Le Tribunal Administratif de Bordeaux annule la décision du 28 janvier 2026 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé d'accorder à Mme A..., mère isolée accompagnée de ses deux filles mineures, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour demandeurs d'asile. Le tribunal juge que l'OFII a méconnu les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne prenant pas en compte la situation de vulnérabilité de la requérante, caractérisée par son isolement, son absence d'hébergement et sa situation familiale. En conséquence, il enjoint à l'OFII d'accorder ces conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2026, Mme B... A..., agissant en son nom propre ainsi qu’en qualité de représentante légale de Mmes C... A... et Bintou Taravali, ses filles mineures, représentée par Me Poudampa, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 28 janvier 2026 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil du demandeur d’asile ;
2°) d’enjoindre à l’Office français de l'immigration et de l'intégration de leur accorder le bénéfice de ces conditions matérielles d’accueil dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 11 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit au regard des articles L. 551-15 à L. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprétés à la lumière de la directive 2013/33/UE ;
- la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle et familiale et de sa vulnérabilité ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Des pièces, enregistrées le 13 février 2026, ont été produites par l’Office français de l'immigration et de l'intégration.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Roussel Cera, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Roussel Cera, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., de nationalité guinéenne, demande l’annulation de la décision du 28 janvier 2026 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil du demandeur d’asile.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile (…) / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ».
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que l’Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d’accorder à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d’accueil au motif qu’elle a présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier de la fiche d’évaluation de vulnérabilité du 28 janvier 2026, que Mme A... est une mère isolée, accompagnée de ses deux filles mineures, âgées de 3 et 15 ans, qu’elle est peut-être enceinte, qu’elle ne bénéficie d’aucune solution d’hébergement et qu’elle n’a aucune famille en France. Ces circonstances traduisent une situation de vulnérabilité au sens de l’article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en ne permettant pas à Mme A... et à ses enfants mineures de bénéficier des conditions matérielles d’accueil, l’Office français de l'immigration et de l'intégration a méconnu les dispositions de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
7. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil soit accordé à la requérante à compter du 28 janvier 2026. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au directeur territorial de l’Office français de l'immigration et de l'intégration de prendre une décision en ce sens, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A... a déposé une demande d’aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Poudampa, avocat de Mme A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission de sa cliente à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Poudampa de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A....
D E C I D E :
Article 1er : La décision de l’Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 janvier 2026 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l’Office français de l'immigration et de l'intégration d’accorder à Mme A... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compter du 28 janvier 2026, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve de l’admission de Mme A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Poudampa renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Poudampa, avocat de Mme A..., une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A....
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à l’Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Poudampa.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2026.
Le magistrat désigné,
R. ROUSSEL CERALa greffière,
B. SERHIR
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,