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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406166

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406166

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406166
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP BAYLE JOLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024, Aquitanis, office public de l'habitat de la Communauté urbaine de Bordeaux, représenté par Me Thierry Mirieu de Labarre demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de décrire l'ensemble des désordres en particulier d'infiltrations de l'immeuble mitoyen situé au 47 rue Carpenteyre et résultant des travaux de démolition partielle et de réhabilitation partielle et d'agrandissement par construction de nouveaux bâtiments appartenant à Aquitanis, de déterminer les causes de ces désordres, de déterminer et chiffrer les travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés et d'évaluer les préjudices.

Il soutient que :

- les travaux se sont déroulés du 19 décembre 2014 au 24 janvier 2017 date de la déclaration d'achèvement des travaux.

- il a confié la maîtrise d'œuvre aux sociétés Betyle, Why Architecture, Freelance Etudes et AIA Ingénierie.

- le titulaire du gros œuvre VRD est la société SECMA.

- le titulaire du lot 3A : charpente bois couverture tuiles est la société Lamecol ;

- le titulaire du lot 4 et 5 : couverture métallique, bardage, ossature métallique, serrurerie est la société EGM.

Le Syndicat des Copropriétaires de l'immeuble mitoyen situé au 47 rue Carpenteyre à Bordeaux (33000) a fait fonctionner en 2017 une Déclaration de Sinistre à la dommage ouvrage, laquelle a fait fonctionner une expertise, laquelle a conclu que les désordres provenaient de remontées capillaires venant de l'immeuble voisin (celui d'Aquitanis), d'une exposition du mur séparatif aux eaux de pluie (côté Aquitanis) sur environ la moitié de sa longueur, et d'un mauvais exutoire de descente d'eaux pluviales des constructions Aquitanis qui ne se déverse pas dans un conduit de récupération, mais directement à même le sol, au pied dudit mur, ce qui provoque les remontées capillaires.

Aucune suite n'a été donnée à ce rapport d'expertise dommage ouvrage.

Dans le courant de l'année 2023, le Syndicat des Copropriétaires du 47 rue Carpenteyre a été amené à se plaindre à nouveau de phénomènes semblables, il a fait effectuer un constat d'huissier en date du 18 juillet 2023. Par assignation en référé du 20 septembre 2023, le Syndicat des Copropriétaires a dès lors assigné son voisin, Aquitanis, et ce en référé aux fins d'expertise. Par Ordonnance de Référé en date du 13 novembre 2023, le Tribunal Judiciaire de Bordeaux a désigné comme expert M. A C, avec la mission d'examiner ces désordres leurs causes et le coût de leurs réparations.

Aquitanis est en droit de se retourner contre les constructeurs pour les désordres occasionnés à l'immeuble mitoyen et engageant sa responsabilité ;

- s'agissant de difficultés d'exécution d'une commande publique, l'expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est utile dans le cadre d'un litige ultérieur devant le juge du fond dans le cadre d'une action liée à l'exécution ou dans le cadre d'une action indemnitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024 les sociétés AIA Ingénierie, Why Architecture et Freelance Etudes déclarent s'associer à la demande d'expertise judiciaire sollicitée, font part de leurs protestations et réserves d'usage et déclarent qu'elles rechercheront la responsabilité des constructeurs ainsi que la garantie de leurs assureurs respectifs. Elles demandent en outre que la mission de l'expert comprenne une proposition d'un apurement des comptes entre les parties ainsi qu'un pré-rapport. Elles demandent enfin au juge des référés d'enjoindre l'ensemble des constructeurs assignés à produire avant l'ouverture des opérations de l'expert qui sera désigné, les attestations d'assurance de leurs assureurs respectifs d'une part au moment de la Déclaration d'Ouverture de Chantier et d'autre part au moment de la délivrance de l'assignation du requérant pour permettre d'identifier celui ayant éventuellement vocation à mobiliser ses garanties en fonction de la nature des désordres et que les dépens soient réservés.

La requête a été communiquée aux société SECMA, Lamecol, EGM et Betyle qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. David Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Aquitanis a confié la maîtrise d'œuvre de la démolition partielle, de la réhabilitation partielle et de l'agrandissement de son immeuble sis au 43 rue Carpenteyre à Bordeaux (33000) par construction de nouveaux bâtiments aux sociétés Betyle, Why Architecture, Freelance Etudes et AIA Ingénierie.

- le titulaire du gros œuvre VRD est la société SECMA.

- le titulaire du lot 3A : charpente bois couverture tuiles est la société Lamecol ;

- le titulaire du lot 4 et 5 : couverture métallique, bardage, ossature métallique, serrurerie est la société EGM.

Le Syndicat des Copropriétaires de l'immeuble mitoyen situé au 47 rue Carpenteyre a fait fonctionner en 2017 une Déclaration de Sinistre à la dommage ouvrage, laquelle a fait fonctionner une expertise, laquelle a conclu que les désordres provenaient de remontées capillaires venant de l'immeuble voisin (celui d'Aquitanis), d'une exposition du mur séparatif aux eaux de pluie (côté Aquitanis) sur environ la moitié de sa longueur, et d'un mauvais exutoire de descente d'eaux pluviales des constructions Aquitanis qui ne se déverse pas dans un conduit de récupération, mais directement à même le sol, au pied dudit mur, ce qui provoque les remontées capillaires.

Aucune suite n'a été donnée à ce rapport d'expertise dommage ouvrage.

Dans le courant de l'année 2023, le Syndicat des Copropriétaires a été amené à se plaindre à nouveau de phénomènes semblables, il a fait effectuer un constat d'huissier en date du 18 juillet 2023. Par assignation en référé du 20 septembre 2023, le Syndicat des Copropriétaires a dès lors assigné son voisin, Aquitanis, et ce en référé aux fins d'expertise. Par Ordonnance de Référé en date du 13 novembre 2023, le Tribunal Judiciaire de Bordeaux a désigné comme expert M. A C, avec la mission d'examiner ces désordres leurs causes et le coût de leurs réparations.

3. Aquitanis sollicite, par la présente requête, l'organisation d'une expertise aux fins de décrire l'ensemble des désordres en particulier d'infiltrations de l'immeuble mitoyen situé au 47 rue Carpenteyre (33000 Bordeaux) et résultant des travaux de démolition partielle et de réhabilitation partielle et d'agrandissement par construction de nouveaux bâtiments appartenant à Aquitanis au 43 rue Carpenteyre (33000 Bordeaux), de déterminer les causes de ces désordres, de déterminer et chiffrer les travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés et d'évaluer les préjudices. La mesure d'expertise sollicitée, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à la demande d'Aquitanis et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à ce que l'expert propose un apurement de compte entre les parties :

4. Le juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, ne peut confier pour mission à l'expert de procéder à l'apurement des comptes entre les parties, dès lors qu'une telle mission impliquerait de sa part une appréciation sur l'étendue des droits des parties qu'il n'appartient qu'au juge de porter. L'expert pourra, en revanche, sans arrêter lui-même les comptes, fournir un avis technique à leur sujet, à partir des éléments de fait déjà constatés par ses soins. Sous cette réserve, il convient donc de faire droit à la demande des sociétés AIA Ingénierie, Why Architecture et Freelance Etudes, dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur la demande d'injonction formulée à l'encontre des constructeurs de produire leurs attestations d'assurance.

5. En l'état de l'instruction, la production des attestations d'assurance par les constructeurs ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de les solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ces documents.

O R D O N N E

Article 1er : M. D B, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se rendre sur les lieux ; d'entendre les parties et tous sachants ; de prendre connaissance de tous documents utiles, notamment les pièces contractuelles, à la bonne fin de l'expertise ;

2°) de dresser un état descriptif technique et qualitatif précis des travaux réalisés ; de dire si ces travaux présentent des dégradations, vices ou désordres ;

3°) de décrire l'ensemble de désordres affectant cet ouvrage, en particulier en ce qui concerne les infiltrations de l'immeuble mitoyen situé au 47 rue Carpenteyre à Bordeaux (33000), de déterminer leur date d'apparition ; de dire s'ils compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination ; préciser si ces désordres sont évolutifs ; dire si des désordres actuellement non apparents sont susceptibles de survenir, en indiquant le degré de probabilité et les délais vraisemblables d'une telle éventualité ;

4°) de déterminer les causes de ces désordres, en précisant si et, le cas échéant, dans quelle mesure, ils sont imputables à des erreurs de conception, à des déficiences dans l'exécution ou le contrôle des travaux ou à toute autre cause ; de dire si les travaux ont été conduits conformément aux documents contractuels et aux règles de l'art ; En cas de pluralité de causes, déterminer la part imputable à chacune d'entre elles (pourcentage) ;

5°) de déterminer et chiffrer les travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés, en précisant la plus-value éventuelle apportée par ces travaux ;

6°) d'évaluer les préjudices de toute nature, directs ou indirects, matériels ou immatériels subis par Aquitanis et par les copropriétaires de l'immeuble mitoyen situé au 47 rue Carpenteyre, en conséquence directe et certaine des désordres relevés ou pouvant résulter des travaux de remise en état ;

7°) de dire si des travaux urgents sont nécessaires soit pour empêcher l'aggravation des désordres et du préjudice qui en résulte, soit pour prévenir les dommages aux biens ; dans l'affirmative, de décrire ces travaux de sauvegarde nécessaires et d'en faire une estimation sommaire ; de dire, le cas échéant, si les éventuels travaux de reprise entraînent une plus-value ou une amélioration de l'ouvrage, et la chiffrer ;

8°) de recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.

9°) d'une façon générale, de recueillir tout élément et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Aquitanis, la société SECMA, la société Lamecol, la société EGM, la société Betyle, la société Whyarchitecture, la société Freelance Etudes et la société AIA Ingénierie.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert communiquera aux parties les conclusions qu'il envisage de tirer des constatations auxquelles il a procédé. Cette communication sera réalisée par la transmission d'un pré-rapport ou selon toute autre modalité équivalente. Après avoir accordé aux parties un délai leur permettant de faire valoir leurs observations, l'expert recueillera et consignera leurs dires dans un rapport définitif. Il déposera le rapport définitif au greffe par voie électronique dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Aquitanis, à la société SECMA, à la société Lamecol, à la société EGM, à la société Betyle, à la société Whyarchitecture, à la société Freelance Etudes, à la société AIA Ingénierie et à M. D B, expert.

Fait à Bordeaux, le 16 janvier 2025.

Le juge des référés,

David Katz

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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