Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406277
vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 18 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Mindren, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution des décisions du 12 et du 13 septembre 2024 par lesquelles il n'a pas été fait droit à sa demande de saisine du recteur pour la mise en œuvre des dispositions du troisième aliéna de l'article L. 612-6 du code de l'éducation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche de saisir le recteur de l'académie aux fins de mise en œuvre des dispositions combinées des articles L. 612-6 et R. 612-36-3 du code de l'éducation dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et, en cas de refus d'aide juridictionnelle, sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il se trouve sans master pour poursuivre le cursus qu'il avait entamé malgré de nombreuses diligences entreprises pour entrer en master de droit et alors même qu'il a été diligent dans la saisine des services du recteur ; eu égard à la circonstance que l'année universitaire a débuté, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; les décisions sont entachées d'incompétence en ce qu'elles n'émanent pas du recteur de région académique ; les décisions contestées méconnaissent l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elles ne font pas apparaitre les noms et qualité de leur auteur ; les décisions méconnaissent les articles L. 612-6 et R. 612-36-3 du code de l'éducation dès lors qu'il est titulaire d'un bachelor en management international, diplôme reconnu comme validant 180 crédits ECTS, conférant le grade de licence ; les articles L. 612-6 et R. 612-36-3 du code de l'éducation méconnaissent les principes d'égalité et de non-discrimination car ils opèrent une distinction entre les étudiants titulaires du diplôme national de licence et ceux titulaires d'un diplôme conférant le grade de licence ; les décisions contestées violent le principe d'égalité.
Par un mémoire distinct, enregistré le 9 octobre 2024, qui n'a pas été communiqué, M. B, représenté par Me Mindren, en application des article 23-1 à 23-3 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, demande au juge des référés de renvoyer au Conseil d'Etat la question de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l'article L. 612-6 du code de l'éducation.
Par un mémoire enregistré le 18 octobre 2024, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les étudiants titulaires d'un diplôme national de licence se trouvent au regard de l'objet de l'article L. 612-6 du code de l'éducation, dans une situation différente de ceux titulaires du diplôme d'établissement conférant le grade de licence.
Par un mémoire enregistré le 18 octobre 2024, l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.
Vu :
- la requête enregistrée le 9 octobre 2024 sous le n° 2406275 par laquelle M. B demande l'annulation des décisions contestées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le vendredi 18 octobre 2024 à 14h30, en présence de Mme Souris, greffière d'audience, Mme Gay a lu son rapport et entendu :
- Me Mindren, pour M. B, qui confirme ses écritures ;
- Mme A, représentant l'académie de Bordeaux, qui confirme ses écritures.
La clôture de l'instruction a eu lieu à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, titulaire du diplôme de " bachelor " en marketing et commercialisation, obtenu auprès de l'ESSCA à l'issue de l'année universitaire 2023-2024, a sollicité son admission en première année de master mention " droit notarial " à l'université de Bordeaux. Par une décision du 31 juillet 2024, le président de l'université de Bordeaux a rejeté sa demande. M. B a formé un recours gracieux contre cette décision de refus, par un courrier du 17 septembre 2024, reçu le 24 septembre 2024, ainsi que par un message du 20 septembre 2024, auquel il a été répondu le 23 septembre 2024. M. B a sollicité la saisine du recteur de l'académie de Bordeaux en application du troisième alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'éducation. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions des 12 et 13 septembre 2024 rejetant sa demande.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution des décisions attaquées :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. La décision rejetant la demande de M. B de saisir le recteur de l'académie de Bordeaux en application du troisième alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'éducation, fait obstacle à la poursuite des études de M. B, titulaire du grade de licence, alors qu'il avait entrepris de nombreuses diligences pour candidater en master de droit. De plus, M. B n'a pas manqué de diligence en saisissant le recteur de l'académique de Bordeaux eu égard à la date de la décision par laquelle l'université de Bordeaux a rejeté son recours gracieux dirigé contre la dernière décision de refus d'inscription en master du 31 juillet 2024. Ainsi, les décisions des 12 et 13 septembre 2024 dont M. B demande la suspension, doivent être regardées comme préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation et aux intérêts qu'il entend défendre. Dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'éducation : " Les formations du deuxième cycle sont ouvertes aux titulaires des diplômes sanctionnant les études du premier cycle ainsi qu'à ceux qui peuvent bénéficier du livre IV de la sixième partie du code du travail ou des dérogations prévues par les textes réglementaires. / Les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil pour l'accès à la première année du deuxième cycle. L'admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat. / Cependant, s'ils en font la demande, les titulaires du diplôme national de licence sanctionnant des études du premier cycle qui ne sont pas admis en première année d'une formation du deuxième cycle de leur choix conduisant au diplôme national de master malgré plusieurs demandes d'admission se voient proposer l'inscription dans une formation du deuxième cycle en tenant compte de leur projet professionnel et de l'établissement dans lequel ils ont obtenu leur licence, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat pris après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche () ". Aux termes de l'article R. 612-36-3 du même code : " I. Un étudiant titulaire du diplôme national de licence qui, au titre d'une année universitaire, n'a reçu aucune réponse positive à ses candidatures en première année d'une formation conduisant au diplôme national de master et qui n'est pas placé sur liste d'attente dans le cadre de la procédure dématérialisée prévue à l'article D. 612-36-2 peut saisir le recteur de la région académique dans laquelle il a obtenu son diplôme national de licence en vue de la mise en œuvre des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 612-6. () / L'étudiant saisit le recteur de région académique, par l'intermédiaire d'un téléservice national créé à cet effet par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur, dans un délai de quinze jours : () / 2° A compter de la notification de la dernière décision de refus opposée à ses candidatures à une inscription dans une formation conduisant au diplôme national de master dans le cas où celle-ci intervient postérieurement à la date d'obtention de son diplôme national de licence (). / Le recteur de région académique présente à l'étudiant qui remplit les conditions de saisine, après accord des chefs d'établissement concernés, au moins trois propositions d'admission dans une formation conduisant au diplôme national de master () ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions () ".
9. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration sont de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au recteur de l'académie de Bordeaux de réexaminer la demande de M. B dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Mindren, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution des décisions des 12 et 13 septembre 2024 est suspendue.
Article 3 : Dans l'attente du jugement du tribunal se prononçant sur l'affaire au fond, il est enjoint au recteur de l'académie de Bordeaux de réexaminer la demande de M. B dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Mindren en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche et à l'académie de Bordeaux.
Fait à Bordeaux, le 18 octobre 2024.
La juge des référés, La greffière,
N. Gay E. Souris
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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