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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2601005

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2601005

lundi 23 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2601005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantDELHOMME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A..., demandeur d'asile guinéen, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 29 janvier 2026 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a estimé que l'OFII avait légalement pu considérer que M. A... ne respectait pas les exigences des autorités chargées de l'asile, en ne se présentant pas à deux convocations, justifiant ainsi la cessation des conditions d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également jugé que l'information prévue à l'article L. 551-10 du même code avait été délivrée au requérant lors de son entretien d'évaluation, dans une langue qu'il comprenait.

Texte intégral

Le magistrat désigné,Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2026, M. B... A..., représenté par Me Delhomme, demande au tribunal :

d’annuler la décision 29 janvier 2026 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a procédé à la cessation des conditions matérielles d’accueil dont il bénéficiait ;

d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de le réadmettre au bénéfice des conditions matérielles d’accueil dans un délai déterminé.

Il soutient que :
- il n’a pas reçu d’information dans une langue qu’il comprend alors qu’il est illettré ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à la qualification de fuite ;
- sa vulnérabilité et sa situation personnelle n’ont pas été suffisamment prises en compte ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2026, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bourgeois, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bourgeois, magistrat-désigné,
- et les observations de Me Delhomme, représentant M. A..., qui a pu prendre connaissance du mémoire de l’OFII avant la tenue de l’audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête et demande le bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle.

Le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

M. A..., né le 02/10/2000, de nationalité guinéenne, a présenté une demande d’asile en France le 8 octobre 2025, enregistrée en procédure dite « Dublin ». Par courrier du 8 janvier 2026, l’OFII l’a informé de son intention de cesser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par une décision du 29 janvier 2026, le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision.

Sur l’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( …) ».

Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. A..., de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

Aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (…) ».

L’article L. 551-10 du même code prévoit que : « Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. »

D’une part, M. A... a été convoqué dans les services de la préfecture les 2 décembre 2025 et 4 janvier 2026. Il est constant qu’il n’a pas répondu à ces convocations et il soutient seulement qu’il s’est présenté par erreur le 3 décembre 2025. Dans ces conditions, et à supposer même qu’il ait été déclaré à tort « en fuite », l’OFII a pu, à bon droit considérer qu’il ne respectait pas les exigences des autorités chargées de l'asile et mettre fin pour ce motif aux conditions matérielles d’accueil dont il bénéficiait.

D’autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A... a certifié le 8 octobre 2025 avoir bénéficié le même jour d’un entretien d’évaluation et avoir été informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 551-10 du même code doit être écarté sans que le requérant puisse utilement se prévaloir de son illettrisme, dont il ne justifie au demeurant pas.

Enfin, M. A... n’établit pas qu’il serait dans une situation d’une particulière vulnérabilité en se bornant à se prévaloir de son illettrisme supposé. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d‘appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête ainsi que ses conclusions annexes doivent être rejetées.






D E C I D E :




Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.






Article 2 : Le surplus des conclusions de M. A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2026.


Le magistrat désigné,




M. BOURGEOISLa greffière,




J. DOUMEFIO
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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