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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2501759

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2501759

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2501759
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge social
Avocat requérantSELARL PMB ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi par Mme B, reconnue prioritaire par la commission de médiation de la Gironde le 6 juin 2024 pour un accueil en structure d'hébergement, afin d'obtenir l'exécution de cette décision sous astreinte. Le préfet de la Gironde a opposé une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête. En application des articles L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et R. 778-2 du code de justice administrative, le tribunal a constaté que le délai de recours de quatre mois, courant à compter de l'expiration du délai de six semaines suivant la décision de la commission, était expiré lors de l'enregistrement de la requête le 17 mars 2025. Par conséquent, la requête a été rejetée comme irrecevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2025, et un mémoire, enregistré le 12 juin 2025, Mme A B, représentée par Me Marie-Balloy, demande au tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à l'exécution de la décision de la commission de médiation de la Gironde en date du 6 juin 2024 la reconnaissant prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale de type logement conventionné à l'allocation de logement temporaire (ALT), sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

* la requête est recevable ; elle a été placée sous le régime de la curatelle renforcée le 17 décembre 2024 ;

* elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation ;

* elle n'a pas reçu d'offre d'hébergement, alors que son expulsion avec le concours de la force publique est autorisée à compter du 1er avril 2025.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable pour tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions des articles R. 222-13 et R. 778-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " () / II. Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qui n'a pas été accueilli, dans un délai fixé par décret, dans l'une de ces structures peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. / () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation et que n'a pas été proposée au demandeur une place dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ordonne l'accueil dans l'une de ces structures et peut assortir son injonction d'une astreinte. () ".

2. Aux termes de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. Toutefois, si la commission préconise un accueil dans un logement de transition ou dans un logement-foyer, le délai est porté à trois mois. Passé le délai applicable, s'il n'a pas été accueilli dans l'une de ces structures, le demandeur peut exercer le recours contentieux défini au II de l'article L. 441-2-3-1. / () ".

Sur la fin de non-recevoir :

3. Aux termes de l'article R. 778-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du présent code, sous réserve des dispositions particulières du code de la construction et de l'habitation et des dispositions du présent chapitre : / () / 2° Les requêtes introduites par les demandeurs reconnus par la commission de médiation comme prioritaires pour un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et qui n'ont pas, passé le délai mentionné à l'article R. 441-18 du même code, été accueillis dans l'une de ces structures, logements ou établissements / () ".

4. Aux termes de l'article R. 778-2 du même code : " Les requêtes mentionnées à l'article R. 778-1 sont présentées dans un délai de quatre mois à compter de l'expiration des délais prévus aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation. Ce délai n'est toutefois opposable au requérant que s'il a été informé, dans la notification de la décision de la commission de médiation ou dans l'accusé de réception de la demande adressée au préfet en l'absence de commission de médiation, d'une part, de celui des délais mentionnés aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 de ce code qui était applicable à sa demande et, d'autre part, du délai prévu par le présent article pour saisir le tribunal administratif. / () ".

5. Mme B demande au tribunal d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder à l'exécution de la décision de la commission de médiation de la Gironde en date du 6 juin 2024 la reconnaissant prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale de type logement conventionné à l'allocation de logement temporaire (ALT). Toutefois, cette décision de la commission mentionne qu'elle avait la possibilité de présenter le recours prévu à l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation entre le 18 juillet et le 19 novembre 2024. La requête formée par Mme B n'a été adressée au tribunal que le 17 mars 2025, soit au-delà du délai de quatre mois prévu à l'article R. 778-2 du code de justice administrative à compter de l'expiration du délai fixé à l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation.

6. Néanmoins, la requérante justifie que, par une décision du 17 décembre 2024, la juge des tutelles du tribunal judiciaire de Bordeaux l'a placée sous le régime de la curatelle renforcée, auprès d'une association tutélaire, pour une durée de soixante mois. Compte tenu de l'altération de ses facultés personnelles que cette décision révèle, il n'est pas contesté qu'elle était dans l'incapacité d'agir seule pour défendre ses intérêts entre le 18 juillet et le 19 novembre 2024. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la requête ne saurait donc être regardée comme tardive. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de la Gironde doit être écartée.

Sur l'injonction :

7. Le 6 juin 2024, la commission de médiation de la Gironde, en application du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a reconnu Mme B prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale de type logement conventionné à l'allocation de logement temporaire (ALT). Alors que le délai de six semaines prévu à l'article R. 441-18 du même code est dépassé, il ne lui a cependant pas été offert une place dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Le préfet n'apporte pas la preuve que l'urgence aurait complètement disparu ou que le comportement de la bénéficiaire de la décision de la commission de médiation serait de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision. Au contraire même, par une lettre du 5 mars 2025, le préfet a informé le curateur de la requérante qu'une décision rendue par le tribunal judiciaire de Bordeaux le 5 février 2021 a ordonné la résiliation du bail du logement occupé par Mme B au Bouscat et que le concours de la force publique sera accordé pour procéder à l'exécution de cette décision de justice à compter du 1er avril 2025 si l'intéressée et les autres occupants n'ont pas libéré les lieux avant cette date. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de proposer une place dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale de type logement conventionné à l'allocation de logement temporaire (ALT) à Mme B, ainsi qu'elle le demande au tribunal, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

DÉCIDE :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Gironde de proposer à Mme B une place dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale de type logement conventionné à l'allocation de logement temporaire (ALT) dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Le préfet tiendra le greffe du juge social du tribunal immédiatement informé des dispositions prises pour répondre à cette injonction. La requérante fera connaître au tribunal toute évolution de sa situation et, si elle entend renoncer au bénéfice de la mesure d'injonction ordonnée, elle l'en informera.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la ministre chargée du logement et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

Le magistrat désigné,

G. NAUD

La greffière,

C. AHIN

La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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