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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406556

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406556

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406556
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme D qui demandait l'admission immédiate de sa fille handicapée au SESSAD "Saute-mouton". Le juge rappelle que le droit à l'éducation et à la prise en charge des enfants handicapés, garanti par le Préambule de la Constitution de 1946, le code de l'éducation et le code de l'action sociale et des familles, impose à l'État de prendre les mesures nécessaires à son effectivité. Cependant, la solution retenue est un rejet de la requête, l'ordonnance se bornant à exposer le cadre juridique sans constater d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale justifiant une mesure d'injonction en urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2024, Mme A D, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure, C B, a demandé au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de prendre toute disposition pour l'admission immédiate de sa fille, C B au sein du service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) " Saute-mouton ", sous astreinte de un euro par jour de retard à compter de la décision à intervenir.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que chaque jour sans prise en charge par le SESSAD aggrave la situation de son enfant, tant sur le scolaire que sur le plan santé psychologique ;

- le non-respect de la notification de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) par les services compétents, constitue une carence manifeste à l'administration, entrainant une atteinte grave et illégale aux libertés fondamentales de son enfant, notamment son droit à l'éducation et aux soins adaptés à sa situation de handicap, tel que garanti par l'article L. 111-1 du code de l'éducation et par la convention relative aux droits des personnes handicapées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. D'une part, l'égal accès à l'instruction est garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958. Ce droit, confirmé par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est en outre rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, qui énonce que : " le droit à l'éducation est garanti à chacun ". L'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction est mise en œuvre par les dispositions de l'article L. 131-1 de ce code, aux termes desquelles : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ", ainsi que par celles de l'article L. 112-1 du même code qui prévoient : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant () ". L'article L. 112-2 de ce code prévoit qu'afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant handicapé se voit proposer un projet personnalisé de formation, l'article L. 351-1 du même code désigne les établissements dans lesquels sont scolarisés les enfants présentant un handicap, et l'article L. 351-2 de ce code prévoit que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées désigne les établissements correspondant aux besoins de l'enfant en mesure de l'accueillir et que sa décision s'impose aux établissements. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le droit à l'éducation étant garanti à chacun, quelles que soient les différences de situation et, d'autre part, que l'obligation scolaire s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants en situation de handicap ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Ainsi, il incombe à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, et, le cas échéant, de ses responsabilités à l'égard des établissements sociaux et médico-sociaux, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires afin que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 114-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l'accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. " Aux termes de l'article L. 114-1-1 du même code : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. / Cette compensation consiste à répondre à ses besoins, qu'il s'agisse () de la scolarité, de l'enseignement, de l'éducation, de l'insertion professionnelle () de places en établissements spécialisés, des aides de toute nature à la personne ou aux institutions pour vivre en milieu ordinaire ou adapté, ou encore en matière d'accès aux procédures et aux institutions spécifiques au handicap () ". Aux termes de l'article L. 246-1 de ce code : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. / Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social () ". Ces dispositions imposent à l'Etat et aux autres personnes publiques chargées de l'action sociale en faveur des personnes handicapées d'assurer, dans le cadre de leurs compétences respectives, une prise en charge effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état comme à l'âge des personnes atteintes du syndrome autistique.

4. Si une carence dans l'accomplissement de ces missions est de nature à engager la responsabilité des autorités compétentes, elle n'est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, que si elle est caractérisée, au regard notamment des pouvoirs et des moyens dont disposent ces autorités, et si elle entraîne des conséquences graves pour la personne atteinte d'un syndrome autistique, compte tenu notamment de son âge et de son état. En outre, le juge des référés ne peut intervenir, en application de cet article, que pour prendre des mesures justifiées par une urgence particulière et de nature à mettre fin immédiatement ou à très bref délai à l'atteinte constatée.

5. En premier lieu, par une délibération du 13 décembre 2021 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), siégeant au sein de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Gironde, C B, née le 15 mars 2018, a été orientée vers un service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD), puis, par délibération du 7 mars 2024, vers un institut médico-éducatif (IME) du 7 mars 2024 au 31 août 2028 et vers un SESSAD du 1er septembre 2027 au 31 août 2028. Par un courrier du 3 octobre 2023, le SESSAD Saute-mouton, situé à Talence, a informé Mme A D, mère de C B, de l'absence de places disponibles et de l'inscription de son enfant sur liste d'attente. Il l'a, par ailleurs, invitée à se rapprocher du SESSAD Burdigala à Bordeaux. Mme D fait valoir, au titre des circonstances caractérisant une situation d'urgence, que chaque jour sans prise en charge par le SESSAD aggrave la situation de son enfant, sans préciser les conditions actuelles d'accueil de sa fille, ni des diligences qu'elle aurait effectuées pour la prise en charge de sa fille dans un IME ou autre SESSAD, comme le SESSAD Burdigala à Bordeaux ainsi que le recommandait le SESSAD Saute-mouton dans sa lettre du 3 octobre 2023. En invoquant ces seules circonstances et en l'absence de tout élément permettant de démontrer que la poursuite d'une scolarité n'est pas adaptée au handicap de la jeune C B et conduit à une dégradation de son état de santé, elle ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'extrême urgence telle qu'elle implique qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

6. En second lieu, les mesures que Mme D demande au juge des référés de prendre, qui se limitent à ordonner que sa fille C B soit admise dans le SESSAD Saute-Mouton de Talence, appellent soit la création d'une place nouvelle qui excède l'office du juge des référés, qui ne peut prescrire que des mesures à caractère provisoire et susceptibles d'être mises en œuvre à très bref délai. Il n'entre pas davantage dans son office d'ordonner l'admission de C dans un SESSAD qui est au maximum de sa capacité d'accueil, sauf à prendre le risque de dégrader la qualité du service rendu aux personnes handicapées d'ores et déjà accueillies dans cet établissement et à créer un passe-droit vis-à-vis des autres enfants en liste d'attente. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies. La requérante doit être invitée à reprendre l'attache des services compétents pour rechercher, quitte à élargir ses souhaits géographiques, une solution globale permettant, dans l'attente de la libération d'une place au SESSAD Saute-mouton, d'assurer la meilleure prise en charge possible de C eu égard à son handicap.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de Mme A D.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2406556 présentée par Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D.

Fait à Bordeaux, le 23 octobre 2024.

La juge des référés,

N. Gay

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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