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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406090

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 24 septembre 2024 plaçant M. C à l'isolement au centre de détention de Neuvic-sur-l'Isle. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, l'administration ayant fait valoir des circonstances particulières liées au profil du détenu et à la nécessité de préserver l'ordre et la sécurité dans l'établissement. Il a également considéré qu'aucun des moyens soulevés, tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte ou de l'erreur manifeste d'appréciation, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Testelin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 24 septembre 2024 par laquelle le directeur du centre de détention de Neuvic-sur-l'Isle l'a placé à l'isolement jusqu'au 20 décembre 2024 ;

2°) de prescrire toute mesures nécessaires à la sauvegarde des libertés fondamentales auxquelles il est porté une atteinte grave et manifestement illégale, en le réintégrant en détention ordinaire ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée préjudicie de façon grave, immédiate et sérieuse à sa situation ; cette décision a pris effet dès le 20 septembre 2024 et se poursuivra jusqu'au 20 décembre 2024 ;

* il existe un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :

* elle est signée d'une autorité incompétente ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle ne répond pas aux exigences de motivation posées par l'article L. 213-8 du code pénitentiaire ni à la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues ; les motifs tirés de la lourde condamnation à 10 années d'emprisonnement, le risque d'évasion, l'organisation d'un trafic de stupéfiants, de l'impératif de sécurité ou de protection sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie : la décision de placement à l'isolement a été prise au regard de circonstances particulières, liées au profil du requérant ainsi qu'à la nécessité de préserver l'ordre public et, d'autre part, n'emporte pas de conséquence sur ses conditions de détentions autre que celles liées à l'application stricte de ce régime de détention ; en outre, un intérêt public s'attache à l'exécution sans délai de cette mesure, compte tenu en particulier des risques pour la sécurité de l'établissement et des personnes ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé : M. B, chef des services pénitentiaires était compétent ; la mesure n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors d'au regard des circonstances particulières de l'espèce, son placement à l'isolement est le meilleur moyen permettant d'assurer le bon ordre et la sécurité au sein de l'établissement ; la circonstance qu'il aurait fait preuve d'un bon comportement en détention est sans incidence.

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n° 2406089 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- l'ordonnance n°2406085 de la juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux en date du 3 octobre 2024.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le mercredi 16 octobre 2024 à 10h00 :

- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;

- les observations de Me Nougaret, pour M. C ;

Le garde des sceaux, ministre de la justice n'étant ni présent ni représenté ;

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est incarcéré au centre de détention de Neuvic-sur-l'Isle (24) depuis le 6 décembre 2023. Par une décision du 24 septembre 2024, le directeur de l'établissement a ordonné son placement à l'isolement jusqu'au 20 décembre 2024. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

3. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article 726-1 du code de procédure pénale, portent en principe, sauf à ce que l'administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article.

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. C et tels qu'analysés dans les visas ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision du 24 septembre 2024 ordonnant son placement à l'isolement. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension de l'exécution de cette décision, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, doivent être rejetées.

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2406090 de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie sera adressée pour information au centre de détention de Neuvic-sur-L'Isle et à Me Testelin.

Fait à Bordeaux, le 17 octobre 2024.

Le juge des référés, La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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