lundi 16 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2407690 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Kaoula, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 novembre 2024 par lequel le préfet de la Dordogne a restreint son droit de conduire, pour une durée de six mois, aux seuls véhicules, équipés d'un dispositif homologué d'éthylotest anti-démarrage ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne de lui restituer son permis de conduire dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet1991.
Mme A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision contestée porte une atteinte grave et immédiate à l'exercice de son activité professionnelle d'employée de maison chargée de l'entretien de neuf résidences individuelles en Dordogne ; elle risque de perdre son emploi et ne pourra assumer les loyers et charges de la vie quotidienne ; sa fille dépend d'elle pour aller au lycée professionnel de Bergerac ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; l'auteur de l'acte est incompétent puisque seul le préfet peut prendre ladite décision en l'absence de production de délégation de signature ou de compétence ; la décision n'est pas suffisamment motivée ; la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, l'agent verbalisateur n'ayant pas respecté le délai de trente minutes à partir de l'interpellation en méconnaissance de l'annexe de l'arrêté du 8 juillet 2003 relatif au contrôle des éthylomètres ; la rétention du permis de conduire est irrégulière dans la mesure où aucune décision de suspension n'a été notifiée dans les 72 heures ; la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Vu :
- la requête enregistrée le 11 décembre 2024 sous le n° 2407579 par laquelle Mme A demande l'annulation de l'arrêté préfectoral du 18 novembre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été contrôlée alors qu'elle conduisait un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique le 16 novembre 2024 à 23h40 sur la commune de Creysse. Par une décision du 18 novembre 2024, le préfet de la Dordogne a restreint son droit de conduire, pour une durée de six mois, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'éthylotest anti-démarrage. Par une requête enregistrée le 15 décembre 2024, Mme A a demandé au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande () qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 224-6 du code de la route : " I. Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté, pour une durée qui ne peut excéder un an, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction, conformément aux dispositions de l'article L. 234-17, en état de fonctionnement et après avoir utilisé lui-même ce dispositif sans en avoir altéré le fonctionnement. / Pendant cette durée, le permis de conduire de l'intéressé est conservé par l'administration et l'arrêté du préfet vaut permis de conduire au sens des articles R. 221-1-1 à D. 221-3 et titre justifiant de son autorisation de conduire au sens du I de l'article R. 233-1 () ".
7. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du 18 novembre 2024, Mme A soutient qu'elle a besoin de son permis de conduire pour exercer son activité professionnelle d'employée de maison chargée de l'entretien de neuf résidences individuelles en Dordogne et pour accompagner sa fille au lycée professionnel de Bergerac. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément permettant de tenir pour établies ses allégations et ne justifie pas de ses contraintes de déplacement, ni de l'impossibilité d'utiliser un moyen de transport alternatif. Par ailleurs, il résulte des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressée a été contrôlée le 16 novembre 2024 avec un taux d'alcool de 0,51 mg / litre et, d'autre part, que la décision en litige ne lui interdit pas de conduire mais limite seulement ce droit à un véhicule spécifiquement équipé pour une durée restreinte. Par suite, la condition d'urgence, qui doit s'analyser, comme il l'a été dit plus haut, globalement et concrètement, en tenant compte notamment des impératifs de sécurité routière, ne peut être considérée comme remplie, dès lors que la situation que déplore la requérante résulte principalement de son propre comportement et que l'autorité administrative a pris soin d'assortir sa décision de mesures lui permettant de continuer à travailler.
8. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 18 novembre 2024 ainsi que celles à fin d'injonction et d'astreinte, selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2407690 présentée par Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Copie sera adressée pour information à la préfète de la Dordogne.
Fait à Bordeaux, le 16 décembre 2024.
La juge des référés,
N. Gay
La République mande et ordonne à la préfète de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026