vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2406568 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LAVALLÉE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Lavallée, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il va perdre son emploi s'il ne communique pas à son employeur un récépissé de demande de titre de séjour avant le 31 octobre 2024, ce qui compromet le bon déroulement de sa formation et la délivrance de son titre de séjour ;
- en s'abstenant de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour conformément à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent la liberté d'aller et venir et la liberté du travail.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le vendredi 25 octobre 2024 à 10 heures, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, Mme Gay a lu son rapport et entendu :
- Me Lavallée représentant M. B, qui confirme ses écritures ;
- Mme D, représentant le préfet de la Gironde, qui conclut au rejet de la requête ; elle indique que la lutte contre la fraude documentaire justifie les investigations nécessaires à la recherche de l'identité et de l'âge du requérant qui a été convoqué deux fois, les 27 juin et 17 septembre 2024, aux fins de produire les documents nécessaires à l'instruction de sa demande de titre de séjour ; à la suite de la prise des empreintes de M. B, le 27 juin 2024, un document visabio a permis de douter de l'identité du requérant dès lors qu'une demande de visa a été effectuée par M. C B né le 20 juin 2000 et non le 22 juillet 2005, ainsi que l'indiquent les documents d'identité produits à l'appui de sa demande de titre de séjour ; les documents d'identité produits par M. B le 17 septembre 2024 ont d'ailleurs été retenus par la section fraude de la préfecture pour vérification d'authenticité, ainsi que l'atteste le bordereau d'envoi daté du 19 septembre 2024 ; ces investigations ne remettent pas en cause l'autorité de la chose jugée par le juge judiciaire lors du placement de M. B auprès de l'aide sociale à l'enfance, des éléments postérieurs à ces ordonnances peuvent être pris en compte pour révéler une fraude documentaire ; les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'instaurent un droit à bénéficier d'un récépissé de demande de titre de séjour que pour les personnes admises à souscrire une demande de titre de séjour, lorsque leur dossier est complet ; peut-être regardé comme incomplet, un dossier dans lequel la personne ne peut justifier de son identité (CAA Lyon, 21 septembre 2023 22LY03469) ou une personne qui produit de faux documents d'identité ou pour laquelle il existe un doute sur son identité (CAA 28 mai 2015 15LY00169).
Vu les pièces produites par le préfet de la Gironde et communiquées au cours de l'audience à Me Lavallée représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 22 juillet 2005, de nationalité ivoirienne, est entré en France mineur, et a été placé à l'aide sociale à l'enfance de la Gironde à compter du 28 juin 2022. Le 4 mars 2024, il a déposé une première demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure particulière instituée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé une demande de titre de séjour en qualité de " jeune confié aux services de l'aide sociale à l'enfance " le 4 mars 2024 et qu'il a communiqué les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande de titre de séjour après avoir été convoqué à deux reprises au sein des services de la préfecture de la Gironde les 27 juin et 17 septembre 2024. M. B est titulaire d'un contrat d'apprentissage en vue de la préparation du certificat d'aptitude professionnelle de boulanger, conclu avec l'entreprise Carrefour Hypermarchés de Libourne, du 29 juillet 2024 au 28 juillet 2025. Il résulte notamment de la lettre datée du 1er octobre 2024, et remise en main propre le même jour, que l'entreprise Carrefour hypermarché à Libourne, a suspendu son contrat de travail à compter du 2 octobre 2024 et lui a laissé jusqu'au 31 octobre 2024 pour communiquer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler sous peine d'envisager une convocation à un entretien préalable à un éventuel licenciement. En l'absence de toute ressource en raison de la suspension de son contrat de travail et en présence d'un risque avéré d'être licencié au 31 octobre 2024, M. B est fondé à soutenir que la condition d'urgence particulière prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative est remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et illégale à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé correspondant, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Un doute quant au caractère authentique du document justifiant de l'état civil et de la nationalité du demandeur ne peut conduire le préfet à considérer que le dossier est incomplet.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour le 4 mars 2024, M. B a été convoqué les 27 juin et 17 septembre 2024 afin qu'il puisse communiquer les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande de titre de séjour. Ainsi, le 17 septembre 2024, il produisait un passeport n° 23AL73216 valable jusqu'au 11 octobre 2028, une copie intégrale d'acte de naissance n° 419, un certificat de nationalité ivoirienne n° 11092406 et un extrait du registre des actes de l'état civil pour l'année 2005, 22/07/2005. L'examen de ses empreintes digitales ayant révélé qu'une demande de visa avait été déposée le 15 décembre 2021 par M. C B, né le 20 juin 2000, les documents communiqués le 17 septembre 2024 ont été retenus provisoirement par les services de la préfecture de la Gironde pour effectuer des vérifications d'authenticité. Il n'est pas contesté que M. B avait produit des documents d'identité et d'état civil conformément aux dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'annexe 10 de ce code, et que le dossier était complet au regard des pièces dont la production était prescrite par ces dispositions. Il s'ensuit que le préfet était tenu de délivrer à l'intéressée un récépissé et de mener à son terme l'instruction de sa demande. S'il lui appartenait, dans le cadre de cette instruction, de porter une appréciation sur la valeur probante de certaines pièces ou sur l'authenticité des documents d'état civil produits, ce qui pouvait le conduire à les écarter, à en demander de nouvelles, et, le cas échéant, à refuser au terme de son instruction la délivrance du titre de séjour, il ne pouvait pour autant décider de refuser la délivrance du récépissé jusqu'à la production de nouvelles pièces, dès lors que, comme il a été dit, l'intéressé avait déposé en préfecture un dossier comportant les pièces correspondant à celles exigées par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il était donc complet. Ainsi, en l'espèce, le préfet de la Gironde ne pouvait légalement refuser de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour en estimant que le dossier était incomplet et de poursuivre l'instruction de la demande. L'absence de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour est, dans les circonstances de l'espèce, constitutif d'une atteinte grave aux libertés fondamentales que constitue la liberté d'aller et venir et la liberté du travail.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette mesure de l'astreinte demandée.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
10. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lavallée, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lavallée de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lavallée renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Lavallée, avocat de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Lavallée et au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 25 octobre 2024.
La juge des référés, La greffière,
N. Gay C. Gioffré
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026