail de Mme D ; de dire si les arrêts de travail de Mme D sont en lien avec ses conditions de travail ;
4°) plus précisément de décrire l'état de santé actuel de Mme D et notamment ses lésions, affections et troubles, ainsi que les traitements qui y sont associés ; déterminer dans quelle mesure les troubles actuels dont souffre Mme D sont imputables à ses conditions de travail en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie antérieure dont elle serait atteinte et indépendante du service, son évolution ou toute autre cause extérieure ; dire si ces pathologies présentent un caractère invalidant et de gravité confirmée et nécessitent un traitement et des soins prolongés ; de déterminer la date d'apparition de l'état anxiodépressif dont souffre Mme D et décrire les facteurs déclenchants et aggravants de cet état de santé ;
5°) d'indiquer à quelle date l'état de santé de Mme D peut être considéré comme consolidé et, dans cette hypothèse, fixer le taux du déficit fonctionnel permanent ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressée est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; préciser si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent imputable au service est prévisible et en évaluer l'importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;
6°) de dire si l'état de Mme D depuis le mois de février 2022 et depuis sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle en date du 22 décembre 2023 a entraîné une incapacité permanente totale ou partielle d'exercer son activité professionnelle et/ou un déficit fonctionnel temporaire partiel ou total résultant de troubles physiques, psychologiques, et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
7°) de déterminer si l'état de santé de Mme D est adapté à un poste à temps plein ou si elle doit bénéficier d'un congé ou d'un mi-temps thérapeutique ; de dire le cas échéant, si l'état de Mme D, nécessite un poste aménagé et décrire ces aménagements ;
8°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires et permanents subis par Mme D tels que les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice sexuel et d'agrément, en qualifiant les préjudices, y compris ceux psychologiques (), et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à ses conditions de travail, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ; le cas échéant donner son avis en cas d'incapacité permanente à exercer son emploi sur les séquelles et les préjudices sur la vie professionnelle de Mme D ;
9°) d'une manière générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme D et l'Université Bordeaux Montaigne.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert communiquera aux parties les conclusions qu'il envisage de tirer des constatations auxquelles il a procédé. Cette communication sera réalisée par la transmission d'un pré-rapport ou selon toute autre modalité équivalente. Après avoir accordé aux parties un délai leur permettant de faire valoir leurs observations, l'expert recueillera et consignera leurs dires dans un rapport définitif. Il déposera le rapport définitif au greffe par voie électronique dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à l'Université Bordeaux Montaigne et au docteur A C, expert.
Fait à Bordeaux, le 4 février 2025.
Le juge des référés,
David Katz
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026