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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404110

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404110

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantKAOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2024, sous le numéro 2404110, M. A B, représenté par Me Kaoula, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et témoignent d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet ne l'a pas invité à formuler des observations avant de prendre l'arrêté attaqué, en méconnaissance du droit d'être entendu, consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît l'autorité de la chose jugée ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 29 août 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, sous le numéro 2406014, M. A B, représenté par Me Kaoula, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet de la Dordogne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et témoigne d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet ne l'a pas invité à formuler des observations avant de prendre l'arrêté attaqué, en méconnaissance du droit d'être entendu, consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est illégale dès lors que la mesure d'éloignement ne peut être exécutée au regard de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Il ne présente aucun risque de fuite ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision attaquée méconnaît la liberté d'aller et de venir protégée par les articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Roussel Cera, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Roussel Cera, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Un mémoire, enregistré le 7 octobre 2024, après l'audience, a été produit par le préfet de la Dordogne dans l'instance 2406014 et n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, demande l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, de l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le même préfet l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours en vue de son éloignement du territoire français.

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent la situation d'un même ressortissant étranger. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête n°2404110 :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-algérien, et fait état de la situation personnelle et familiale de M. B, en particulier la présence en France de ses parents et de sa sœur, tous en situation irrégulière. L'arrêté expose également que l'intéressé ne justifie pas d'un emploi et de ressources et qu'il est défavorablement connu par les services de police. Le requérant a ainsi été mis à même d'en comprendre les motifs et de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. En outre, cette motivation révèle que le préfet a procédé à l'examen préalable de la situation de l'intéressé.

6. En deuxième lieu, il appartenait à M. B, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il estimait devoir être admis au séjour et de produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de sa demande. En outre, il lui était loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire utile quant à sa situation. Dès lors, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été invitée par le préfet de la Dordogne à formuler des observations avant de prendre les décisions refusant de lui accorder un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas de nature à permettre de la regarder comme ayant été privée du droit d'être entendu. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Dordogne aurait porté atteinte au principe général du droit de l'Union européenne, selon lequel toute personne a le droit d'être entendue préalablement à l'adoption d'une mesure individuelle l'affectant défavorablement, doit être écarté.

7. En troisième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet aurait dû examiner sa situation sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 435-1 du même code, dès lors que celles-ci ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Au demeurant, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a exercé en l'espèce le pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. En quatrième lieu, M. B déclare être entré en France en 2017, à l'âge de 13 ans, pendant la durée de validité du visa qui lui a été délivré par les autorités espagnoles. Il ressort des pièces du dossier que ses parents et sa sœur, tous de nationalité algérienne, font également l'objet d'arrêtés refusant de leur accorder un titre de séjour et leur faisant obligation de quitter le territoire français. La circonstance qu'il a travaillé trois mois en 2024 et qu'il se prévaut d'une promesse d'embauche n'est pas à elle seule de nature à lui donner droit à la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Dordogne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels a été pris l'arrêté attaqué. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

10. En sixième lieu, il est constant qu'une précédente décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été annulée par jugement du tribunal administratif de Pau du 23 janvier 2024 au motif d'une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Si la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Pau a estimé que les éléments invoqués par le préfet de la Dordogne ne suffisaient alors pas à caractériser une menace à l'ordre public, le requérant ne conteste pas qu'il a depuis lors fait l'objet d'une intervention des forces de police pour violence familiale avec, dans sa fuite, dégradation d'un véhicule de police. Compte tenu de ces nouveaux éléments, le préfet ne saurait être regardé comme ayant porté atteinte à l'autorité de la chose jugée en estimant, parmi d'autre motifs fondant l'arrêté attaqué, que M. B constitue une menace à l'ordre public.

11. Enfin, si le requérant soutient que son état de santé exige qu'il poursuive des soins en France, les ordonnances qu'il produit ne l'établissent pas.

Sur la requête n°2406014 :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

13. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait état de ce que M. B fait l'objet d'un arrêté daté du 5 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, qu'il n'est pas en mesure de justifier d'un document de voyage en cours de validité et qu'il convient de prévoir l'organisation matérielle du départ de l'intéressé. Le requérant a ainsi été mise à même d'en comprendre les motifs et de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté. Cette motivation révèle que le préfet a procédé à l'examen préalable de la situation de M. B.

14. En deuxième lieu, le droit d'être entendu n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Au demeurant, le requérant ne soutient pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle au prononcé de la mesure d'assignation à résidence contestée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

15. En troisième lieu, si l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " l'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ", cette condition, relative à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, est sans incidence sur la légalité de la décision assignant l'intéressé à résidence.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

17. L'assignation à résidence attaquée a été prise sur le fondement des dispositions, citées au point précédent, du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas contesté que le requérant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. La circonstance que le requérant a des garanties de représentation et ne présente aucun risque de fuite est sans incidence sur la légalité de cette décision.

18. Si M. B soutient que l'obligation de se présenter au commissariat de police de Bergerac les lundi, mercredi et vendredi entre 9h et 10h et celle d'être présent au lieu d'assignation à résidence tous les jours entre 6h et 8h l'empêcheraient d'honorer les engagements professionnels qu'il a conclus avec la mission locale, la première page, non datée, du formulaire Cerfa qu'il produit ne l'établit pas. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Dordogne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B.

19. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen à l'encontre de la décision attaquée dès lors que celle-ci a été prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il n'appartient pas à la juridiction administrative d'examiner la constitutionnalité. Au demeurant, les obligations rappelées au point 18 imposées à M. B ne portent pas une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Dordogne et à Me Kaoula.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. ROUSSEL CERA La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2-2406014

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