Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406189
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406189 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. B C A, représenté par Me Crescence Marie France, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision du 5 juin 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié l'obligation de quitter son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la décision à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui restituer son droit à l'allocation de demandeur d'asile sans réduction de montant et de le reloger dans un hébergement de demandeur d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 700 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il y a urgence dès lors qu'il est privé de logement et se retrouve à la rue, qu'il a vu son allocation pour demandeur d'asile réduite de moitié, qu'il est en situation de vulnérabilité compte tenu de son état de santé ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît le principe de présomption d'innocence de l'article 48-1 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur de faits en l'absence de comportement violent ;
- elle méconnaît son droit au respect de la dignité humaine ;
- elle méconnaît l'interdiction d'être soumis à la torture et à des traitements dégradants posée par l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2404944 du 4 août 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé une demande d'asile le 13 février 2024. Il a bénéficié d'un hébergement au centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) APARE de Périgueux et de l'allocation pour demandeur d'asile. Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 5 juin 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié l'obligation de quitter son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.
3. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 3 août 1980, de nationalité nigériane, seul et sans enfant, a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Gironde, enregistrée le 13 février 2024 et qu'il a accepté le 3 mai 2024 les conditions matérielles d'accueil proposées l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il résulte de l'article 5 de son contrat d'hébergement que " au cours de l'instruction de votre demande d'asile, l'OFII peut prendre une décision de sortie entrainant la résiliation du présent contrat, dans les cas suivants : () si vous avez un comportement violent ou si vous commettez un manquement grave au règlement de fonctionnement. Dans ces cas, vous devez quitter le lieu d'hébergement sans délai (). ". C'est précisément au motif du comportement violent qui lui est reproché que M. A s'est vu retiré le bénéfice de son hébergement pour demandeur d'asile.
5. En premier lieu, par une décision du 9 juillet 2024, l'Office français de protection de réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile de M. A. Si l'intéressé prétend avoir contesté cette décision, cette affirmation n'est corroborée par aucune des pièces du dossier.
6. En deuxième lieu, si M. A se trouve privé de logement et obligé de vivre dans la rue depuis que l'accès au CADA ne lui a plus été autorisé à compter du 5 juin 2024, l'intéressé, qui ne démontre pas avoir sollicité d'autres formes d'hébergement d'urgence ou avoir appelé le 115, n'a introduit le présent recours en référé suspension que le 4 octobre 2024, soit quatre mois après son éviction de son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile.
7. En troisième lieu, si M. A soutient être en état de vulnérabilité compte tenu de son état de santé, il ressort des pièces du dossier que les motifs de sa consultation au service des urgences du centre hospitalier Robert Ballanger le 16 septembre 2024 ne présentaient aucun caractère de gravité, que son opération à l'œil est antérieure à la décision et qu'il n'y en a aucune trace sur les photographies récentes produites par le requérant et destinées à démonter qu'il vit à la rue. Enfin, il n'est ni démontré ni même sérieusement soutenu que M. A ne pourrait faire l'objet d'un suivi médical ou hospitalier ou suivre son traitement pour hypertension alors même qu'il ne dispose plus de son hébergement pour demandeur d'asile. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas d'un état de vulnérabilité exigeant qu'il soit statué à brève échéance sur sa requête.
8. En dernier lieu, il ressort en effet des pièces du dossier que son allocation, qui n'a pas été supprimée, a été réduite de moitié. L'allocation qui lui est maintenue répond aux besoins en alimentaire et en hygiène, à l'exclusion de la partie correspondant à l'hébergement, en cohérence avec le motif de la décision.
9. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas établie. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions de M. A aux fins de suspension, ainsi que celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte.
10. Enfin, et en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2406189 de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A.
Fait à Bordeaux, le 8 octobre 2024.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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