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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404045

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A, ressortissante gabonaise, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour "vie privée et familiale" assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et de défaut de motivation de l'arrêté préfectoral. Saisi sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le juge a estimé que la rupture de la communauté de vie avec le conjoint français était établie et non justifiée par des violences conjugales, et que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 30 juillet 2024, Mme E A, représentée par Me Oyie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur " dans le délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur sa vie privée et familiale ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C,

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, né le 28 janvier 1990 à Port-Gentil (Gabon), de nationalité gabonaise, est entrée régulièrement en France le 25 février 2019 sous couvert d'un visa C de court séjour. Elle a obtenu la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à raison de son mariage avec un ressortissant français, titre régulièrement renouvelé jusqu'en 2023. Elle a sollicité le 7 août 2023 auprès du préfet de la Gironde le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté en date du 28 mai 2024, le préfet de la Gironde a opposé un refus à sa demande de renouvellement de son titre de séjour et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Madame D B, cheffe du bureau du séjour qui, par un arrêté du 29 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État n° 33-2024-080, mis en ligne sur le site Internet des services de l'État en Gironde, a reçu du préfet de la Gironde délégation pour signer, comme le précise le premier alinéa de l'article trois de cet arrêté, " (..) dans la limite de ses attributions, toutes décisions () prises en application des livres II, IV, VI et VIII (parties législative et réglementaire) du CESEDA ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué du 28 mai 2024 mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui le fondent en droit comme les considérations de fait, détaillées et circonstanciées à l'aune de la situation personnelle de la requérante, sur lesquelles le préfet a fondé son appréciation. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français ".

5. Il n'est pas contesté par la requérante qu'à la date du dépôt de sa demande de titre de séjour, soit le 7 août 2023, la communauté de vie avait cessée avec son époux de nationalité française. Alors même qu'elle fait valoir dans ses écritures que la rupture de cette communauté de vie aurait été provoquée par la violence de son époux à son égard qui l'aurait obligée à quitter le domicile, elle n'apporte à l'appui de ses affirmations aucune pièce ou témoignage permettant de l'établir. En outre, si elle se prévaut d'une procédure de divorce qui serait en cours elle n'apporte aucune précision ni aucune pièce établissant qu'elle aurait accompli des démarches en ce sens. La requérante ne peut dès lors soutenir que le préfet de la Gironde aurait, en édictant la décision attaquée qui se fonde sur la rupture de la communauté de vie entre les époux, commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et, ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Si la requérante allègue que ses deux sœurs dont l'une de nationalité française résident légalement en France, elle n'établit pas l'intensité de ses relations avec elles. En outre, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée récemment en France où elle a été autorisée à séjourner du fait de son mariage avec un ressortissant français et n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine bien qu'elle produise l'acte de décès de sa mère. Bien que l'exercice d'une activité professionnelle témoigne de sa volonté d'intégration, elle n'établit pas avoir transféré ses intérêts personnels et familiaux en France. De plus, si elle allègue qu'au cas de retour dans son pays d'origine elle risque d'être poursuivie pour l'activité politique de son père, elle n'apporte aucune pièce de nature à l'établir. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant l'arrêté attaqué. Le moyen doit dès lors être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 où siégeaient :

- M. Dominique Ferrari, président,

- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,

- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

K. C

Le président,

D. Ferrari

La greffière,

E. Souris

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,