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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2600936

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2600936

jeudi 19 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2600936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS SEBAN NOUVELLE AQUITAINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi en référé suspension par la société TDF, contestant l’arrêté du maire de Lédat du 27 novembre 2025 qui s’opposait à sa déclaration préalable pour l’installation d’une antenne relais de téléphonie mobile. Le juge des référés a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par la commune et a fait droit à la demande de suspension, considérant que la condition d’urgence était présumée satisfaite en application de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme. Il a estimé que les moyens invoqués par la société, tirés de l’illégalité des motifs fondés sur le règlement du plan local d’urbanisme et sur l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, étaient de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision. La solution retenue est donc la suspension de l’exécution de l’arrêté municipal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2026, et un mémoire complémentaire, enregistré le 18 février 2026, la société TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au tribunal :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du 27 novembre 2025 par lequel le maire de la commune de Lédat s’est opposé à la déclaration préalable qu’elle a déposée pour l’installation d’une antenne relais de téléphonie mobile ;

2°) d’enjoindre au maire de la commune de Lédat de lui délivrer un arrêté provisoire de non opposition à déclaration préalable, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lédat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la condition d’urgence est présumée remplie en vertu de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme et cette présomption ne peut être renversée en l’espèce compte tenu de la couverture du réseau ;
- la commune devra apporter la preuve d’une délégation publiée au profit du signataire de l’arrêté en litige ;
- les motifs fondés sur l’article 9.1.2 du règlement du plan local d’urbanisme et sur l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme sont illégaux.

Par un mémoire, enregistré le 17 février 2026, la commune de Lédat, représentée par Me Jacquier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie et les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu :
- la requête n° 2600935, enregistrée le 4 février 2026, par laquelle la Société TDF demande l’annulation de l’arrêté en litige ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Roussel Cera, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Roussel Cera, juge des référés ;
- les observations de Me Le Rouge de Guerdavid, substituant Me Bon-Julien, représentant la société TDF, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ; elle soutient en outre que, au nord et à l’est, la couverture en très haut débit mobile pour SFR n’est pas assurée ; les dispositions du PLU invoquées par la commune ne sont pas opposables au projet en litige car elles ne s’appliquent qu’à des voies ; le risque incendie n’est pas établi en l’espèce ;
- les observations de Me Jacquier, représentant la commune de Lédat, qui fait valoir que la commune a proposé une solution alternative pour améliorer la défense incendie ; l’accessibilité par les véhicules de lutte contre l’incendie n’est pas assurée dès lors que la partie du chemin incluse par le projet n’est pas carrossable et n’est empruntée que par des randonneurs ; le site est identifié en aléa moyen pour le risque incendie et le projet crée un risque d’incendie ; concernant une éventuelle injonction, en l’absence de preuve de l’existence d’une servitude, il n’y a pas d’urgence à suspendre.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. La société TDF a déposé, le 13 novembre 2025, une déclaration préalable pour l’installation d’une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé Bois de Baraille à Lédat. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 27 novembre 2025 par lequel le maire de la commune de Lédat s’est opposé à cette déclaration préalable.




Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :


2. Contrairement à ce que soutient la commune en défense, la requête au fond n° 2600935 introduite par la société TDF est bien dirigée contre une décision au sens de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, à savoir l’arrêté du maire de Lédat du 27 novembre 2025. La circonstance qu’elle a été enregistrée avant que le maire ne réponde au recours gracieux formé par la société pétitionnaire est à cet égard sans incidence, alors au surplus que l’article L. 600-12-2 du code de l’urbanisme, créé par la loi n°2025-1129 du 26 novembre 2025, prévoit désormais que le délai de recours contentieux contre une décision relative à une autorisation d’urbanisme n’est plus prorogé par l’exercice d’un recours gracieux.



Sur les conclusions aux fins de suspension :


3. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».


En ce qui concerne l’urgence :


4. Aux termes de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme : « Lorsqu'un recours formé contre une décision d'opposition à déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d'aménager ou de démolir est assorti d'un référé introduit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est présumée satisfaite ».


5. La commune de Lédat fait valoir en défense qu’il existe déjà des antennes de téléphonie mobile dans le secteur et qu’il résulte des cartes consultables tant sur la page « Mon réseau mobile » du site internet de l’Autorité de régulation de communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) que sur le site commercial de l’opérateur SFR que le secteur couvert par le projet en litige bénéficie déjà d’une bonne couverture par les réseaux. Toutefois, ces considérations ne sont pas de nature à renverser la présomption prévue par l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme alors que la société requérante produit une carte émanant de l’opérateur SFR qui traduit l’existence d’une insuffisante couverture en très haut débit mobile par cet opérateur. Enfin la circonstance que la commune a proposé à la société requérante une implantation alternative du projet en litige est sans incidence sur l’appréciation de la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative. Ainsi, la condition d’urgence requise par l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée, en l’espèce, comme satisfaite.


En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :


6. L’arrêté en litige est fondé sur la méconnaissance par le projet en litige des articles R. 111-2 du code de l’urbanisme et 9.1.2 du règlement de la zone A du plan local d’urbanisme intercommunal dès lors que ce projet serait exposé à un aléa moyen de feu de forêt et que les véhicules de lutte contre les incendies n’auraient pas la possibilité d’accéder au lieu d’implantation de l’antenne projetée.


7. Aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ».


8. Aux termes de l’article 9.1.2 du règlement de la zone A du plan local d’urbanisme intercommunal du grand villeneuvois : « Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées ouvertes à une libre circulation publique. Ces voies doivent être adaptées à l'importance et à la destination des constructions qu'ils accueillent. / Les caractéristiques de ces voies doivent : - permettre la circulation des engins de lutte contre l'incendie (…) ».


9. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet en litige, qui consiste en l’érection d’un pylône de 30 mètres de hauteur destiné à servir de support à des antennes de téléphonie mobile, est composé des parcelles cadastrées C 266 et C 380. Il est constant que la parcelle cadastrée C 380 est desservie par la route des crêtes, voie publique dont les caractéristiques permettent la circulation des engins de lutte contre l’incendie. Le projet prévoit la création, sur la parcelle C 380, d’un chemin allant de la route des crêtes au sud jusqu’au chemin rural au nord, de l’autre côté duquel sera implanté le pylône en litige, sur la parcelle C 266. Si, pour accéder au pylône, le projet implique d’emprunter sur une courte distance le chemin rural existant, il ressort des photographies produites à l’instance qu’à ce niveau il se confond avec la vaste clairière plane et enherbée qui l’entoure. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet serait inclus dans une zone d’aléa moyen de feux de forêt.


10. Les moyens tirés de l’illégalité des motifs de l’arrêté attaqué, fondés sur la méconnaissance par le projet en litige, des articles 9.1.2 du règlement du plan local d’urbanisme et R. 111-2 du code de l’urbanisme sont de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’acte en litige.


11. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, l’autre moyen de la requête n’est, en l’état de l’instruction, pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.


12. Il résulte de ce qui précède que la société TDF est fondée à demander la suspension de l’exécution de l’arrêté du maire de Lédat du 27 novembre 2025.



Sur les conclusions aux fins d’injonction :


13. Si, dans le cas où les conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut suspendre l’exécution d’une décision administrative, même de rejet, et assortir cette suspension d’une injonction ou de l’indication des obligations qui en découleront pour l’administration, les mesures qu’il prescrit ainsi doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni prononcer l’annulation d’une décision administrative, ni ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l’exécution par l’autorité administrative d’un jugement annulant une telle décision.


14. Il résulte de ce qui précède qu’il y a seulement lieu d’enjoindre au maire de Lédat de procéder au réexamen de la déclaration préalable déposée le 13 novembre 2025 par la société TDF et d’y statuer dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.


Sur les conclusions liées aux frais de l’instance :

15. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société TDF, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Lédat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Lédat une somme de 1 000 euros à verser à la société TDF.



O R D O N N E :



Article 1er : L’exécution de l’arrêté du maire de Lédat du 27 novembre 2025 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Lédat de procéder au réexamen de la déclaration préalable déposée le 13 novembre 2025 par la société TDF et d’y statuer dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Lédat versera à la société TDF une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société TDF et à la commune de Lédat.

Fait à Bordeaux, le 19 février 2026.


Le juge des référés,




R. ROUSSEL CERALa greffière,




J. DOUMEFIO
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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