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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407461

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407461

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407461
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2024, le préfet de la Gironde demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion, sous un délai de 8 jours, de M. C A, du logement qu'il occupe de manière irrégulière, situé 2101 bis rue Amédée St-Germain, appartement 212, centre d''hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) géré par la fondation COS Alexandre Glasberg à Bordeaux, ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux passé ce délai de 8 jours ;

3°) d'autoriser le préfet de la Gironde à donner toutes instructions utiles à la fondation COS Alexandre Glasberg, gestionnaire de l'HUDA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour lui de les avoir emportés ;

Le préfet de la Gironde soutient que :

- la demande relève de la compétence du juge administratif en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'occupant a été mis en demeure de quitter le logement sous 15 jours ;

- la requête est donc recevable en vertu des articles L. 551-12 et R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure demandée présente un caractère d'utilité et d'urgence dès lors que les capacités en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) et hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) de la Gironde sont saturées ; compte tenu du nombre de demandeurs d'asile et de personnes vulnérables concernées, le fonctionnement du dispositif exige de la fluidité ; le maintien d'occupants déboutés du droit d'asile compromet l'objectif d'égal accès aux usagers ;

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, en application de l'article L. 552-15 du code précité, dès lors que l'occupant ne dispose d'aucun droit à se maintenir dans le logement ;

- M. A a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 mai 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, M. A, représenté par Me Lanne conclut :

- au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- au rejet de la requête ;

- à ce qu'une somme de 1 500 euros soit versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

Il fait valoir que la mesure sollicitée par le préfet est dépourvue d'urgence et d'utilité ; qu'il a notamment formé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ; qu'eu égard aux conditions météorologiques prévalant à la date à laquelle le juge des référés est appelé à statuer, la mesure d'expulsion se heurte à une contestation sérieuse d'autant qu'aucun hébergement d'urgence ne lui a été proposé ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bourgeois, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique tenue le jeudi 19 décembre 2024 à 10h30, en présence de Mme Souris, greffière d'audience :

- M. Bourgeois, juge des référés, en son rapport ;

- Mme B, représentant le préfet de la Gironde, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que sa requête ;

- Me Lanne, pour M. A, qui maintient ses écritures en défense.

L'instruction a été reportée à 12h16..

Une note en délibéré a été enregistrée le 19 décembre 2024 pour le préfet de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". L'article L. 552-2 de ce code dispose que : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile (). Et son article L. 552-14 que : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Enfin, aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu ()".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, né le 30 décembre 1987, de nationalité mauritanienne, a sollicité l'asile en France. Il a été accueilli en HUDA le temps de l'instruction de sa demande. Par décision du 17 novembre 2023, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile. Cette décision a été confirmée par la CNDA le 6 mai 2024. Par lettre de sortie du 21 mai 2024, l'OFII lui a demandé de quitter les lieux à compter du 30 avril 2024. Par courrier du 26 août 2024, notifié le 3 septembre 2024, le préfet de la Gironde l'a mis en demeure de libérer le logement occupé.

En ce qui concerne l'urgence :

5. Il résulte de l'instruction que la continuité du service public de l'accueil de ces demandeurs d'asile n'est pas assurée de façon satisfaisante dans le département de la Gironde et qu'eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile, la libération des lieux par les intéressés présente un caractère d'urgence et d'utilité quand bien-même le préfet n'a pas justifié des données statistiques dont il se prévaut.

En ce qui concerne l'absence de contestation sérieuse :

6. En premier lieu, le requérant ne saurait prétendre avoir droit au maintien dans le logement pour demandeur d'asile qu'il occupe dès lors que sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet devenue définitive, même s'il a formé après ce rejet une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. "

8. Contrairement à ce que soutient M A, ces dispositions ne font pas obstacle à ce que l'OFII prenne une décision de sortie du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile avant l'expiration du mois au cours duquel le droit de l'intéressé de se maintenir sur le territoire national a pris fin mais seulement à ce que la date d'effet de cette décision de sortie soit fixée antérieurement à l'expiration du même mois.

8 En troisième lieu, si M. A se prévaut de son état de santé, il ressort des pièces médicales produites à l'instance qu'il ne fait l'objet d'aucune prise en charge thérapeutique susceptible de faire obstacle à un retour dans son pays d'origine. Il ne justifie dès lors pas d'une vulnérabilité particulière de nature à justifier son maintien dans une structure d'accueil et d'hébergement pour demandeurs d'asile alors qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire national depuis plusieurs mois et ne peut pas utilement faire valoir, à cet égard, qu'il a droit, compte tenu de son état de santé, au bénéfice d'un hébergement d'urgence. Dans ces conditions, dès lors comme il a été dit, M. A ne remplit plus les conditions pour se maintenir dans le logement qu'il occupe, la mesure sollicitée ne rencontre aucune contestation sérieuse.

9. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Gironde apparaît fondé, d'une part, à demander l'expulsion, dans un délai de huit jours, de M. A du logement qu'il occupe de manière irrégulière, et de recourir, le cas échéant, à la force publique pour l'exécution de cette mesure, et d'autre part, de faire évacuer de ce logement les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressé s'il n'y procède pas lui-même.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2er : Il est enjoint à M. A de quitter, sous un délai de huit jours le logement qu'il occupe de manière irrégulière, situé 2101 bis rue Amédée St-Germain, appartement 212, centre d''hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) géré par la fondation COS Alexandre Glasberg à Bordeaux. A défaut d'exécution de cette injonction, le préfet de la Gironde pourra recourir à la force publique pour y faire procéder ainsi que pour faire vider les lieux des biens meubles de l'occupant aux frais et risques de ce dernier.

Article 3 : Les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, au préfet de la Gironde ainsi qu'à M. C A.

Fait à Bordeaux, le 20 décembre 2024.

Le juge des référés, La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

La greffière,

6

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