mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2407353 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BOYANCÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, Mme A C, représentée par Me Boyancé, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui indiquer dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, un lieu d'hébergement conforme aux dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de faire parvenir au tribunal ainsi qu'à son conseil un document écrit indiquant le lieu et la durée d'hébergement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence et satisfaite dès lors que ses besoins fondamentaux sont en jeu et qu'elle se retrouve sans hébergement à compter du 4 décembre 2024, date à laquelle elle se retrouvera à la rue ; elle se trouve en situation de grande précarité et de vulnérabilité ;
- le contexte local de saturation des capacités d'hébergement ne justifie pas l'absence d'offre d'hébergement et d'accompagnement, l'Etat étant dans l'obligation d'offrir des conditions minimales d'accueil légalement réservées aux personnes en détresse et sans abri ;
- la carence de l'Etat dans son obligation d'assurer l'hébergement d'urgence des personnes sans abri est, en l'espèce caractérisée et constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante marocaine, née le 26 mars 1980, est entrée en France en 2021 pour fuir, selon ses déclarations, son exploitation et les violences familiales. Elle a sollicité le 14 août 2024 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-4 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui indiquer un lieu d'hébergement conformément aux dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-3 dispose que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l'existence d'une situation d'urgence. En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place sous l'autorité du préfet un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse. L'article L. 345-2-2 de ce code précise que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale doit pouvoir avoir accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Enfin, aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement () ". En vertu de ces dernières dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence, qui est ainsi reconnu à toute personne sans abri se trouvant en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la ou des personnes intéressées.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a été prise en charge par le service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) du centre d'accueil d'information et d'orientation (CAIO) de la Gironde à plusieurs reprises depuis le mois de juin 2024, dans différents centres d'accueil d'urgence (CAU) de l'agglomération bordelaise, et notamment sur une durée cumulée de 30 nuitées depuis début septembre 2024. L'intéressée a également sollicité du CAIO 33 le maintien ou sa reprise en charge par un courrier du 18 novembre 2024 dont on ne peut supposer qu'il restera sans réponse eu égard à la date encore récente de son envoi. Si Mme C justifie d'appels au numéro d'urgence 115, elle ne peut donc prétendre n'avoir reçu aucune réponse à ses demandes, alors qu'il n'est pas contesté, au demeurant, que les services d'urgence sont saturées en Gironde et qu'un nombre important de personnes en grandes difficultés se retrouvent dans le circuit. Pour ces différentes raisons, Mme C ne justifie pas d'une carence caractérisée des services de l'Etat dans l'accomplissement de leur mission, qui serait de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
5. En deuxième lieu, et en toute hypothèse, il résulte de l'instruction que Mme C a été hébergée de façon presque continue entre le 21 juin et le 4 décembre 2024, soit dans le cadre des dispositifs d'hébergement d'urgence du CAIO 33, soit par l'intermédiaire de la fondation Abbé B, soit encore, ponctuellement, par l'intervention d'un tiers. Il est en outre constant qu'elle s'est vu remettre un récépissé de sa demande de titre de séjour valable à compter du 29 novembre 2024, lequel l'autorise à travailler. Enfin, si Mme C souffre de troubles psychiatriques, il résulte de l'instruction qu'elle bénéficie d'un suivi médical par l'équipe mobile de psychiatrie du centre hospitalier Charles Perrens, au sein duquel elle a d'ailleurs déjà été hospitalisée. Il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait pas continuer à accéder aux soins et médicaments qui lui sont prescrits. Il apparaît enfin qu'elle suit des cours de français au centre social Bergonié de Bordeaux. Il en résulte que Mme C, qui est célibataire et sans enfant, et qui a régulièrement pu bénéficier d'un hébergement d'urgence depuis des mois, n'établit pas, en dépit de sa situation encore précaire, une urgence extrême impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans le délai contraint de quarante-huit heures.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'établit aucune des conditions exigées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte peuvent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 522-3 du même code.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire et les frais de l'instance :
7. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement " et aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte des points précédents que la requête de Mme C ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre de ces mêmes dispositions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête n°2407353 de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et Me Boyancé.
Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 3 décembre 2024.
Le juge des référés,
M. Vaquero La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026