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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2503451

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2503451

mercredi 11 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2503451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBABOU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux annule la décision implicite de rejet du préfet de la Gironde concernant la demande de titre de séjour de Mme A..., de nationalité sénégalaise. Le tribunal retient que le préfet a méconnu son obligation de motivation en ne communiquant pas les motifs de cette décision implicite, en violation des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. En conséquence, il enjoint au préfet de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de l’intéressée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2025, et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 septembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Babou, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » ou « vie privée et familiale » dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- il est impossible de savoir si l’auteur de la décision implicite attaquée avait compétence pour la prendre ;
- sa demande de communication des motifs de la décision attaquée est restée sans réponse ;
- la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu ;
- le préfet n’a pas examiné sa demande d’autorisation de travail ;
- la décision attaquée méconnaît les articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui n’a pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Roussel Cera, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., de nationalité sénégalaise, demande l’annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde sur sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :


2. D’une part, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois (…) ».

3. D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (…) ». Et aux termes de l’article L. 232-4 de ce code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».

4. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 26 mars 2024, reçu en préfecture le 28, Mme A... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « salariée » sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le silence gardé par le préfet de la Gironde sur cette demande pendant 4 mois a fait naître une décision implicite de rejet. Il ressort encore des pièces du dossier que Mme A... a demandé, par courrier du 26 mars 2025, reçu en préfecture le 31, la communication des motifs de la décision implicite attaquée. La requérante soutient, sans être contredite par le préfet qui n’a pas produit de mémoire en défense, que l’administration ne lui a pas communiqué ces motifs. Par suite, le préfet a méconnu l’obligation de motivation imposée par les dispositions citées au point précédent.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

6. Eu égard au motif d’annulation retenu, et après examen des autres moyens de la requête, l’exécution du présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint au préfet de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme A... présentée sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l’attente et sans délai, un récépissé. La demande présentée sur le fondement de l’article L. 421-1 implique également dans le même délai un examen de la demande d’autorisation de travail déposée. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Mme A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme A... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de Mme A... dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l’attente et sans délai, un récépissé.

Article 3 : L’Etat versera à Mme A... une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de la Gironde.



Délibéré après l'audience du 28 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Cécile Cabanne, présidente,
M. Romain Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Aurélie Lahitte, première conseillère,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2026.

Le rapporteur,

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

C. CABANNE

La greffière,






M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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