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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2407877

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2407877

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2407877
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMEAUDE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A B, ressortissant bulgare sans abri, qui demandait à se voir attribuer un hébergement d'urgence stable. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant n'ayant pas justifié de circonstances particulières nécessitant une mesure à très bref délai. Il a également considéré que la demande était manifestement mal fondée, en l'absence de carence caractérisée de l'État dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence prévu par les articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Meaude, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui indiquer dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, un lieu d'hébergement stable susceptible de l'accueillir et de faire parvenir au tribunal ainsi qu'au requérant et à son conseil un document écrit sur lequel devra figurer le lieu d'hébergement et la durée de prise en charge, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle et directement au bénéfice de Monsieur B en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ;

- sa situation de détresse, au sens des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, est caractérisée et l'absence de proposition d'hébergement révèle une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre de son droit à un hébergement d'urgence, constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Le président du tribunal a désigné M. Bourgeois, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 28 septembre 1981, de nationalité bulgare, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui indiquer un lieu d'hébergement stable susceptible de l'accueillir.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-3 dispose que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l'existence d'une situation d'urgence. En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place sous l'autorité du préfet un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse. L'article L. 345-2-2 de ce code précise que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale doit pouvoir avoir accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Enfin, aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement () ". En vertu de ces dernières dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence, qui est ainsi reconnu à toute personne sans abri se trouvant en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la ou des personnes intéressées.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une rixe, M. B a subi une grave blessure à la tête qui a nécessité son hospitalisation, d'abord en réanimation du 17 septembre au 15 décembre 2023, puis dans un service de rééducation, en raison des séquelles qu'il conserve. Par courriel du 16 décembre 2024, il a sollicité auprès de la direction départementale de la cohésion sociale de la préfecture de la Gironde la mise à disposition d'un hébergement en vue de sa sortie de l'hôpital. Toutefois, il est constant qu'il est toujours hospitalisé et que sa demande concerne, selon ses écritures " la préparation de sa sortie de l'hôpital ". Par suite, il ne démontre pas se trouver dans une situation de vulnérabilité telle qu'il y aurait urgence à ce que le juge, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, statue dans le délai contraint de quarante-huit heures. En outre, le silence gardé pendant 3 jours sur sa demande ne caractérise pas, dans les circonstances sus-rappelées, une carence de l'Etat dans l'exercice de ses missions au titre de l'hébergement d'urgence alors que la saturation chronique des dispositifs d'accueil et d'hébergement d'urgence dans le département de la Gironde n'est pas contestée. Ainsi, le requérant n'établit pas l'existence d'un manquement des autorités de l'Etat susceptible d'avoir porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit aucune des conditions exigées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 522-3 du même code.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire et les frais de l'instance :

8. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement " et aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte des points précédents que la requête de M. B ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre de ces mêmes dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Meaude.

Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 23 décembre 2024.

Le juge des référés,

M. Bourgeois

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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