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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407315

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407315

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407315
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantDEBRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Debril, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution en toutes ses dispositions de la décision implicite intervenue 10 février 2024 par laquelle le préfet de la Gironde lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il existe une présomption en ce sens ; la décision implique une rupture de ses droits ; son récépissé ne l'autorise pas à travailler ; il est privé de ressources ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier ; le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la carte de séjour " vie privée et familiale " ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du même code relatif à l'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et de son insertion ;

Vu :

- la requête enregistrée le 29 novembre 2024 sous le n° 2407314 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- la décision du 21 octobre 2024 par laquelle le bureau de l'aide juridictionnelle l'a admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant du Surinam, né le 16 février 1994, est entré en France à l'âge de 3 ans en 1997 par la Guyanne. Il est arrivé en métropole en 2016. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable jusqu'au 5 avril 2019. Le 10 octobre 2023, il a formé une nouvelle demande de titre de séjour, par voie postale, auprès de la préfecture de la Gironde. Il estime qu'en l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est intervenue le 10 février 2024. Il a sollicité la communication des motifs de cette décision pour courrier du 2 avril 2024. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision implicite de rejet.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En premier lieu, M. A entend se prévaloir de la présomption visée au point précédent. Il résulte cependant de l'instruction que s'il s'est vu délivrer, le 5 avril 2018, une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 5 avril 2019, il n'établit ni même ne prétend avoir obtenu le renouvellement de ce titre de séjour ou même avoir obtenu un titre de séjour sur un autre fondement depuis avril 2019, en dépit de la délivrance de deux récépissés en 2022. En outre, la décision implicite de rejet contestée fait suite à une demande de titre de séjour formée par voie postale le 10 octobre 2023 dont les termes n'indiquent pas davantage qu'elle constituerait une demande de renouvellement d'un titre de séjour arrivant à échéance. Enfin, le récépissé de demande délivré le 13 juin 2024 et valable jusqu'au 12 décembre 2024 que produit le requérant mentionne qu'il répond à une demande de premier titre de séjour. Ainsi, M. A ne peut en aucune façon se prévaloir de la présomption d'urgence qu'il invoque.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision contestée le prive de toute possibilité de travailler, il se borne à produire un contrat de travail à durée indéterminée en date du 5 juin 2019, alors que les bulletins de salaire également versés à l'instruction ne font état d'aucune activité professionnelle rémunérée dans cette entreprise depuis le mois de mai 2021. La circonstance que le récépissé qui lui a été délivré le 13 juin 2024, valable jusqu'au 12 décembre 2024, ne l'autorise pas à travailler est sans incidence à cet égard dès lors qu'il n'établit pas avoir occupé un emploi à la date du rejet implicite de sa demande le 10 février 2024.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a introduit sa requête en référé le 29 novembre 2024, soit neuf mois après la naissance de la décision implicite qu'il entend contester. S'il a formé le 2 avril 2024 une demande de communication des motifs de cette décision, comme il y était fondé, cette circonstance a toutefois eu pour effet de prolonger la situation de précarité dont il se prévaut aujourd'hui. Un tel délai paraît ainsi peu compatible avec l'urgence de la situation dont se prévaut le requérant.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A ne justifie pas de la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par conséquent, de faire application de l'article L. 522-3 du même code et de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension, ainsi que celles présentées aux fins d'injonction.

10. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2407315 de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Debril.

Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 3 décembre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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