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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2406570

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2406570

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2406570
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B. Celle-ci demandait d'enjoindre à l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine d'exécuter une décision de la CDAPH en trouvant une place en internat pour une personne handicapée, invoquant une atteinte grave à des libertés fondamentales (droit à la vie, vie familiale). Le juge a estimé que la condition d'urgence, nécessaire pour bénéficier d'une mesure dans un délai de 48 heures, n'était pas caractérisée en l'espèce. La requête a donc été rejetée comme manifestement mal fondée, sans audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, M. D B, agissant pour le compte de M. A B, placé sous tutelle, et représenté par Me Aouar, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre, à titre principal, au directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine de prendre toutes mesures nécessaires pour l'exécution effective de la décision de la CDAPH du 24 juillet 2024, toutes mesures nécessaires en vue de l'admission en internat de M. A B à la Maison d'accueil spécialisée MAS Lapeyre de Layrac ou au Foyer de vie " L'arche " en Agenais à Asttafort, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine de prendre de prendre toutes mesures nécessaires pour l'exécution effective de la décision de la CDAPH du 24 juillet 2024, toutes mesures nécessaires en vue d'une admission en Maison d'accueil spécialisée ou en Établissement d'accueil médicalisé en internat à temps plein au niveau régional en allouant l'enveloppe budgétaire nécessaire pour l'accueillir, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'ARS de Nouvelle Aquitaine une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

-la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de la dangerosité de A et de la souffrance endurée par sa mère, Mme B, qui l'héberge et dont la santé se dégrade ;

-la situation porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont le droit à la vie, le droit à mener une vie familiale normale tels que reconnus par les article 2 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le droit à la compensation des conséquences du handicap et à une prise en charge adaptée au besoin des personnes handicapées prévue par le code de l'action sociale et des familles ;

-la carence de l'administration est manifeste.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Par ailleurs, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondées

2. D'une part, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l'existence d'une situation d'urgence.

3. D'autre part, en distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-3 et L. 521-2 le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. Notamment la mise en œuvre des pouvoirs particuliers prévus à l'article L. 521-2 est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant - sous réserve que les autres conditions fixées à l'article L. 521-2 soient remplies - qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. La circonstance que, dans une espèce donnée, la condition d'urgence puisse être regardée comme remplie pour la mise en œuvre des pouvoirs que le juge des référés tient des articles L. 521-1 ou L. 521-3 du code de justice administrative n'implique pas qu'il puisse être recouru à la procédure de l'article L. 521-2.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans des délais particulièrement brefs.

5. Il résulte de l'instruction que M. A B, né le 16 juillet 1988, souffre d'une déficience intellectuelle et d'une psychose sévère s'apparentant à la schizophrénie. Il est à ce titre placé sous mesure de protection juridique et sous tutelle exercée par son frère, M. D B. A réside toutefois au domicile de sa mère, Mme C B, âgée de 76 ans et qui exerçait conjointement avec le requérant sa tutelle jusqu'en avril 2024. M. B fait valoir que la pathologie dont souffre A et le comportement qu'il induit, qui peut se traduire par des accès de violence, contribue à la dégradation de l'état de santé de sa mère, en l'absence d'une solution d'hébergement permanent du jeune homme en établissement médico-social spécialisé.

6. En premier lieu, s'il est constant que Mme C B présente un état de stress et diverses pathologies que la présence à son domicile de son fils A ne peut qu'accentuer, il résulte toutefois de l'instruction que cette situation dure depuis plusieurs années. Mme B bénéficie de l'intervention d'un auxiliaire de vie en sa qualité d'aidant, ainsi que de l'assistance de sa fille pour l'accomplissement d'un certain nombre de tâches de la vie quotidienne. Si plusieurs des pièces produites font état de possibles accès de violence, liés à son affection, de la part de A, il n'est pour autant pas démontré, en l'état de l'instruction, que Mme B serait exposée, de façon certaine et imminente, à un danger pour sa vie ou son intégrité.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, en dépit des difficultés inhérentes à la mise en place d'un protocole de soins durable et adapté à la pathologie dont souffre A, notamment pour l'organisation d'un accueil et d'un hébergement dans un établissement médico-social, les intervenants, partenaires locaux et autorités compétentes, notamment la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) et l'ARS, sont pleinement mobilisés en Lot-et-Garonne. Il apparait ainsi qu'un Plan d'accompagnement global (PAG) multi-partenarial, c'est-à-dire un " plan alternatif et transitoire mis en œuvre pour répondre concrètement aux besoins d'accompagnement et/ou de prise en charge de la personne handicapée dans l'attente de la mise en œuvre de l'orientation initiale ", a été mis en place le 25 juin 2024. A ce titre, il a été proposé par l'UGECAM (union pour la gestion des établissements des caisses de l'Assurance maladie) un accompagnement de jour pour A à compter du 9 septembre 2024 dans le cadre de la maison d'accueil spécialisée (MAS) de Lapeyre (Layrac) faisant notamment intervenir en matinée et après-midi un éducateur libéral, une équipe mobile ainsi qu'un auxiliaire de vie au domicile de Mme B. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant, en sa qualité de tuteur, aurait accepté en l'état cette proposition d'intervention. En outre, un projet de stage de quinze jours en foyer de vie est prévu pour A à compter de la mi-octobre 2024.

8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, en cas de crise aigüe liée à sa pathologie, A peut faire l'objet de mesures de soins psychiatriques sans consentement à la demande d'un tiers, comme en atteste son hospitalisation en novembre 2023 et en janvier-mars 2024 au centre hospitalier départemental Candélie d'Agen.

9. En dernier lieu, s'il s'y croit fondé, il appartient au requérant de saisir le juge des référés " mesures utiles " sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ou le juge des référés suspension s'il estime qu'une décision de rejet de sa demande est née, sur le fondement de l'article L. 521-1 du même code.

10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner si la carence de l'administration caractérise en l'espèce une atteinte grave et manifestement illégale à l'une de libertés fondamentales invoquées, M. D B, qui au demeurant fixe lui-même un délai de quinze jours pour la mise en œuvre de l'injonction sollicitée, n'établit pas l'existence d'une urgence de nature à justifier que le juge prenne une mesure dans un délai de quarante-huit heures. Ainsi, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions à fin d'injonction de la requête, et par voie de conséquence, celles à fin d'astreinte, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ARS de Nouvelle Aquitaine, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2406570 de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M D B.

Copie sera transmise pour information à l'Agence régionale de santé de Nouvelle Aquitaine et à Me Aouar.

Fait à Bordeaux, le 24 octobre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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