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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404260

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404260

lundi 10 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404260
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantDESMAISON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en régularisation, enregistrés les 8 et 12 juillet 2024, Mme A née H, représentée par Me Constance Desmaison, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de déterminer son entier préjudice résultant de sa prise en charge par le centre hospitalier de Villeneuve sur Lot du 17 septembre au 3 octobre 2022 et par les docteurs Georgi C et Marie-Michèle F.

La requérante soutient que l'expertise sollicitée est utile pour déterminer précisément les circonstances des séquelles liées à sa prise en charge, si des fautes ont été commises par le centre hospitalier de Villeneuve sur Lot et par les docteurs Georgi C et Marie-Michèle F, afin d'évaluer et chiffrer l'ensemble de ses préjudices.

Par deux mémoires enregistrés le 17 juillet 2024 et le 3 février 2025, la caisse primaire d'assurance maladie de Pau, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Lot et Garonne, indique au tribunal dans le dernier état de ses écritures qu'elle ne s'oppose pas à la désignation d'un expert sollicitée par Mme A, et demande au juge des référés de condamner le centre hospitalier de Villeneuve sur Lot, le docteur C et le docteur F à lui rembourser la somme de 4 415,40 euros correspondant au montant provisoire des prestations qu'elle a versées à son assurée en lien avec la prise en charge défaillante dont elle a été victime, ainsi que la somme de 1 212 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance 96-51 du 24 janvier 1996.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, le centre hospitalier de Villeneuve sur Lot, représenté par Me Cléa Caremoli, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les plus expresses protestations et réserves quant à la mise en cause de sa responsabilité, et demande que l'expert désigné soit compétent en chirurgie gynécologique. Il demande en outre que l'expertise sollicitée soit complétée et qu'elle soit ordonnée aux frais avancés de la requérante. Il demande enfin que les docteurs F et C soient mis hors de cause et que la CPAM soit déboutée de l'ensemble de ses demandes, à ce stade prématurées en l'absence de démonstration de la responsabilité du centre hospitalier de Villeneuve sur Lot.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. David Katz, vice-président, pour statuer sur

les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Le 4 septembre 2022, Madame A effectuait un test de grossesse, lequel s'avérait positif. Le 17 septembre 2022, elle consultait le docteur E au service de gynécologie du centre hospitalier de Villeneuve sur Lot, en raison de vives douleurs, lequel suspectait également une grossesse extra-utérine et un épanchement latéral gauche. Le docteur E procédait à une injection de méthotrexate, et Mme A était renvoyée à son domicile. Le 20 septembre 2022, Mme A était prise de violentes et anormales douleurs abdominales. Elle se rendait aux urgences du centre hospitalier de Villeneuve sur Lot. Elle réalisait une prise de sang et eu égard à l'augmentation des taux de BCG, le docteur C, gynécologue, lui administrait une seconde dose de méthotrexate. Le 21 septembre 2022, Madame A consultait le docteur F, laquelle concluait, au terme du rapport d'échographie pelvienne à une grossesse extra utérine avec épanchement minime. Une semaine plus tard, elle concluait à une absence de signe de rupture. Le 30 septembre 2022, Mme A ressentait de nouveau d'importantes douleurs. Le 1er octobre 2022, au vu de la persistance des douleurs, elle se rendait au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot. Mme A était prise en charge par le docteur B, lequel procédait à une échographie pelvienne et notait un " abdomen souple et indolore ". Il concluait à une possible constipation. Le 3 octobre 2022, Mme A consultait le docteur F, lequel constatait l'existence d'un épanchement minime. Le 5 octobre 2022, Mme A se rendait au centre hospitalier universitaire de Bordeaux en raison de violentes douleurs abdominales et de vomissements. Après avoir réalisé des examens, une prise en charge en urgence était réalisée, en vue d'une salpingectomie gauche par coelioscopie après échec de deux injections de méthotrexate intramusculaire. Mme A était transfusée avant de quitter le centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Après expertise amiable, la requérante demande au juge des référés de prescrire une expertise aux fins de déterminer la nature et l'étendue des séquelles dont elle demeure atteinte en relation directe et certaine avec sa prise en charge au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot et d'évaluer les éventuels préjudices qu'elle a subis, en lien direct avec cette prise en charge. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par la requérante, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la mise en cause des docteurs C et F:

3. Mme A demande que les opérations d'expertise soient effectuées au contradictoire des docteurs C et F. Or ces derniers exercent en qualité de praticiens hospitaliers au sein du centre hospitalier de Villeneuve sur Lot et n'exercent pas à titre libéral. De plus en l'absence d'acte détachable du service leur responsabilité personnelle ne saurait être mise en cause. Il n'y a donc pas lieu de mettre en cause les docteurs C et F.

Sur la demande indemnitaire présentée par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau Pyrénées :

4. Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Lot-et-Garonne, tendant à la condamnation du centre hospitalier de Villeneuve sur Lot, du docteur C et du docteur F à lui rembourser la somme de 4 415,40 euros correspondant au montant provisoire des prestations qu'elle a versées à son assurée en lien avec la prise en charge défaillante dont elle a été victime, saisissent le juge des référés de questions relevant exclusivement de la compétence du juge du fond, et sont manifestement irrecevables dans le cadre de la présente instance. Dès lors, elles doivent être rejetées.

5. Pour le même motif, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie, tendant à la condamnation du centre hospitalier de Villeneuve sur Lot, du docteur C et du docteur F à lui verser la somme de 1 212 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996, ne peuvent qu'être rejetées devant le juge de référés

Sur les frais d'expertise :

6. Conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge des référés, mais au seul président de la juridiction administrative, lorsqu'il fixe les frais et honoraires de l'expertise, de désigner celle des parties qui devra s'en acquitter. Dès lors les conclusions présentées à ce titre par le centre hospitalier de Villeneuve sur Lot doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur G D, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier de Villeneuve sur Lot ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot du 17 septembre au 3 octobre 2022, les conditions dans lesquelles elle a été pris en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot du 17 septembre au 3 octobre 2022 ;

3°) de donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Villeneuve sur Lot ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements médicaux, des manquements de soins ou des manquements dans l'organisation des services ont été commises lors des prises en charge de Mme A; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; dire si la mauvaise prise en charge de Mme A était inévitable pour n'importe quel opérateur normalement diligent ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications dont elle souffre depuis sa prise en charge au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot du 17 septembre au 3 octobre 2022 ;

5°) de donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot du 17 septembre au 3 octobre 2022 ;

6°) de donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme A une chance sérieuse de guérison suite à ses prises en charge au centre hospitalier au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

7°) de dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme A a été informée de la nature des soins qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme A a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant les soins si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

8°) de dire si l'état de Mme A a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°) d'indiquer à quelle date l'état de Mme A peut être considérée comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) de dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice sexuel, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

12°) de donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme A et si le cas échéant l'aide d'une tierce personne à domicile est nécessaire ainsi que des soins postérieurs à la consolidation des blessures.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme A, le centre hospitalier de Villeneuve sur Lot et la caisse primaire d'assurance maladie de Pau.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert communiquera aux parties les conclusions qu'il envisage de tirer des constatations auxquelles il a procédé. Cette communication sera réalisée par la transmission d'un pré-rapport ou selon toute autre modalité équivalente. Après avoir accordé aux parties un délai leur permettant de faire valoir leurs observations, l'expert recueillera et consignera leurs dires dans un rapport définitif. Il déposera le rapport définitif au greffe par voie électronique dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, au centre hospitalier de Villeneuve sur Lot, à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau, aux docteurs C et F et au docteur G D, expert.

Fait à Bordeaux, le 10 février 2025.

Le juge des référés,

David Katz

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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